Le château de Montreuil-Bellay fête ses 1.000 ans
Sur les coteaux dominant le cours paisible du Thouet, en Anjou, se dresse depuis près de mille ans le château de Montreuil-Bellay. Véritable témoin silencieux de notre Histoire de France, cette imposante forteresse a traversé les âges tout en gardant son esprit de place forte et de lieu d'exception. Du Moyen Âge à nos jours, elle a vu passer des armées, des souverains, des prisonniers, mais aussi des restaurateurs passionnés qui ont permis à ce patrimoine exceptionnel de survivre pendant plus d’un millier de vies d’Hommes.
Aux origines d’une forteresse
Tout commence au XIe siècle lorsque le comte d’Anjou, Foulque Nerra, fait ériger en l’an de grâce 1025 un donjon sur les fondations d’un ancien oppidum romain, à l’emplacement de ce qui deviendra la baronnie de Montreuil-Bellay. L’édifice prend place sur un éperon dominant le Thouet, à la croisée d’axes de communication importants entre l’Anjou, le Poitou et la Touraine. Dès lors, le lieu s’affirme comme un site stratégique d’importance : contrôler Montreuil-Bellay, c’est contrôler une route essentielle. La construction de cette forteresse témoigne de l’ambition du comte qui entend asseoir sa domination sur le sud du Maine-et-Loire et les marges du Poitou. Ce premier château, encore rudimentaire, amorce une histoire où s’entremêlent défense et prestige.
Luttes de pouvoir au Moyen Âge
Au fil des décennies, la baronnie de Montreuil-Bellay passe par de nombreuses mains, connaît des sièges et s’inscrit dans les guerres que se mènent l’Angleterre, bientôt dominée par les Plantagenêts angevins, et la France des Capétiens. Le seigneur Giraud II Berlay, prenant le parti de Louis VII, affronte ainsi les armées angevines et subit un siège de trois ans, de 1148 à 1151, avant de céder face à Geoffroy Plantagenêt, mari de Mathilde d’Angleterre et père d’Henri II. En 1208, sous le règne de Philippe-Auguste, la baronnie est définitivement rattachée à la couronne de France et le château est relevé d’un nouveau donjon de pierre.
Le XIIIe siècle voit le lieu s’embellir et s’ouvrir à des usages militaires. Les importantes forêts des alentours offrent ainsi à la noblesse de nombreuses activités comme la vénerie et la fauconnerie. Cependant, malgré l’existence de ces loisirs agréables, l’ombre de la guerre ne disparaît point. Ainsi, durant la guerre de Cent Ans, les habitants des environs doivent trouvent refuge dans l’enceinte du château dans l’espoir de survivre au conflit, tandis que son maître et seigneur, Guillaume de Melun-Tancarville, trépasse à la bataille d’Azincourt en 1415 face à l’Anglois.
Entre résidence royale et révolution
La forteresse a également un destin de demeure royale. En effet, plusieurs souverains de France y séjournent durant quelque temps : Philippe-Auguste en 1207 et 1208, Louis VIII en 1224, Louis IX en 1241, Charles VII en 1443, Louis XI en 1463, Charles VIII en 1488 et 1490, puis le roi de Navarre, le futur Henri IV, Louis XIII en 1620 et même Anne d’Autriche en 1652.
Lors des guerres de Religion, la forteresse fait successivement office de ravitaillement pour catholiques et protestants. À la Révolution, le château est confisqué à son auguste propriétaire, Jean-Bretagne de La Trémoille, un pair de France resté fidèle au roi Louis XVI, et est transformé en prison politique où sont enfermés près de 800 femmes royalistes. Un quart d’entre elles mourront du typhus et des mauvais traitements.
La famille de La Trémoille récupère son bien en 1815 mais, face à son état de délabrement, préfère le vendre à un riche marchand de vin, Jean Niveleau. La fille de ce dernier épouse un jeune officier de la garde du roi Charles X, Alexandre Adrien de Grandmaison, et engage d’importantes restaurations, sauvant ainsi le château de la ruine.
