Claudia Cardinale : une nouvelle étoile brille dans le ciel d’Italie
Le 23 septembre 2025, le monde du cinéma n’est pas le seul à porter le deuil. Nemours, petite bourgade de Seine-et-Marne, est tout aussi en proie au chagrin. Car c’est ici que vivait Claudia Cardinale depuis plus d’une dizaine d’années, dans une belle maison, au bord d’un canal, ceinte d’un parc. Là, avec sa fille Claudia, elle avait ouvert un restaurant réputé pour ses spécialités italiennes, Le Picardeau.
Devenue une Française comme les autres…
Une voisine témoigne : « On la voyait tous les dimanches à la messe, mais elle n’y venait presque plus depuis près d’un an. Nous savions qu’elle avait de plus en plus de mal à marcher. Cette dame était très impliquée dans la vie locale et avait même ouvert sa propre fondation, la fondation Claudia-Cardinale, afin d’aider les jeunes artistes ; ce qui, par sa notoriété, a également beaucoup aidé ceux de Nemours et de ses environs. Toujours simple et affable, elle était devenue une Nemourienne comme les autres. » Et le mari de la voisine en question d’ajouter : « Malgré l’âge, son sourire était toujours aussi resplendissant. Il vous réchauffait le cœur, elle était toujours aussi sublime, malgré le temps qui passait, mais qui ne semblait pas avoir prise sur elle. »
Pourtant, Claudia Cardinale a vu le jour bien loin de Nemours, en Tunisie, le 15 avril 1938 - alors protectorat français. Ses parents sont siciliens. Le père travaille en tant qu’ingénieur des chemins de fer. Aînée d’une fratrie de quatre enfants, Claudia Cardinale est un véritable garçon manqué. Une véritable sauvageonne au caractère déjà indomptable, même si se préparant à une tranquille carrière d’institutrice. Elle est déjà d’une beauté renversante, avec sa peau embrassée par le soleil et ses yeux de biche. En 1957, elle emporte haut la main le concours de la plus belle Italienne de Tunis. C’est l’époque où Brigitte Bardot et son physique, lui aussi insolent de fraîcheur, font chavirer les cœurs. Il n’y en a que pour BB. Les copines de Claudia la surnomment aussitôt CC. La même année, une liaison chaotique la rend mère sans qu’elle l’ait désiré. Mais, fidèle à ses principes religieux, elle refuse d’avorter de cet enfant manifestement né d’un viol : Patrick. Elle l’élèvera donc seule, comme si de rien n’était, tout en le faisant passer pour son petit frère ; à l’époque, on ne badine pas avec ces filles tenues pour perdues, même dans le milieu du cinéma. Car Claudia Cardinale n’a même pas encore tourné, ne serait-ce qu’un simple bout d’essai, qu’elle est, toujours en 1957, et ce, grâce à son prix de beauté, la vedette de la Mostra de Venise. Tout le monde se presse pour l’admirer, dans son bikini spécialement cousu par sa mère ; l’émeute n’est pas loin et sa carrière toute proche. Laquelle est d’autant plus facilitée qu’elle se lie avec le producteur Franco Cristaldi, son mentor, puis son amant et devenu, enfin, son mari, de 1966 à 1975.
La muse éternelle…
Elle devient alors l’égérie des plus grands cinéastes de l’époque sans être passée par la case des séries B, à l’instar de tant d’autres reines de beauté. 1960, Rocco et ses frères, de Luchino Visconti. 1962, Cartouche, de Philippe de Broca, où elle partage l’affiche avec Jean-Paul Belmondo. 1963, Le Guépard, du même Visconti, où elle croise le chemin d’un de ses futurs meilleurs amis, Alain Delon. La même année, Huit et demi, de Federico Fellini. Là, pour la première fois, le maestro exige qu’elle ne soit pas doublée. En effet, les deux langues maternelles de Claudia Cardinale sont l’arabe et le français, mais Fellini est tombé amoureux de son italien susurré avec son délicieux accent si francese… En 1963, toujours, elle tourne La Panthère rose, en compagnie de David Niven qui, lui aussi, tombe sous le charme : « Claudia, avec les spaghettis, tu es la plus belle invention italienne ! », lui assure-t-il.
Avec ce film anglais, Claudia Cardinale commence à s’exporter à l’international. Il y a Le Plus Grand Cirque du monde (1964), d’Henry Hathaway, à l’occasion duquel elle donne la réplique à un John Wayne conquis d’avance. Mais son meilleur film américain demeure sans nul doute Les Professionnels (1966), western de Richard Brooks. Entourée des déjà vétérans Lee Marvin, Burt Lancaster, Robert Ryan, Woody Strode et Jack Palance, elle met littéralement le feu à l’écran, en révolutionnaire indomptable. Le film est considéré comme un chef-d’œuvre du genre. Il l’est. Il l’est d’ailleurs tant que, impressionné par sa prestation, Sergio Leone la veut, l’exige et l’obtient, deux ans plus tard, dans Il était une fois dans l’Ouest. Elle est alors au summum de sa beauté, même si incarnant une prostituée. En face, il y a du lourd : Henry Fonda, Jason Robards et Charles Bronson. Mais on ne voit qu’elle.
