[UNE PROF EN FRANCE] Notre héritage religieux et les laïcards

L’éclat de l’étoile Occident commençant à pâlir, peut-être changerons-nous bientôt de calendrier…
CALENDRIER 2026

Vous souvenez-vous de vos cours de langue vivante au collège ? Ils commençaient quasiment tous, quelle que fût la langue enseignée, par la sacro-sainte date : Monday, January 5th, 2026 - Montag, den 5. Januar 2026 - Lunes, 5 de enero de 2026. Mon collègue d’allemand et l’une de mes collègues d'anglais sont de farouches défenseurs d'une laïcité agressive, hérauts de la désacralisation de la société, pourfendeurs de toutes les religions. Et pourtant, ils ouvrent leurs cours par l’inscription de la date !

Le passé mythologico-religieux de l'Europe

Les jours de la semaine, d'abord. Notre lundi, c'est le jour de la Lune, lunae dies, qu'on retrouve tel quel en espagnol, et avec sa racine germanique Moon dans Monday ou Mond dans Montag, racine qui est aussi en lien avec le terme « mois », originellement lunaire (Month - Monat). Le lundi n'est le premier jour de la semaine que dans quelques endroits du monde, et depuis une époque assez récente. Traditionnellement, il en est le deuxième. Viennent ensuite mardi, le jour de Mars (Tyr, dans les pays du Nord : Tuesday - Dienstag). Mercredi, celui de Mercure (Odin/Woden/Wotan à qui est dédié Wednesday). Jeudi, celui de Jupiter (jovis dies, qu'on entend bien dans le jueves espagnol et le giovedi italien), assimilé à Thor, dieu du tonnerre (Donner) dans Thursday et Donnerstag. Vendredi est le jour de Vénus, rapprochée de la nordique Freyja, déesse de la beauté et de l’amour (Friday, Freitag).
Tout cela pour rappeler que même les plus incultes d’entre nous sont immergés malgré eux, sans y prêter l’attention nécessaire, dans le passé mythologico-religieux de l’Europe.

Dimanche, jour du Seigneur

Pour ceux qui nient l’ancrage judéo-chrétien de notre culture, rappelons que le samedi est le jour du Sabbat, comme on l’entend bien dans le sabado espagnol et le sabato italien, alors qu'il était en des temps plus anciens le jour de Saturne (Saturday). Et de la même manière le jour du Soleil, solis dies (Sunday - Sonntag) est devenu dans les royaumes chrétiens dies Dominicus, le jour du Seigneur.

En inscrivant la date sur leur tableau chaque jour, mes collègues convoquent, malgré eux, toute une cohorte de dieux romains, scandinaves ou germaniques qui jettent leur ombre sur notre présent.

Le même phénomène se retrouve dans le nom des mois. Ainsi l’année liturgique romaine s’ouvrait avec le mois de mars, premier mois de l’année dédié au Dieu tutélaire de Rome et son divin ancêtre. C’est ce qui justifie le décompte donnant leur nom à septembre (septem = 7), octobre (octo = 8), novembre (novem = 9) et décembre (decem = 10). Ce décompte n’est valable qu’à partir de mars et non de janvier. Le -v- de Janvier est un -u-, celui du dieu Janus au double visage, que l’on retrouve dans January ou Januar, alors que -v- de Février vient quant à lui du -b- des februa, les rituels de purification et d’expiation lors des fêtes des Morts qui prenaient place tout au long de ce mois préparatoire. On l’entend mieux dans February et Februar.

