Venezuela : quand l’idéologie ruine les nations

D’un côté, le Venezuela, un pays riche devenu pauvre. De l’autre, la Pologne, une nation pauvre devenue prospère.
@Fabio Rodrigues Pozzebom/ Wikimedia Commons
@Fabio Rodrigues Pozzebom/ Wikimedia Commons

Fervent défenseur du retour de Maduro au pouvoir, Jean-Luc Mélenchon évoquait dès 2017 dans son programme présidentiel un rapprochement de la France avec l’Alliance bolivarienne (ALBA), le bloc idéologique emmené par le Venezuela alors chaviste. Un pays présenté alors comme une alternative « solidaire » au capitalisme occidental. Il ne s’agissait pas d’un slogan de campagne, mais bien d’une orientation politique assumée.

Au moment où cette proposition était formulée, le pays érigé en référence traversait déjà une crise économique profonde. Depuis, le Venezuela est devenu un cas d’école de l’effondrement provoqué par des choix économiques idéologiques.

 

Le Venezuela, chronique d’un décrochage

Car le pays possède les premières réserves mondiales de pétrole : 302,25 milliards de barils, soit près d’un cinquième des réserves prouvées de la planète.

Cette richesse n’a pourtant pas empêché l’effondrement. Dès les années Chávez, l’économie vénézuélienne est placée sous une tutelle étatique de plus en plus lourde. Les contrôles des prix se multiplient sur les produits de première nécessité, provoquant pénuries et marchés parallèles. Les contrôles des changes, instaurés pour empêcher la fuite des capitaux, asphyxient les importations et favorisent une corruption massive autour de l’accès aux devises. Les nationalisations touchent l’énergie, l’agriculture, les télécommunications et la grande distribution, décourageant durablement l’investissement privé.

Les conséquences sont mesurables. Entre 2014 et 2020, le pays perd environ 75 % de son PIB. Sur la même période, la richesse économique du pays recule de 81,2 %.

La gestion de l’entreprise pétrolière publique illustre ce naufrage. PDVSA (société pétrolière nationale, NDLR), longtemps fleuron national, est progressivement transformée en outil politique, ses revenus servant à financer des programmes sociaux sans investissement suffisant dans la production. Résultat : la production pétrolière s’effondre, passant d’environ 3 millions de barils par jour en 2013 à 500.000 barils par jour en 2021.

Pour compenser la chute des recettes, l’État recourt massivement à la création monétaire. Cette fuite en avant débouche sur une inflation hors de contrôle, atteignant encore environ 2.700 % en 2021, après plusieurs années d’hyperinflation qui détruisent salaires, épargne et monnaie nationale.

À mesure que l’économie formelle s’effondre, la population fuit. Depuis 2014, 7 à 8 millions de Vénézuéliens ont quitté leur pays, cherchant ailleurs ce que l’État-providence bolivarien ne leur offre plus.

La Pologne, le choix inverse depuis la fin du communisme

Pendant que le Venezuela s’enfonçait dans le socialisme du XXIe siècle, la Pologne empruntait une trajectoire strictement opposée. À la sortie du communisme, au début des années 1990, le pays était pauvre, désorganisé et frappé par une inflation massive : son PIB par habitant atteignait à peine 2.300 dollars.

Dès cette période, Varsovie opte pour une rupture nette avec l’économie administrée héritée du régime communiste. Le plan Balcerowicz repose sur une libéralisation rapide des prix, une stabilisation monétaire destinée à enrayer l’inflation et une ouverture assumée à l’économie de marché, notamment avec son entrée dans l’Union Européenne en 2004. « La Pologne a appliqué une thérapie de choc. Il y a eu un ou deux ans de très forte récession, mais qui ont été suivis d’une croissance pratiquement ininterrompue », rappelle Olivier Bault, journaliste et directeur de la communication de l’Institut Ordo Iuris, spécialiste de la Pologne interrogé par Boulevard Voltaire.

Trente-cinq ans plus tard, le contraste est saisissant. Le PIB polonais est passé d’environ 66 milliards de dollars en 1990 à plus de 850 milliards aujourd’hui, tandis que le PIB par habitant dépasse désormais 18.000 dollars. Une progression continue, là où le Venezuela, pourtant assis sur des réserves pétrolières colossales, a vu son économie s’effondrer. « La comparaison est parlante : la Pologne était pauvre et est devenue riche en passant à l’économie de marché, tandis que le Venezuela était riche et est devenu pauvre avec le socialisme du XXIᵉ siècle », résume Olivier Bault.

Ce redressement ne tient ni à un miracle ni à un dirigisme éclairé, mais à une constance : pas de décisions économiques bloquantes, un temps de travail élevé, une culture entrepreneuriale solide et des gouvernements qui, sans être exemplaires, n’ont jamais durablement étouffé l’économie.

Et la France dans tout ça ?

Imaginer Jean-Luc Mélenchon au pouvoir, ce n’est pas fantasmer un Venezuela sur la Seine. C’est rappeler qu’un pays développé peut très vite décrocher quand il renonce aux règles élémentaires de l’économie au nom de l’idéologie. Le Venezuela n’est pas une anomalie exotique : c’est un avertissement. La Pologne, elle, rappelle qu’il n’y a pas de miracle sans réformes... courageuses.

Picture of Yann Montero
Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire I Le réél finit toujours par s'imposer I Suivez-moi sur X : @YannMontero

Vos commentaires

60 commentaires

  1. c’est ce qui nous arrive avec la gauche au commande la ruine du pays et la pauvreté qu’il créent sous prétexte de la combattre

  2. Melenchon… entendu avec Mme Debray ( qu’il na pratiquement jamais laissé parler!) …il est juste fou !

  3. Mais dites moi quel pays durablement gouverné par l’idéologie communiste a connu un essor économique ? Aucun. Après s’être maintenus au pouvoir par la terreur, tous ces régimes se sont écroulés. Au demeurant, les régimes socialistes n’ont guère fait mieux, l’opression en moins, quoi que le contrôle de l’opinion pointe régulièrement avec eux.

  4. La politique socialiste c’est simple, d’abord tu vides les Caisses, puis tu partages la pauvreté, en France comme ailleurs.

    • Le niveau de certains électeurs est à pleurer donc cela peut marcher hélas !! c’est le NFP qui a fait un bon score, seuls les LFI ce serait combien à votre avis ? 8% de gogos ? assistés ou RSA travail au noir ou Cherchez quels sont les autres qui votent pour ces zozos ?

    • Vous trouvez brillant ce type odieux mal embouche impoli et sans arguments vous? Sa technique de débats en bon gauchiste ,c’est empêcher les autres de parler y compris en aboyant,caquettant,grimaçant comme on l’a vu avec Mme Debray ou Éric zemmour…

  5. « la Pologne était pauvre et est devenue riche en passant à l’économie de marché, »
    tu parles d’une « économie de marché »! Les subventions U€, c’est l’économie de marché? L’est par contre le système du moins disant; donc des faibles salaires par rapport à ma France engoncée dans des normes et une législation du travail aussi pharamineuse que castratrice. Faire rentrer les « ex pays de l’Est » aussi rapidement dans l’U€ a fait le bonheur des patrons et le malheur de nos ouvriers.

    • Les 15 milliards que nous perdons chaque année grâce à l’UE, ils vont où Pologne Croatie Roumanie etc. cherchez l’erreur !! Et pourquoi tant de polonais viennent travailler en France ?

    • J’ai connu la Pologne en 1964, puis en 1970/1976, et enfin elle se sort de la misère profonde causée par les régîmes soviétiques… le travail paye, pas les allocations !!!
      La période de 64 et de 70 prendraient un livre à raconter… encore plus dur que Zola…!

    • Il n’est de vraie richesse que celle produite par le travail. Par le travail à haute valeur ajoutée. Une politique économique se juge par sa capacité à favoriser et à encourager ce travail.
      1/Les subventions UE à la Pologne : un accélérateur, rien de plus.
      2/France engoncée dans des normes et une législation du travail aussi pharamineuse que castratrice. Exact. Ajouter la fiscalité. Mais ça fait tout autant le malheur des patrons que des salariés. Et ça accélère les délocalisations. Tous azimuts.
      3/Ce n’est pas fondamentalement l’entrée des pays de l’Est qui a fait des dégâts, c’est l’idéologie mondialiste et immigrationniste qui s’est emparée d’une UE qui a ouvert en grand les vannes de l’immigration et les produits chinois et asiatiques. Et ce point 3 se combinant avec le 2 est un désastre pour la France.

      • Merci pour votre réponse, cependant :
        « Les subventions UE à la Pologne : un accélérateur, rien de plus. »
        ben voyons! Il n’y avait plus un rond dans l’ex Pologne communiste. Comment aurait elle fait sans pognon? La France, second contributeur U€ a participé à son propre sabordage; et ce n’est pas d’hier! La REGIE Renault (1944/90) faisait fabriquer certaines bagnoles en Espagne. Nous ne pouvions lutter à armes égales contre Espagne, Portugal, Italie; nos Yakas y ont rajouté l’Est!
        Le nier équivaut à nier le suicide, la trahison et la collaboration.
        Mais après tout : ça va, les bourgeois peuvent parcourir l’€urope sans tracas.

