Musée du Louvre : cambriolage, inondation, effondrement… à quand, l’incendie ?

Ce n’est pas le sort qui s’acharne sur le Louvre, plutôt le résultat de l'incurie de la direction et de l'État.
@Unsplash
@Unsplash

Après le cambriolage des bijoux de la Couronne par des pieds nickelés, la menace d’effondrement de la galerie Campana et l’inondation de la bibliothèque des Antiquités égyptiennes, faute d’entretien des conduites d’eau, on peut maintenant craindre l’incendie dans « le plus grand musée du monde ». On découvre, d’ailleurs, que celui-ci a été évité de peu, l’inondation ayant atteint l’armoire électrique à l’étage inférieur…

Un petit coup de sèche-cheveux, et hop ! il n’y paraîtra plus

Ce n’est pas le sort qui s’acharne sur le Louvre. Non, c’est juste le résultat de l’incurie d’une direction et d’un État plus préoccupés de faire savoir que de savoir faire. Ainsi, après le rocambolesque vol des joyaux de la France par Aboulaye N., alias Doudou Cross Bitume, et ses copains, et après la fermeture des salles de la galerie Campana, côté Cour carrée, ce sont les livres de la bibliothèque des Antiquités égyptiennes qui ont trinqué. Ce sont près de 400 volumes, dont des comptes rendus de fouilles anciennes, qui, le 26 novembre dernier, auraient été inondés, leurs reliures irrémédiablement endommagées par la fuite d’une conduite d’eaux sales.

Le musée minimise : ce ne sont pas des livres rares, dit au Parisien Francis Steinbock, l’administrateur général adjoint. Ce sont des « revues d’égyptologie » et de « documentation scientifique » utilisées par les chercheurs. Des ouvrages reliés qui datent de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, précise-t-il. Et de rassurer : « Aucun ouvrage patrimonial n’est concerné par ce dégât » et, donc, « à ce stade, nous n’avons pas de pertes irrémédiables et définitives sur ces collections ». Le remède ? Un petit coup de sèche-cheveux, et hop ! on n’en parlera plus : « Ils vont sécher, on va les envoyer chez le relieur pour les remettre en état, puis ils seront remis sur étagère. » Bref, circulez, bonnes gens, tout va bien !

Qu’on se le dise : l’erreur est humaine. Très décontracté, monsieur l’administrateur explique que la fuite dans le réseau hydraulique qui alimente les équipements de chauffage et de ventilation de la bibliothèque est « due à l’ouverture par erreur d’une vanne de ce système qui a provoqué une fuite d’une canalisation au plafond de l’une des salles ». La faute à pas de chance, en somme, car ce réseau hydraulique « en obsolescence totale » est coupé depuis plusieurs mois. Comment se fait-il, alors, qu’un quidam soit allé ouvrir les vannes ? Mystère. C’est « extrêmement regrettable », dit l’administrateur, jurant qu’on allait « renforcer les sécurités de manière à éviter toute erreur humaine ».

Les personnels, « dernier rempart avant l'effondrement » ?

À lire l’excellent article de Didier Rykner, dans La Tribune de l’Art, on comprend que la réalité est tout autre. Pour le journaliste, cette inondation était « parfaitement prévisible », et quand bien même on essaierait de trouver un lampiste pour porter le chapeau, la responsabilité en revient à la direction du musée, et tout particulièrement à l’administrateur Francis Steinbock. La Tribune de l'Art liste ses refus successifs de débloquer des crédits pour déménager ou, au minimum, protéger efficacement ces livres des inondations récurrentes dues au système obsolète. Et si les ouvrages rares ont cette fois-ci été épargnés, Didier Rykner souligne que ceux-ci sont aujourd’hui « placés sous des fenêtres et protégés seulement par du papier bulle ». Donc à la merci d’une pluie torrentielle… ou d’un monte-en-l’air ?

Surtout, l’article de La Tribune de l'Art souligne la proximité de la bibliothèque endommagée avec les bureaux de la direction générale, dans l’aile Mollien, rénovés, ceux-là, à prix d’or. Épinglés par la Cour des comptes dans son rapport de novembre 2024, les embellissements pour le confort de la direction et la réception des visiteurs de prestige (mobilier design, cuisine de chef, etc.) ont coûté 276.000 euros au contribuable. Tout cela au détriment des indispensables travaux de sécurisation du musée.

La conclusion du rapport, très critique pour l’institution, établissait que le projet grandiose porté par Emmanuel Macron, intitulé Louvre Nouvelle Renaissance – initialement prévu à hauteur de 800 millions et revu à 1,15 milliard d’euros –, a empêché tous les travaux de rénovation indispensables à la sécurité du Louvre. Un projet qui « n’est pas financé, et [il] n’a pas fait l’objet des études nécessaires », écrivait alors La Tribune de l'Art. Le rapport de la Cour des comptes relevait également la confusion entretenue entre deux projets initiaux : celui, indispensable, de la rénovation et de la sécurité, et celui de la Grande Colonnade, qui devrait repenser tous les accès au musée et porter le sceau d’Emmanuel Macron.