Et que dire du fait que nous entrons en 2026 ? Mes élèves ouvrent de grands yeux quand je leur explique que la structuration du temps est une création humaine et s’accroche à des repères éminemment culturels. L’éclat de l’étoile Occident commençant à pâlir, peut-être changerons-nous bientôt de calendrier…

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Virginie Fontcalel
Professeur de Lettres

Vos commentaires

28 commentaires

  1. Effectivement, notre ancrage judéo-chrétien ne repose que sur un jour de semaine.
    Mais je n’irais pas jusqu’à dire qu’on nous vend une arnaque…

    « Hébreu שַׁבָּת → grec σάββατον → latin sabbatum → samedi = « jour du repos/sabbat »
    C’est l’un des rares mots du français quotidien qui garde une trace directe de la tradition juive dans notre calendrier ! » (Chat Géppétto)

  2. Bonjour Virginie. Meilleurs voeux pour cette nouvelle année. Je ne peux que vous souhaiter renouer avec un bon équilibre professionnel soutenu par une bonne santé. J’en profite pour souhaiter mes meilleurs vœux à toute l’équipe BV.

    Instructif ce nouveau message. Je perçois que l’apprentissage du français conduit vers de nombreux horizons. Une richesse qui consolide la réflexion. Bien utiles en ces temps agités, voire menaçants.

    Des enseignants « hérauts de la désacralisation de la société, pourfendeurs de toutes les religions. »? Je les voyais plus ouverts. Une lacune dans leur besace, grosse lacune. Qu’ils aient de bonnes connaissances des religions, peut-être. Ce qui ne les prive pas du droit de les critiquer. Mais quant à prêcher dans le but de les dissoudre dans la méconnaissance afin de dispenser leurs élèves de tout accès à la spiritualité?. Une faute majeure.

    L’être humain habituellement reconnu trop Cro-Magnon s’appuie en priorité sur sa force physique. Il en vient à marcher. Ses bras lui apparaissent ensuite bien utiles pour taper, sur le chien de la maison, sur maman, sur sa tablette avec l’objet sous la main. Il grandit avec ses habitudes renforcées ou freinées par la modération du milieu. Libéré, il perçoit le choix, la force ou la réflexion. Deux appuis insuffisants pour se maintenir en équilibre. Un troisième pilier lui est indispensable, la spiritualité. Une échappatoire qui permet la libre expression intérieure, l’appel à des sources personnelles, intouchables, inattaquables. L’esprit libre, en retrait, en contemplation d’un existant peu chatoyant si ce n’est trop matérialiste. S’évader devient indispensable. Priver l’esprit de cette ouverture, c’est handicaper l’individu. La spiritualité s’exerce dans bien des domaines dont les choix relèvent du besoin de la personnalité. Il revient à l’enseignant d’ouvrir l’esprit de ses élèves vers cette voie à dénicher.

    Je ne comprends donc pas du tout ces enseignants qui dressent des murailles devant les enfants alors que leur rôle est de leur ouvrir l’esprit, sans restrictions. Toutefois en respectant la charge de l’évolution mentale de l’enfant. Ex / lui enseigner des pratiques sexuelles en bas âge, un exercice contre nature

    Virginie, bonne année, tenez bon. Et surtout, restez vigilante.

  3. Merci pour ces mises au point, j’ai aimé cet article et m’empresse de partager, puis le conserver, enfin de l’apprendre… presque… par cœur. A mettre au programme de l’éducation nationale. Ce jour je suis devenue moins inculte

  4. Merci pour ce très bel article..j’y ai appris ou retrouvé des connaissances oubliées..merci aussi aux commentateurs qui en profitent pour nous donner leurs avis plus ou moins éclaires sur les religions meme si,vu de mon fauteuil ,et de mes plus humbles limites culturelles, j’avais cru que le sujet était plus étymologique que cultuel…

  5. Dans le calendrier russe , les mois sont ceux du calendrier romain et certains jours sont numérotés ( deuxième , quatrième , cinquième et milieu pour le mercredi) sauf le samedi ( Soubbota) qui signifie le Sabbat et le Dimanche ( Bosskrécénié ) qui signifie Résurrection : je précise qu’il n’ y a pas d’ article dans la langue russe .Même au temps du communisme ,ces dénominations ont été conservées .les mois sont ceux de notre calendrier avec une prononciation un peu déformée .
    Nos wokistes souhaiteraient peut-être revenir au calendrier révolutionnaire .

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