En tout, elle aura tourné près de cent cinquante films. Mais à la fin des années 60, l’essentiel a été fait. Et bien fait. Pourtant, elle reconnaît : « Je ne me suis jamais considérée comme une actrice. Je suis juste une femme avec une certaine sensibilité : c’est avec cela que j’ai toujours travaillé. J’ai abordé les personnages avec beaucoup d’humilité : en essayant de les vivre de l’intérieur, en me servant de moi-même, sans recourir à aucune technique. »
Un compagnon pas tout à fait comme les autres…
En 1973, sa vie change du tout au tout quand elle tombe amoureuse du réalisateur Pasquale Squitieri, avec lequel elle a son second enfant, la Claudia plus haut citée. La personnalité de ce cinéaste, certes sans génie particulier, mais artisan émérite, mérite néanmoins qu’on s’y arrête. Au début de sa carrière, il joue aux militants d’extrême gauche. Maurizio Cabona, longtemps journaliste à Il Giornale et Il Messaggero, honorables institutions de la presse italienne, nous confie : « J’ai connu Pasquale Squitieri, puis sa compagne, Claudia Cardinale. Durant les années de plomb, Pasquale passait pour gauchiste. Mais, de par sa formation initiale de juriste, travaillait aussi pour Alfredo De Marsico (1888-1985), franc-maçon, grand avocat du barreau de Naples, ancien ministre de la Justice du roi, de février à juillet 1943, avant de devenir sénateur royaliste. » Il est vrai que ces années d’après-guerre étaient bien troubles, ce que confirme notre interlocuteur : « Les services plus ou moins secrets manipulaient à peu près tout le monde, des mouvements d’extrême gauche à ceux d’extrême droite. Il y avait les scandales liés à la loge P2, sur fond de compromission entre la mafia et la démocratie chrétienne. Quel jeu Pasquale Squitieri a-t-il mené, alors ? Il se disait de gauche et ses films l’étaient, à l’instar de son tout premier, Moi et Dieu (1969), western dans lequel un prêtre devient révolutionnaire. Mais, pour autant, il n’avait pas de propos politiques à l’occasion de ses entretiens avec moi, même si on le savait, depuis 1976, sympathisant du Parti socialiste de Bettino Craxi, qui professait un socialisme fort national. » Puis Pasquale Squitieri devient, en 1997, sénateur sous l’étiquette de l’Alliance nationale, parti créé deux ans plus tôt sur les décombres du MSI, formation post-fasciste d’après guerre. Disparu le 18 février 2017, après 27 années passées avec la belle Claudia, on n’en saura guère plus sur l'itinéraire de cette intrigante personnalité.
Et Claudia Cardinale, dans tout ça ? Maurizio Cabona, toujours : « Je ne l’ai jamais entendu parler de politique, et encore moins signer les innombrables pétitions qui circulaient à l’époque dans un cinéma italien majoritairement de gauche. La seule fois, que je sache, où elle se soit exprimée publiquement, c’était pour s’alarmer de l’islamophobie ambiante, lors de l’invasion de l’Irak, en 2003. Il s’agissait peut-être de réminiscences de sa jeunesse arabe. Claudia y était sentimentalement très attachée. »
Et dire qu’à Nemours, on ne devait probablement pas savoir tout ça. En attendant, une nouvelle étoile brille dans le ciel d’Italie. Impossible de la manquer : c’est la plus belle.
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12 commentaires
Et de France ! Elle avait les deux nationalités, et parlait probablement mieux le français que l’italien, tout au moins au début de sa carrière. Ensuite, elle avait décidé de vivre en France. Elle nous fit honneur, par sa grâce, sa beauté, son sens de l’honneur et son intégrité ! Nul doute que l’Italie et la France la regrettent et lui rendent hommage !
Toujours aussi intéressants vos articles et traités avec une certaine originalité et un ton particulier qui me va très bien .
En dehors du personnage de Claudia Cardinale , j’aurais appris plein de choses sur elle et autour d’elle sans que cela tombe dans le people .
C’est tout le contexte d’une période que vous mettez en lumière autour de personnages connus du cinéma de la musique ou de la politique , donc je ne rate aucun de vos articles .
Ce qui m’a « scotché » c’est de savoir que la belle Claudia Cardinale ait séjourné dans la belle ville endormie, qu’est Nemours loin des paparazzis .
Peut être pour la proximité de la forêt de Fontainebleau ou de Douchy -Montcorbon ?
La plus belle, san aucun doute. Pas seulement par son apparence physique, mais aussi par son intérieur.
Comme j’aimerais revoir au cinéma des femmes aussi belles et aussi « féminines », d’abord actrices, non pas « féministe-woke ».
Claudia Cardinale, avec certaines autres beautés en Europe, aura su illuminer les écrans du monde entier par sa seule présence.
À Dieu Madame !
Merci pour cet hommage M. Gautier, difficile de faire mieux. Heureusement pour nous le cinéma l’a rendue immortelle. Je ne connaissait pas cette phrase de David Niven mais je ne suis pas près de l’oublier.
Bonjour Monsieur Gauthier.
J’attendais avec gourmandise votre article sur la sublime Claudia.
Je me suis regalé!
Felicitations et merci…
hommage à cette magnifique et talentueuse actrice , une étoile brillera au firmament.
Merci monsieur Gauthier. Encore un article remarquable
Sublime et éternelle Claudia, avec ses grands yeux noirs et sa drôle de voix cassée.
Bel hommage.
Tout une époque ! Reposez en Paix Madame Cardinale.
Je n’ai jamais été fan de Claudia Cardinale. Ça ne lui aura pas porté préjudice.