Célébration du millénaire
Aujourd’hui, Mme Marie-Guilhem de Valbray, héritière de la famille de Grandmaison, et son époux assurent avec passion la garde de ce patrimoine d’exception. Ils poursuivent ainsi l’œuvre menée par leurs prédécesseurs pour préserver, restaurer et faire rayonner le château. Grâce à cet engagement constant, l’édifice bénéficie du classement au titre des Monuments historiques depuis 1979, protection étendue en 2022 à ses anciennes écuries ainsi qu’à ses greniers. Ce vaste domaine possède également un vignoble réputé, qui permet la production de vins comptant parmi les plus prestigieux du Val de Loire.
Fort de ces protections, de cette vitalité et de cette transmission familiale, le château de Montreuil-Bellay a pu célébrer, cet été, son millénaire avec éclat lors de nombreux événements culturels qui ont mis à l’honneur autant ce patrimoine que la vie qui continue de l’habiter.
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11 commentaires
Mille ans c’est » un millier de vie d’homme »?
On a du mal à comprendre comment le roi de Navarre a séjourné 2 fois au château en 1553 et 1610.
Ne pas confondre raconter l’Histoire et colporter des histoires.
J’ajoute mon grain de sel pour exprimer à M. Mascureau tout mon ravissement pour ses récits sur notre patrimoine, notre Histoire.
Grand merci à l’auteur pour cet article mais aussi pour l’ensemble de la rubrique qu’il anime.
Dans la fidélité à l’esprit qui s’en dégage, ses articles sont à la fois source de connaissance, de plaisir, de réconfort et d’espoir.
Bien cordialement.
La forteresse ne sait rien, et ne peut pas grand chose. Elle est en sursis et son heure viendra. C’est bien de protéger les vieilles constructions , mais ce serait encore mieux que les constructions neuves soient de qualité. Pas sûr que nos descendants pourrront préserver nos belles constructions de la fin du vingtième siècle et du vingt et unième. Il peut même espérer qu’ils sauront faire mieux.
« Cette forteresse a SU traverser les siècles… » Non, elle a PU traverser.. Car une forteresse ne SAIT rien et ne peut rien savoir. Désolé, mais cette confusion entre SAVOIR (avoir une connaissance) et POUVOIR ( être capable) est devenue tellement habituelle devant un verbe que plus personne ne réagit pour corriger. Paresse d’élocution et on utilise trop souvent un mot pour un autre. C’est pourtant évident (qui signifie « clair » et non pas « facile »). La distinction précise dans le choix des mots est de rigueur pour une bonne compréhension, sans malentendu. Merci de veiller au bon français correct et à une expression logique avec le respect du vrai sens de ces mots si courants.
Pas vraiment d’accord ….. Car derrière le POUVOIR il y a le SAVOIR. Ceux qui ne savent rien ne peuvent généralement pas grand chose. Et quand Mascureau raconte l’Histoire d’une forteresse il raconte en même temps l’Histoire des sachants qui lui ont permis de la traverser. A noter la confusion savoir pouvoir est usuelle en Belgique. Et moi personnellement je serait très tenté de croire que le savoir donne de vrais pouvoirs …..
Merci Monsieur de nous rappeler tout cela, qui fait d’ailleurs partie de la généalogie de nombre d’entre nous !
Bonjour,
J’apprécie vos articles. Mais aujourd’hui quand vous dites « le futur Henri IV, en 1553 et 1610 », ces dates m’interpellent car Henri est né le 13 décembre 1553 à Pau (il aurait eu alors au mieux une quinzaine de jours) et mort le 14 mai 1610 à Paris (et en tout cas ce n’était alors pas le futur Henri IV),
Bravo d’avoir entretenu ce château un millénaire. Je crains que peu de familles aient les moyens financiers de faire de même
Il faut compter sur l’état. On manque de place de prison et cette forteresse pourrait accueillir de nouveaux prisonniers à peu de frais.
Merci. Je lis avec un grand plaisir les articles qui me font découvrir ou mieux aimer des édifices où la beauté actuelle se mêle à l’histoire de mon pays.