Si l’on a évité de peu l’effondrement des planchers dans le quadrilatère Sully, et de peu l’incendie derrière l’inondation, un autre fléau va malgré tout toucher le Louvre : un préavis de grève du personnel pour le 15 décembre. Lancée par la CFDT, la CGT et SUD, la grève reconductible a été votée à l’unanimité. Dans la lettre adressée à Rachida Dati, ministre de la Culture, les personnels du musée disent avoir « le sentiment aujourd’hui d’être le dernier rempart avant l'effondrement ». Ils réclament « une modification des projets portés par la direction afin de hiérarchiser et prioriser les travaux à venir en concentrant les moyens humains et financiers sur les urgences », soit « la remise en état du bâtiment, [la] protection du palais, de ses collections, de son public et de son personnel ».

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

54 commentaires

  1. Où vont donc les millions d’€ de billets d’entrée des visiteurs nippo ou sino-US (ou autres) qui font des queues interminables sous la Pyramide du Sphinx socialiste?

  2. Bah ! C’est normal nous sommes en macronie, synonyme de destruction de la France !
    1600 entreprises françaises rachetées au des fonds américains ou passées sous pavillon américain.
    Cor P tion à tous les étages, comités theodule pour placer les copains , destruction de l’école, de l’hôpital, immigration forcée
    Encore ?
    La liste est longue
    Mais nous l’aurons jusqu’à 2027 puisque la classe politique a l’air d’y trouver son compte !

  3. Bizarre censure parfois BV?…pour dire que le Louvre est géré comme la France, en décomposition avec des millions dans un puits sans fond et sans qu’on comprenne ce qu’il advient de ces sommes considérables…
    N’ayons pas peur de la vérité!

  4. Les  » responsables » ( aux deux sens de l’expression ) qu’en disent-ils ? Certains sont mis à la porte pour des broutilles, pourtant. Là, non. Aucune responsabilité !

    • L’avantage principal d’une carrière politique, directe ou indirecte, est l’effacement définitif de toute responsabilté personnelle. Le pied, quoi.

  5. Mais où va tout l’argent des 9 millions de visiteurs dont le prix moyen se situe autour de 35€ , çà représente un sacré pactole , une gestion qui prête à suspicion, un peu dans la même trame de nos taxes et impôts gérés maladroitement ( terme ô combien modéré) par nos dirigeants .

  6. Et avec l’argent dépensé pour satisfaire le dernier caprice du foutriquet en remplaçant les vitraux de Violet Leduc qui étaient en parfait état, vous ne croyez pas qu’il y avait moyen de faire les réparations nécessaires sur le circuit d’eau.?…

  7. Peut-être que macron a une volonté encore cachée de s’installer dans les appartements de Louis XIV, accompagné de son grand argentier Jérôme Henry ?

  8. Le foutriquet du Touquet nous avait annoncé qu’il voulait  » déconstruire » l’Histoire du Pays.On découvre que son projet déborde sur les monuments les plus célèbres,comme c’est le cas du Louvre.Il parait que même la Tour Eiffel n’est pas en grande forme,que le chateau de Chambord n’est pas en grande forme,et j’en passe.M’est avis qu’on trouverait les fonds nécessaires pour restaurer ce patrimoine,en supprimant le saides accordées aux pays étrangers,dont la Chine et l’Algérie,et qu’on économise les 19 milliards que nous coûte l’UE,vu que nous sommes contributeurs nets,après répartition des contributions des différents membres à cette foutue UE.

  9. Le musée du Louvre représente d’une façon symbolique la situation de l’État : cambriolages de nos portefeuilles, détournements financiers (on ne citera pas de noms), l’inondation (cela sent le moisi en haut lieu). Et, l’incendie ? Pour le moment on se contentera des propos incendiaires du petit timonier.

  10. En fait , chaque jour on a un exemple de l’incompétence de l’état et de ceux qui le servent.
    On dirait que tout ce beau monde vit depuis des dizaines d’années d’années sur les acquis du passé , quand l’état et les politiques avaient le sens du devoir, des convictions et de l’honnêteté .
    Et le pire c’est qu’ils nous coûtent de plus en plus cher.
    Il n’y a pas à dire toutes ces années de socialisme on gravement abîmé la France.
    Plus d’industrie, plus de sécurité, l’agriculture en cours de démolition.
    Ou et comment cela va t il s’arrêter

    La devise était : pour la France maintenant c’est : pourvu que ça dure et ni responsable ni coupable et surtout ne rien dire.

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Jean Bexon démonte les FAKE NEWS sur la mort de Quentin Deranque au micro de Christine Kelly
Jean Bexon sur Europe 1

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois