Vanessa Paradis : une petite fée devenue grande dame de la chanson française
Avril 1987, un drôle de petit moineau fait son apparition à la télévision. Cette charmante frimousse porte bien son nom : Vanessa Paradis. Sa première chanson ? Joe le taxi. Une sorte de rumba, composée par Frank Langolff, homme de l’ombre, mais qui a déjà travaillé avec le gratin des artistes français. On lui doit, par exemple, la musique de Morgane de toi, pour le chanteur Renaud. Le texte est signé par Étienne Roda-Gil, le parolier des stars, dont, évidemment, Julien Clerc. Si Vanessa Paradis affiche alors tout juste quatorze printemps, elle a déjà presque tout d’une grande fifille.
Le public ne s’y trompe pas, qui fait un véritable triomphe à ce qui ne pourrait être qu’un tube sans lendemain. La suite des événements prouvera que non. En attendant, cette sympathique et efficace ritournelle se vend à plus d’un million d’exemplaires et devient n° 1 en Belgique, en Suisse, au Canada et même en Israël, n° 2 en Irlande, n° 3 au Royaume-Uni. Du jamais-vu depuis le Je t’aime... moi non plus de Serge Gainsbourg et Jane Birkin.
Aujourd’hui, trente-huit ans après les faits, c’est un nouvel album qui sortira en octobre prochain, Le Retour des beaux jours, coécrit avec Étienne Daho, l’un des derniers gentilshommes de la pop française, après la disparition du regretté Jacno. En voici déjà un avant-goût, avec ce Bouquet final :
Tout commence avec L’École des fans…
Il est vrai que, depuis, il s’en est passé, des choses. Retour en arrière. Vanessa Paradis voit le jour le 22 décembre 1972, à Saint-Maur-des-Fossés. Ses parents s’aiment et chérissent leurs enfants. Et il y a aussi un oncle qui comptera beaucoup pour elle, l’acteur Didier Pain, celui qui incarnera à merveille le tonton catholique et royaliste dans La Gloire de mon père et Le Château de ma mère, l’insurpassable diptyque de Marcel Pagnol, lorsque magnifiquement adapté au cinéma, en 1990, par Yves Robert. Didier Pain, homme de la balle, sait que la petite Vanessa a quelque chose que d’autres n’ont pas : une étincelle dans le regard, une grâce naturelle ; bref, une sorte de don des fées. Cela se vérifie le 3 mai 1981, lorsqu’elle passe à L’École des fans, la fameuse émission dominicale présentée par Jacques Martin. Elle y interprète Émilie jolie devant son auteur, un Philippe Chatel visiblement subjugué. Et déjà, l’oncle Didier Pain, qui est également son parrain, veille sur son ange blond.
Joe le taxi ? La déflagration !
Quand survient le succès inattendu de Joe le taxi, personne, dans le métier, ne donne cher de sa peau : des enfants plus ou moins prodiges, il y en a tant eu, qui ont souvent fait long feu. À l’époque, la presse tente alors de l’opposer avec Elsa Lunghini, la nièce de Marlène Jobert qui, à l’époque, cartonne avec son fort joli tube T’en va pas.
En juillet 2004, interrogée par le magazine Première, Elsa se souvient : « Nous avons commencé au même âge, quatorze ans pour Vanessa, treize ans pour moi. Le succès a été immédiat. Et énorme. Le public et les médias nous ont tout de suite posées en concurrence, sans que nous ne comprenions vraiment pourquoi. […] Je n’allais jamais aux concerts de Vanessa, de peur de me faire lyncher par ses fans. Elle ne venait jamais aux miens pour les mêmes raisons. » Cette violence est alors réelle ; mais, Dieu merci pour ces demoiselles, c’étant avant celle des actuels réseaux sociaux… Si Elsa abandonne tôt sa carrière, se mariant avec Bixente Lizarazu, footballeur champion du monde (millésime 1998), Vanessa Paradis entend poursuivre ce qu’elle a commencé. À rebours de l’actuel néo-féminisme, « muse » est un « mot » qu’elle « adore », à en croire Paris Match, qui lui a consacré sa une, ce 28 mai. En 1990, elle s’en remet donc à Serge Gainsbourg, qui lui pond le remarquable album Variations sur le même t’aime, tandis qu’Alain Souchon lui file un coup de main.
Lenny Kravitz, l’ange à dreadlocks…
Puis, deux ans plus tard, un autre pygmalion : l’Américain Lenny Kravitz, qui lui mitonne, clef en mains, un disque entièrement en anglais, sobrement intitulé Vanessa Paradis. L’homme a parfois été raillé pour son tropisme seventies. Certes, il semble avoir bloqué les compteurs en 1972. Et alors ? Mieux vaut peut-être creuser les mystères de la musique à l’ancienne plutôt que de donner dans le rap et la techno, genres à l’évidence plus récents, mais autrement moins riches. D’où Be My Baby et Sunday Mondays, pépites à l’ancienne, qui auraient pu être enregistrées au temps béni de la Stax ou de la Motown, mythiques studios américains. Là, sa voix angélique fait des merveilles. D’une justesse absolue, façon Françoise Hardy, elle survole d’audacieuses mélodies tout en transcendant, si besoin était, des arrangements d’orfèvre.
