La montagne prise en otage pour la cause palestinienne

La vallée de Chamonix est un bien universel qui dépasse de loin les causes humaines
Capture écran Impact
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Un immense drapeau palestinien a été accroché sur la face ouest des Drus, à 3.600 mètres d’altitude, au-dessus de Chamonix.

C’est assurément un exploit, un de plus depuis que les hommes se sont mis en tête de gravir les pentes vertigineuses du massif du mont Blanc, notamment celles des Drus. Les plus difficiles d’accès, les plus dangereuses, les plus belles.

C’est « un collectif d’alpinistes », sans aucun doute des plus chevronnés, qui revendique l’exploit. France Bleu raconte : « Il est visible à plusieurs kilomètres à la ronde, à 3.600 mètres d'altitude : un drapeau palestinien d'environ 15 mètres par 9 mètres a été accroché sur une paroi rocheuse au-dessus de Chamonix, en Haute-Savoie, pendant tout le week-end du 17 au 18 août. »

La nature ne peut pas être un outil de propagande

Soigneusement pitonné, l’étendard est accroché sur la face ouest du Petit Dru, là où l’éboulement de l’ancien pilier Bonatti, en 2005, a laissé apparaître une dalle rocheuse plus claire. L’emplacement est grandiose, en face du Montenvers, de l’autre côté de la Mer de Glace, si fréquentée en cette saison. C’est un 17 août, aussi, que Bonatti a ouvert cette voie – « l'un des plus extraordinaires exploits de l'histoire de l'alpinisme » –, il y a 70 ans (en 1955), mais ce n’est pas cet anniversaire qu’on a voulu marquer et cela sonne comme un manque de respect.

La montagne est fragile ; les éboulements s’y succèdent depuis 1997, jusqu’à emporter complètement le fameux pilier Bonatti dans le grand éboulement de 2005. C’est un argument, pour les alpinistes militants. Dans le communiqué adressé à ici Pays de Savoie, ils expliquent : « Suspendre ce drapeau, c’est rappeler qu’aucune paroi, aussi haute soit-elle, ne peut cacher la vérité : un peuple est en train d’être exterminé, sous les yeux du monde. » Dénonçant « un massacre d’ampleur largement sous-estimé », perpétré par l’armée israélienne dans la bande de Gaza, ils justifient ainsi leur action : « Le sport a toujours été un levier politique, et utiliser ce moyen d’expression pour faire passer un message humaniste nous est apparu comme une évidence. »

La suite du communiqué est un appel au gouvernement d’Emmanuel Macron à « agir immédiatement pour mettre fin au génocide palestinien » et à « œuvrer concrètement à la mise en place d’une solution à deux États viable et sécurisée pour la coexistence pacifique des deux nations ».

La montagne n’a que faire des causes humaines

Le propos est certes généreux, « humaniste » disent ces alpinistes anonymes, mais l’argumentaire est faux : on n’est pas ici dans une compétition sportive où les athlètes manifestent pour une cause mais dans l’appropriation de la nature au service d’un argument politique.

À la demande de la préfecture et de la mairie de Chamonix, « car le site est classé », souligne France Bleu, le drapeau a été décroché. C’est le PGHM de Chamonix, c’est-à-dire les gendarmes du secours en montagne, qui s’en sont chargés. Cela, au péril de leur vie et au péril du matériel financé par tous les Nicolas français. Comme le confie l’un des participants au décrochage : « Il ne fallait pas que le drapeau accroché au treuil de l'hélicoptère se prenne dans la paroi rocheuse, au risque de déstabiliser l'hélico. » Et d’ajouter que les ancrages étaient bien fixés : « C'’était du bon travail, monter avec un drapeau de quinze mètres par neuf… les gars qui accèdent à ce genre de parois sont de très bons alpinistes ! »

Façon de dire que si l’on veut les retrouver, on le pourra aisément, mais on peut parier qu’on ne le voudra pas. Ils ont œuvré pour la bonne cause, celle de la juste morale qui prend la rue en otage à longueur de temps. Qu’importe l’exploit réalisé par ces alpinistes, certes plus périlleux que La croisière s’amuse des dames Hassan et Thunberg, il n’en reste pas moins que la nature n’a pas à être détournée au profit d’une cause, encore moins à des fins politiques. Et le conflit israélo-palestinien en est une.

La vallée de Chamonix est un bien universel qui dépasse de loin les causes humaines. Du haut de ses sommets, 30 millions d’années nous contemplent, et sauf à finir en poudre dans la collision d’une météorite géante, contempleront nos restes pour les siècles des siècles. Être alpiniste de haut niveau suppose d’avoir la modestie chevillée au corps et une grande humilité devant les forces de la nature. Or, croire qu’y suspendre un drapeau fera avancer la paix dans le monde est d’un incommensurable orgueil. La montagne n’est pas un panneau d’affichage.

 

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Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

72 commentaires

  1. Peut-être des alpinistes, mais avec un tout petit cerveau et encore parler de cerveau est sans doute exagéré !

Commentaires fermés.

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