[VU D’ARGENTINE ] J. Milei attaqué sur plusieurs fronts avant les élections du 26 octobre

Javier Milei a déjà annoncé un remaniement ministériel. Il doit mettre sur pied une alliance des droites.
Capture écran Radio-Canada Info
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Le printemps austral, cette année exceptionnellement clément en Argentine, ravit les agriculteurs mais se présente fort rude et même adverse pour le président Milei qui doit naviguer au plus près, en cette toute dernière ligne droite face aux élections législatives du 26 octobre. Les dernières semaines ont défilé sur un rythme vertigineux et, pour parler en termes marins, la mer est grosse et, surtout, les vents se déchaînent dans un contexte de volatilité extrême qui agite les marchés au gré des nouvelles perturbations mais aussi embellies qui se présentent au jour le jour.

Soupçons de corruption

Comme nous en avions informé nos lecteurs, la perte des élections partielles dans l’importante province de Buenos Aires, ajoutée à une supposée affaire de corruption, pour le moment sans preuve aucune, avait marqué un cadre défavorable dès le début du mois de septembre. Cependant, un autre scandale a éclaté au mois d’octobre, cette fois preuves à l’appui. Il éclabousse M. José Luis Espert, économiste ultralibéral, tête de liste des candidats à la chambre basse sur la liste de la province de Buenos Aires pour La Libertad Avanza, parti de Javier Milei. Les faits sont anciens mais sérieux : en gros, un contrat d'un million de dollars en 2019 pour travail de consultant en faveur d’une entreprise liée a à un certain Federico Machado, inculpé de trafic de drogue et blanchiment d’argent au Texas, incarcéré à Buenos Aires. Le processus d’extradition est actuellement en cours. Pour le moment, M. Espert reconnaît un acompte de 200.000 dollars américains. Cependant; Javier Milei l’a destitué trop tardivement, si bien que sa photo ne sera pas éliminée des listes électorales. Ce qui fait désordre.

Soutien de Donald Trump

Du coté des accalmies, le soutien exceptionnel de Donald Trump à un niveau supérieur à 40 milliards de dollars (20 milliards sont officiellement signés) apporte évidemment à l’Argentine une visibilité financière fort importante. Comme cerise sur le gâteau, un accord commercial très favorable à l’Argentine serait pratiquement accordé par l’administration américaine. Sans complexe, Donald Trump déclare que son propos est de « stabiliser » le cône sud. Propos tout à fait raisonnable, en considérant que la Bolivie vient de renoncer, dimanche dernier, à vingt ans de socialisme et que le Chili suivra, très probablement, le même chemin au mois de novembre. Le Paraguay continue sa politique traditionnelle de bas profil au centre droit. Seul l’Uruguay restera à gauche mais, avec ses trois millions d’habitants, n’a pas vocation à montrer les dents.

Sur cette toile de fond, l’ambiance est maussade. Le climat n’est pas propice aux affaires et l’économie accuse un important coup de frein. Comme il fallait s’y attendre, sans pitié aucune, l’opposition péroniste hurle à la colonisation américaine qui va affamer le peuple et les gouverneurs de province font vigoureusement entendre leur voix. Au-dessus du débat, l’ancien président Mauricio Macri se dit décidé à oublier les injures, mais cela aura logiquement un prix.

Vers une union des droites

Dans ce contexte, il est très difficile d’émettre un pronostic. Il est probable, cependant, que la prétention de Javier Milei d’obtenir avec ses alliés une majorité à la Chambre, soutenable il y a quelques mois, ne soit plus à l’ordre du jour. Par contre, la solution minima d’obtenir avec ses alliés le tiers des députés lui permettant d’empêcher l’opposition de renverser ses veto semble jouable.

Cela dit, il convient de prendre un peu de hauteur, de remettre les événements à leur place et ne pas dramatiser. Pour l’instant, Javier Milei a démontré qu’il pouvait gouverner un pays en faillite et miné par la démagogie avec 10 % de chacune des deux chambres. Le 27 octobre, le rapport de force sera, de toute façon, très nettement meilleur pour lui. Les fondamentaux de l’économie, exception faite du freinage actuel, sont aussi bons que l’hiver dernier. L’appui américain éloigne à moyen terme tout risque pour du secteur externe. Certes, Milei subit une usure du pouvoir aggravée par trop de fautes directes en communication. Cela devrait, en partie, être compensé par le misérable niveau des arguments de l’opposition et, surtout, pour ce qui concerne la classe moyenne, par le cauchemar d’un éventuel retour du péronisme.

Javier Milei a déjà annoncé un remaniement ministériel. Ce qui signifie très probablement une ouverture. Tous les analystes affirment qu’il y aura un avant et un après. Ils ont, cette fois, raison. En définitive, pour se replacer dans un cercle vertueux, Javier Milei devra s’astreindre à un exercice pour lequel il n’est pas particulièrement doué : composer. En d’autres termes, il doit mettre sur pied une union des droites - un exercice certainement plus facile à organiser qu’en France…

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Michel de Saizieu
Essec, vit en Argentine depuis 1973, CEO d’entreprises agricoles, ancien Conseiller du commerce extérieur de la France à Buenos Aires.

Vos commentaires

5 commentaires

  1. Décourageant. Espérons qu’il réussisse son union des Droites. Les Argentins sauront-ils mieux composer que nos droites françaises ?

  2. Normal, il est en train de réussir. Il faut bien que la gauche le dézingue. C’est tout ce qu’elle sait fire face à ceux qui réussissent là où elle a raté. Le peuple suivra-t-il ?

  3. Milei est peut-être bien maladroit mais il a économiquement raison. Aussi, la coalition des anciens partis prévaricateurs, qui se sont servis depuis Peron et ruiné l’Argentine qu’il faut relever du plus bas, se met à rugir pour entraîner le peuple que la pauvreté rend crédule.

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