À la même époque, elle devient l’égérie de Chanel. Le monde entier commence à nous l’envier. Depuis son mariage avec l'acteur Johnny Depp, elle devient l’une des Françaises les plus en vue de la planète. Aujourd’hui, c’est Aya Nakamura. À chaque époque ses icônes. Les temps changent, et pas forcément en bien.
Une carrière cinématographique hors normes…
Entre-temps, elle devient actrice. Il y a évidemment celui qui s’impose, Élisa (1995), de Jean Becker. Les autres révèlent des choix artistiques plus qu’audacieux, même si depuis devenus cultes. Atomik Circus, tourné en 2004 par les frères Didier et Thierry Poiraud. Une dinguerie totale où, accompagnée de Jean-Pierre Marielle et de Benoît Pooleworde, elle tente de faire obstacle à une invasion extra-terrestre en plein fête de la tarte à la vache, dans une improbable campagne. Ce film hautement hallucinogène n’a pas trouvé son public, comme on dit. C’est bien dommage. L’autre, c’est Un Couteau dans le cœur (2018), de Yann Gonzalez, polar français à l’italienne, situé dans les années 70 et le milieu du porno gay. Audacieux, tortueux et à recommander aux amateurs de curiosités. Il ne fut pas non plus un triomphe public, mais permet de comprendre que Vanessa Paradis a toujours mené sa carrière comme elle l’entendait.
L’ex-enfant prodige aurait voulu devenir l’une des grandes dames de la chanson française qu’elle ne s’y serait pas prise autrement.
PS : un petit dernier, pour la route, cette sublime relecture de Ma Déclaration, chanson jadis composée par Michel Berger pour France Gall et ici revisitée en compagnie de Matthieu Chedid, compositeur d’exception et prodige de la guitare.
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33 commentaires
La Gloire de mon Père et le Château de ma Mère diptyque de MARCEL Pagnol et non Maurice.
Morrison des Doors sans talent et Paradis une grande dame, vous mettez quoi dans vos cigarettes ???
Vous devriez un peu écouter en dame: Nico, Chapman, Baez, Radelet ( the Chromatics) , Hardy, La Grange, Faithfull… un seul morceau sympa de Paradis son duo avec Moreau à Cannes le tourbillon de la vie,,,
De plus, il a osé critiquer Yes !
Du talent ??? N’importe quoi. Une grande dame de la chanson française ? Aberrant. Elle nulle et même pas jolie. Je je ne comprends vraiment pas ce que vous lui trouvez.
J’ai lu les commentaires, cela m’a fait bien rire , les réactions des soldats de la vieille garde qui grognent et ronchonnent sur l’article de Nicolas Gauthier .
Elle!! une grande dame de la chanson française!! hallucinant !! mieux vaut en rire !!!
Vanessa Paradis a chanté une seule jolie chanson (Joe le Taxi) et c’était il y a quarante ans… Depuis elle n’est rien d’autre qu’une people sans autre talent que celui de grenouiller efficacement là où il faut et quand il le faut. Vous avez le droit d’en être amoureux, mais comme on le sait l’amour rend aveugle…
Entièrement d’accord.
Joe Le Taxi m’avait bien plu et je m’étais aventurée, deux ans plus tard, à acheter la cassette vidéo du film « Noce blanche » avec (entre autres) Bruno Cremer et ladite Vanessa… décevante au possible. Inexpressive, elle récitait son texte. Donc je confirme… zéro talent.
Incroyable de découvrir une telle hagiographie dans vos tribunes ! A quel point de bassesse est tombée la culture populaire française si vous aussi vous vous extasiez sur une telle nullité artistique ?…Car pour un homme de goût qui connaît son solfege et sait se servir de son organe vocal , cette gamine n’a aucun timbre , aucun souffle et aucune technique .Et ce ne sont pas ses coucheries plus ou moins intéressées qui lui donneront le talent dont elle a toujours été dépourvue. Trouver un album de Vanessa Paradis chez une connaissance devrait être un motif de rupture tant elle est symptomatique d’une absence totale d’oreille musicale et de bon goût. Et en plus vous avez osez parler de ses concerts !? Elle était et elle toujours incapable d’en tenir un sans l’aide de l’auto-tune ! …Pathétique….
Je pense exactement comme vous !
Bien vu
J’abonde et je plussoie.
Cher Monsieur Gauthier je ne critiquerai pas votre opinion sur Vanessa Paradis tant votre érudition musicale est grande. Mais vous citez Maurice Pagnol… Êtes vous bien sûr de vous ?
À Propos de Didier Pain ;où est le
problème?
Emporté par son amour « paradisiaque » Mr Gauthier a parlé de Maurice à la place de Marcel.
BV devient un peu people.
Je trouve aussi !
Un jour on bave sur le groupe Yes, et le lendemain on encense Vanessa Paradis… Wow.
Y’à comme un malaise !…
toujours sa voix juvénile elle est toujours agréable à écouter.
« grande dame de la chanson française » Bof !
Une macronienne de plus gavée de subventions.
Je ne saurais dire si Vanessa Paradis est « gavée de subventions », mais pour ce qui est du talent, à coup sûr, elle en a.
Merci à Nicolas Gauthier pour ces morceaux dont je me suis régalée.
Grande dame de la chanson française, c’est pas un peu exagéré ?…
Juste une pistonnée, pas plus !
Les pistonnés sans talent ne durent pas longtemps.
Cela dit, à chacun ses goûts…
Mais si, il suffit d’être pistonné longtemps…