[RÉACTION] « Un nouveau Crépol a failli avoir lieu »

Les tueries ou les agressions à la sortie des boîtes de nuit se comptent presque en dizaines, ces dernières années.
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Baudouin Wisselmann, rédacteur en chef de Frontières+, vient de réaliser un documentaire intitulé « Crépol : le racisme anti-Blanc étouffé ». Il y raconte cette nouvelle France où deux jeunesses se font face : la jeunesse rurale et la jeunesse des cités. Et comment la Justice refuse toujours de reconnaître le racisme anti-Blanc, dans cette affaire. Il a bien voulu répondre aux questions de Boulevard Voltaire.

 

Marc Baudriller. Pourquoi revenir, aujourd'hui, sur le drame de Crépol ?

Baudouin Wisselmann. Parce que l’instruction n’a toujours pas retenu la circonstance aggravante de racisme. Pourtant, seize personnes ont témoigné à la gendarmerie avoir entendu des insultes anti-Blanc proférées lors de l’affrontement à la fin du bal, où des coups de couteau ont été portés, faisant un mort, Thomas Perotto, et trois autres blessés graves. Cependant, l’instruction n’est pas éternelle et pourrait se conclure sans que cette circonstance aggravante ne soit retenue. Le format documentaire se prêtait donc bien à cette affaire à la fois criminelle et sociétale.

 

M. B. Comment la population rurale vit elle cette affaire, aujourd'hui ?

B. W. Elle a été choquée par cet événement. L’entourage et la famille Perotto sont toujours très endeuillés. Leurs proches nous ont raconté hors caméra, par respect et pudeur pour les parents de Thomas, que la peine était encore là. En colère, aussi, contre les commentateurs, notamment ceux qui ont minimisé les intentions, le racisme et le degré de violence. Des mères ont été frappées et menacées de mort après l’attaque au couteau, gratuitement.

Mais récemment, la publication d’un livre sur l’affaire a réveillé la colère des habitants et la douleur de la famille. Ce bouquin, Une nuit en France, émane d’une fuite, plus ou moins organisée, du dossier d’instruction. Il a donc une dimension factuelle, mais il verse dans la culture de l'excuse. Il est très favorable aux jeunes suspects, de l’aveu même d’un de leurs avocats.

Il consacre beaucoup de pages à décrire un cadre de vie difficile dans le quartier de la Monnaie, d’où viennent la plupart des mis en examens, ce qui devrait expliquer, selon les auteurs, pourquoi ils se sont livrés à une telle violence. Le quartier est pauvre et touché par le chômage plus qu’ailleurs. Pourtant, il se situe sur une des zones les mieux desservies et les plus dynamiques, économiquement, de tout le nord de la Drôme. Certes, Romans-sur-Isère est frappée par une lente désindustrialisation depuis les années 70-80, mais l’économie locale s’est, depuis, transformée et adaptée.
Il y a cet habituel contraste entre un monde rural qui se débrouille, se responsabilise, qui ne fait pas de bruit, malgré les distances, malgré le prix des carburants, et un quartier dit sensible, pour lequel il faudrait une attention plus particulière, une politique de la ville, des éducateurs. Le quartier a bénéficié de 150 millions d’investissements publics, ces dernières années. La société aurait une dette envers ces quartiers. Les habitants de L’Herbasse sont lassés de ce déséquilibre.

 

M. B. Quels sont les témoignages qui vous ont le plus touché ?

B. W. Un habitant de la Monnaie qui a une trentaine d’années et qui décrit de l’intérieur le fonctionnement du quartier et comment il a changé en vingt ans. La nouvelle génération s’est endurcie via le rap et la culture du trafic de drogue qui irradie la vie du quartier. Martin, qui est l’un des derniers « petits Blancs », raconte qu’il a connu un quartier multiculturel, avec une prépondérance de Français d’origine, qui est aujourd’hui mono-ethnique. Il décrit, aussi, comment il faut se faire respecter, en permanence. Et comment le laxisme judiciaire a un effet sur la récidive chez des jeunes.
Comment des clans se sont affrontés pendant des années - les Gourini et les Amrani -, ces fameuses « dynasties de délinquants » que le maire Marie-Hélène Thoraval avait dénoncées et qui lui ont valu des menaces de mort.

