[VIVE LA FRANCE] En Anjou, à la découverte de la boule de fort
« Menk de bouet ! », s’exclame Bernard, en patois, à la vue de la trajectoire quelque peu hasardeuse de notre boule. Autrement dit, « c’est un peu court ! », nous conseille gentiment notre formateur. En vacances cet été, BV a voulu tester cette spécialité ligérienne dont l’usage le plus ancien historiquement daté remonte à 1660. Non seulement ce jeu traditionnel du Val de Loire en général et de l’Anjou en particulier est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, mais de plus, il est le seul sport qui se pratique… en pantoufles ! Autant dire que cela a piqué notre curiosité.

Et non, il ne s’agit pas d’un sport virtuel que l’on pratiquerait confortablement assis dans son canapé, charentaises aux pieds, mais bien réel, une sorte de jeu de pétanque en bien plus compliqué, et pour cause. La boule de fort a pour caractéristique d’être méplate, c’est-à-dire ronde mais non sphérique, et comme si cela ne suffisait pas, elle a un côté plus lourd que l’autre… Ajoutez à cela une piste incurvée (d’environ 20 mètres de long et 6 mètres de large) aux bords relevés et vous mesurerez la complexité de cette activité ! « Au bout de trente ans, on finit bien par avoir quelques finesses », explique humblement notre formateur, vice-président de l’association La Bonne Alliance, à Bouchemaine (49). Patiemment, ce dernier tente de nous initier - en vain - à la minutieuse technique qui consiste à joindre la vitesse à l’angle de départ. « Ça, c’est un peu feignasse ! », observe, amusé, celui qui, au regard de notre lancer hasardeux, prédit rapidement que notre boule de fort ne rejoindra pas le « maître » (l’équivalent du cochonnet en pétanque).
Un sport qui fait battre le cœur des villages
Chaque boule pèse entre 1,2 et 1,4 kg et tout l’art consiste à joindre la bonne charge à la bonne poussée. « C’est très technique », concède Bernard, qui pratique ce sport depuis 30 ans… on ne le contredira pas ! Il nous apprend que si la boule passe entre le maître et une autre boule, elle « passe en maille », et lorsque la boule est lancée, les joueurs lanceront pour rire à celle qui n’a pas assez de charge « regarde pas derrière » ou « ne lui parle pas », façon de conseiller à sa boule de ne pas ralentir. Dans leur jargon, il convient de dire que « ça a bonne mine » si c’est bien joué ou « ça boit ça mange » si ce n’est pas mal. Pour notre part, les essais manquaient largement de charge, mais cette immersion au sein de l’association nous a permis de découvrir une activité vraiment joyeuse, locale et familiale.

Loin de l’image d’un sport pratiqué par des grands-pères en chaussons, il faut savoir que de plus en plus de femmes et de jeunes s’initient à cette discipline angevine. En témoignent les 320 associations composant la Fédération française de boule de fort. Fédération qui a créé le label « Cœur de village » afin qu’une société de boule de fort n’ayant plus de commerces ou de salle publique dans son environnement puisse être utilisée comme lieu de convivialité (dépôt de pain, accueil de visiteurs…). « C'est en Anjou que la France est la plus France », disait Clemenceau. Alors, amis lecteurs de BV, si vous avez l’occasion de visiter cette belle région d’Angers, ne manquez pas de tester ce jeu incontournable et traditionnel qui, certes, demande habileté, maîtrise et patience, mais participe aussi à la vie et au charme de nos petits villages de France.
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7 commentaires
Parfois sur la route d’Erigné je regardais, enfant, les fermières en blouse ramasser à la main les PdeT ou les oignons de fleurs, les essuyer dans leur sarrau et les ranger dans des cagettes. Pas question de gagner du temps mais de bien faire les choses. Ce monde a disparu mais la méticulosité résiste en ces campagnes. Heureux monde sachant vivre et nous faire vivre !
Pourquoi , curieusement ce sport n’a jamais dépassé ses frontières régionales ? Il a les arguments pour plaire à une grande partie de la population , tous âges confondus .
Dans mon enfance (dans les années 50…eh oui) dans une salle d’un café du village ià quelques kilomètres de Tours, il y avait ce genre de piste. Les boules etaient cerclées de fer… C’etait une « relidion »… En dehors des concours et des entraînements, la piste était recouverte de planches de bois et la salle devenait le théâtre du village…
Vite, à décréter discipline olympique !
très complexe ce jeu et dans le village des troglos à Turquant il y a un lieu sympathique où se pratique en toute convivialité ce jeu , et c’est une occasion de visiter les 13 viticulteurs de ce village ainsi que le musée de la pomme tapée, allez- y c’est super.
Intéressant .Merci.
La poire tapée vouliez-vous dire !