[POINT DE VUE] Les gendarmes, nouvelles victimes du vivre ensemble

Dans les zones rurales, réputées tranquilles, les agressions contre les gendarmes sont de plus en plus violentes.
© Marie-Lan Nguyen / Wikimedia Commons
© Marie-Lan Nguyen / Wikimedia Commons

Les chiffres ne mentent pas : après les policiers, ce sont désormais les gendarmes qui font les frais du délitement de la société et de la « guerre civile à bas bruit » sur laquelle Michel Onfray avait déjà alerté, il y a longtemps. Selon un article paru dans Le Figaro, les attaques, physiques comme verbales, contre ces militaires français qui maintiennent l’ordre dans les zones rurales ont explosé, ces dix dernières années. En augmentation de 55 %, elles montrent que plus aucun coin de France n’est épargné par la criminalité et la « libération de la violence ». Le meurtre d’Éric Comyn par un chauffard, en août 2024, avait ému l’opinion publique, mais il n’est, hélas, que la partie émergée de cet iceberg de renoncement des pouvoirs publics.

Sarthe, Rhône, Tarn, mais aussi Martinique ou Nouvelle-Calédonie : dans les zones dites rurales, auxquelles on prêtait jadis une réputation de tranquillité et même d’assoupissement, les agressions contre les gendarmes sont de plus en plus violentes. Et leurs agresseurs, qui les attaquent à coups de boules de pétanque, de cocktails Molotov et même d’armes à feu, sont à l’image du panorama de la violence ordinaire. Ce sont des indépendantistes, des bandes de racailles ou même des militants d’ultra-gauche. Au sujet des narcotrafics, Jean-Michel Gentil, magistrat expérimenté qui a dirigé un rapport de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale, d’où sont tirés ces chiffres, est formel : « Depuis longtemps, aucun territoire n’est épargné, comme en témoigne la découverte de laboratoires clandestins en zones rurales. »

La violence se répand absolument partout, jusque dans les petits villages

Les gendarmes, on l’oublie parfois, doivent se défendre contre ces attaques violentes qui ont pris la vie de plusieurs d’entre eux, ces dernières années. Mais même là, il y a encore un problème : quand ils font usage de leur arme, le même rapport indique que « chaque usage des armes fait l’objet d’une enquête judiciaire, sous la direction d’un magistrat, pour vérifier la conformité des actions aux principes de stricte proportionnalité et d’absolue nécessité ». L’IGGN dit probablement cela pour s’en féliciter et, de fait, les enquêtes prouvent que nos gendarmes sont toujours en état de légitime défense. Pour autant, on peut aussi se dire qu’il est dommage que, pour les policiers comme pour la gendarmerie, la charge de la preuve revienne toujours aux forces de l’ordre.

Dans le triste panorama du harcèlement quotidien des forces de l’ordre, on savait que les policiers, nationaux comme municipaux, étaient en première ligne. On sait que la répartition des secteurs entre policiers et gendarmes était, jusqu’ici, plutôt en défaveur des premiers : aux policiers les zones urbaines, aux gendarmes « les territoires ». Voilà que la violence se répand absolument partout, jusque dans les petits villages, et que les gendarmes, à leur tour, sont le dernier rempart entre les honnêtes gens qui veulent seulement vivre et des bandes armées ultra-violentes qui ont acquis, après des décennies de renoncement, un sentiment d’impunité totale.

Que faudra-t-il, pour que les pouvoirs publics se réveillent ? Que faudra-t-il, d’ailleurs, pour que le peuple se réveille ? Par construction, la guerre civile n’est jamais à nos portes : elle est absente ou elle est déjà là. Le niveau de violence et la légèreté des sanctions encourues semblent prouver en actes que nous y sommes déjà. D’ailleurs, que reste-t-il, après les gendarmes et les policiers, pour maintenir l’ordre ? Il ne reste que l’armée – cette force publique que l’on envoie dans les pays en guerre. Ceux qui proposent qu’elle pallie les insuffisances du ministère de l’Intérieur, outre qu’ils méconnaissent la primauté des juges rouges sur le rétablissement de l’ordre, répondent sans le savoir à la question de l’état de notre pays…

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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

34 commentaires

  1. Hélas, la gendarmerie elle-même a bien changé…C’est de moins en moins celle d’Arnaud Beltrame et du capitaine Hervé Moreau, qui avaient l’amour de leur pays chevillé au corps et respectaient les citoyens. Quand je croise des gendarmes sur nos petites routes de campagnes complètement défoncées et pas entretenues, c’est pour qu’ils remplissent leurs quotas de PV !

  2. Mais quand verra-t-on des gendarmes faire preuve d’un.minimum de sens de l’honneur et refuser par exemple d’encadrer les vétérinaires-exécuteurs de cheptels ? Dans ces cas là ils n’hésitent pas a faire usage de la force pour détruire la vie d’honnêtes gens … Nous verserons donc des larmes de crocodile sur ses acteurs complices du declin français.

  3. Conséquence : de plus en plus de démissions dans la police et la gendarmerie . On peut les comprendre !

  4. Fille et petite-fille d’officiers, je ne comprends pas pourquoi l’autorité judiciaire civile enquête sur les actes d’un soldat ( le gendarme est un soldat ) alors que l’armée a ses propres tribunaux. Il y a quelque chose à corriger d’urgence : assez de la main mise des juges partout !

  5. La Justice s’estime non laxiste, jugeant qu’elle est impartiale, indépendante en respectant strictement le Droit.

    Les gendarmes auront à subir les caprices de cette justice qui, par certains cotés, ressemble à certaines faiblesses de Macron: elle s’aime, un coté narcissique qu’il ne faut surtout pas entamer. La preuve en est : une vingtaine d’avocats ont porté plainte contre N.Sarkozy pour avoir critiqué son jugement.

    Ce qui a profondément choqué les français dans le verdict Sarkozy, cette mesure prise « exécution provisoire ». Elle serait systématique pour 5 années (60 mois) d’emprisonnement. Pour quelle raisons ne pas avoir retenu 54 mois ? Simplement pour humilier.

    Justice indépendante ? Le mur des cons n’est-il pas une marque de militantisme ? Donc des esprits sous influences ont à nous juger en toute impartialité ? On veut sourire.

  6. Rien de plus normal , on a dispersé dans les zones rurales toute la crème délinquante , des zones couvertes par la gendarmerie , facile à comprendre .

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