 

M. B. Quel est l'état d'esprit des jeunes de Romans-sur-Isère ?

B. W. Ils viennent en deux groupes, à minuit et plus tard, une fois que l’entrée est libre. Ils débarquent dans un monde auquel ils n’appartiennent pas. Deux couteaux sont confisqués à l’entrée. Ils font des allées et venues pour consommer des bouteilles cachées à l’extérieur. Il va y avoir des provocations, selon de nombreux témoignages, de la drague très insistante. On ne peut encore parler de façon certaine de préméditation, malgré un « PV caché » qui a ressurgi, mais assurément de provocation. La bagarre éclate quand un rugbyman va tirer les cheveux longs d’Ilyes ; on sort s’expliquer ; là, c’est la bagarre et les coups de couteau.

 

M. B. Un nouveau Crépol est-il possible ?

B. W. Oui, et un nouveau Crépol a failli avoir lieu. En juin 2024, à Murinais dans l’Isère, mais à 30 minutes de Crépol, un bal des Jeunes Agriculteurs tourne à la rixe, suivi d’une réplique dans la même soirée, des jeunes, type « racaille », sont impliqués.
Les tueries ou les agressions à la sortie des boîtes de nuit se comptent presque en dizaines, ces dernières années. Par exemple, Adrien Perez, tué à la sortie d’un club à Meylan, près de Grenoble. Donc, oui, c’est aussi l’enjeu de ce documentaire : mettre en lumière ces bals qui peuvent déraper facilement. Le contexte festif et alcoolisé, avec des jeunes ruraux et des jeunes de quartier, est maintenant un scénario à risque. Après le drame de Crépol, énormément de personnes ont alors témoigné de fêtes où les individus type « racaille de cité » ont été facteurs de tensions. Alors, parfois, cela vient des jeunes ruraux, c’est évident, une remarque, des regards, on peut vite monter en tension des deux côtés, rien de très anormal, mais jamais on ne règle un différend au couteau.

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Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

6 commentaires

  1. Hélas ça arrivera de plus en plus, ces « jeunes » ne supportent pas d’être refoulés d’une fête où d’ailleurs ils ne sont pas invités et reviennent armés ou plus nombreux pour faire le plus dé dégâts possible. On sait pourquoi ils font ça, ils ne supportent pas notre mode de vie, notre musique …..
    Quand on sait qu’aucun coupable de Crépol n’a été arrêté en plus…….

  2. Défavorisés le mot a la mode LFI. Défavorisé je l’ai été avec un pere ouvrier une mère en longue maladie. Pas de voiture, pas de vacances a la mer ou à la montagne, pas de cinéma, pas de télé et pourtant des parents qui se sont saignés pour donner a leurs trois enfants une éducation et des études. Je ne fais pas ici du misérabilisme mais démontre qu’avec une éducation on peut renverser des montagne.

  3. « Alors, parfois, cela vient des jeunes ruraux, c’est évident, une remarque, des regards, on peut vite monter en tension des deux côtés, rien de très anormal, mais jamais on ne règle un différend au couteau. » …
    J’ai été « élevé » dans un secteur rural … Il y avait des bagarres dans les fêtes annuelles MAIS les protagonistes avaient leurs poings ! … Pas des machettes ou des haches ! … Les FDO étaient « respectées » et surtout les parents réglaient « le problème » sans tergiverser si « le problème » perdurait ! …
    Si « ça » finissait devant un juge, la punition/condamnation était effectuée dans le « milieu rural » ! …

  4. Dans la famille Perotto, la peine sera toujours là. Le manque de Thomas, c’est à tout jamais.
    N’y a-t-il pas des « métiers en tension » du côté de Romans-sur-Isère ?

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