  6. Pour la France, les jeux sont faits : les politiques malthusiennes combinées à une bureaucratie tatillonne ont déjà détruit toute l’économie réelle. L’industrie est une chose du passé et l’agriculture n’en a plus pour longtemps. L’inconvénient est que la mauvaise graisse bureaucratique ne s’exporte pas : on ne peut rien acheter avec chez les Chinois.

  7. il n’y a qu’a voire la chine ce qu’elle était et ce qu’elle est devenue ou l’URSS au temps bolchévique et aujourd’hui. Il y a des idéologies ruineuses, le communisme en est une et l’islamo gauchisme ruineuse ET destructrice

  8. Comme si on avait encore besoin d’avertissement, bien avant le Venezuela, il y a Cuba, la Corée du Nord, le Chili d’Allende, tous les pays communistes. Et il se trouve encore des neuneus pour chanter l’internationale…

  9. Partout où le communisme/socialisme s’est installé, il s’est révélé comme un échec – et pas seulement dans le domaine de l’économie, mais dans celui de la liberté : la nature humaine est incompatible avec les rêveries de M. Karl Marx & Co. qui ont fait couler tant de sang, et il faut être particulièrement bouché à l’émeri pour tenter d’imposer cette aberration à un monde qui n’en veut pas, près d’un siècle après l’échec (entre autres) des kolkhoses.

    • 100ù d’accord avec vous. Le communisme comme l’islamisme sont des totalitarismes sanguinaires. Lénine, Staline, Mao, Lin Piao, Pol Pot, Castro, Guevara, Khomeini, Khamenei n’ont rien à envier à Hitler et à Mussolini.

  10. Quitte à établir un parallèle entre le Venezuela et la Pologne, je pense qu’il aurait été plus honnète de ne pas faire l’impasse sur l’embargo américain, pesant très fortement sur les épaules du premier, tandis que la seconde bénéficiait de l’aide de l’U.E par centaines de milliards…

    • Pour considérer l’embargo US comme cause de faillite de l’économie, il semblerait que vous considérez les USA comme la 1ère puissance économique mondiale. Quelle ode aux USA. Vous devez terriblement les admirer.

      Je pense que lorsque 8 millions de citoyens qualifiés fuient en 15 ans un pays de 35 millions d’habitants, les forces vives du pays manquent cruellement à l’économie.
      Quand aux gestions socialistes, citez moi un seul pays socialiste de l’histoire qui ait été autre chose que pauvre et faisant vivre ses citoyens dans le rationnement ?

      • Á vous lire, l’embargo n’est strictement pour rien dans le naufrage du Vénézuela. Assez vexant pour Maduro comme pour Trump.
        Maintenant, concernant « les huit millions de citoyens qualifiés », moi qui vis en Am’Sud je peux vous assurer que vous vous plantez grave.

  11. La France a commencé son décrochage le 10 mai 81. Les choix abérrants de Mitterrand et des socialos communistes étaient dictés autant par l’idéologie, l’incompétence et la démagogie. L’idéologie ? Les nationalisations de 81 ont sclérosé l’outil industriel. Si aujourd’hui la France n’a plus d’industrie c’est à Mitterrand et ses successeurs qu’elle le doit. L’incompétence. On croyait, et on croit encore, que les énarques et les X feraient les meilleurs managers possibles des grandes firmes nationalisées…. La démagogie. Les Français en bons gauchistes qu’ils sont dans leur forintérieur se sont laissés embobiner par les mensonges de Mitterand, la retraite à 60 ans par exemple. Il y avait même un ministère du temps libre ! No Comment ! Puis il y eu les 35 heures qui vint ravir les Français mais qui ont tué les entreprises qui les emploient… Car toutes ces sottises en économie libérale capitaliste et concurrentielle plombent la compétitivité, font crever les entreprises et allongent les files de chômeurs. Là aussi la baisse de pouvoir d’achat qui frappe les Français vient de très loin. Les entreprises ne sont plus en état d’investir et de mieux payer leurs salariés.
    Enfin l’état Leviathan veut tout faire et s’occuper de tout. Résultats ? Ceux qui entreprennent se barrent de peur de voir le fisc confisquer le fruit de leur travail.
    Melenchon a un boulevard devant lui.

    • Une fois à Guayaquil (Equateur) un autochtone m’a dit: « Avec la gauche, on a de meilleures conditions de travail. Mais avec la droite, on a du travail ».

    • @Ravi au lit : bonne remise au point. Depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir, c’est la descente aux enfers mais la droite n’a pas fait mieux (Chirac, Sarkozy)

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

LFI ne veut pas voir les gens sortir de la pauvreté
Gabrielle Cluzel

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois