[UNE PROF EN FRANCE] La lente dénaturation de l’idéal éducatif de Comenius
Il est des figures fondatrices dont l’héritage est dans le même temps sans cesse invoqué et profondément trahi. Jan Amos Comenius (Komensky) appartient à cette catégorie paradoxale. Son œuvre, pourtant, constitue une vision cohérente, exigeante, profondément anthropologique de l’éducation, pensée comme instrument de pacification du monde et de redressement moral de l’humanité.
Instruire tous les êtres humains pour établir une paix durable
Né en 1592 en Moravie (aujourd'hui en Tchéquie), dans une Europe ravagée par les guerres de religion, contraint à l’exil, Comenius ne pense pas l’école depuis le confort d’un cabinet ministériel mais depuis l’expérience du chaos. C’est précisément cette expérience qui fonde son projet : si le monde est en ruines, c’est parce que les hommes ont été mal formés. L’éducation doit donc être universelle, méthodique et ordonnée selon la nature, afin de rendre les hommes capables de comprendre le monde, les autres et eux-mêmes. L’ambition est immense, presque démesurée : instruire tous les êtres humains pour établir une paix durable.
Trois piliers structurent cette pensée. La pansophie, d’abord, qui est une vision organique du savoir, où chaque discipline éclaire les autres, avec l’idée que le monde n’est pas une accumulation de fragments disjoints mais un tout assemblé et cohérent, dont l’homme est un maillon essentiel en tant que créature participant au divin. Vient ensuite la méthode, exposée dans la Didactica Magna : progressivité, clarté, respect du développement de l’enfant, répétition active, refus de la brutalité scolaire, valorisation de l’apprentissage par le jeu, par la main et par l’image. Enfin, l’universalité : l’école doit accueillir filles et garçons, riches et pauvres, sans distinction de naissance ni de statut, car la dignité humaine précède toute hiérarchie sociale.
L'éducation : un projet de civilisation
La vision éducative de Comenius a profondément marqué l’enseignement européen. Mais l’arrière-plan métaphysique a progressivement disparu, vidant ainsi l’ensemble de son essence. Ce qui, chez Comenius, relevait d’une anthropologie chrétienne exigeante s’est transformé progressivement en un humanisme technicien, puis en une simple ingénierie éducative.
La pédagogie moderne a ainsi conservé les formes en perdant le sens. Les manuels illustrés, héritiers de l’Orbis Sensualium Pictus, subsistent, mais l’image devient stimulation permanente et, souvent, pure distraction. La progressivité des apprentissages, conçue pour respecter les rythmes naturels de l’enfant, se transforme en obsession du « parcours » balisé et évalué. Là où Comenius voyait l’école comme un lieu d’élévation, la modernité tardive en fait un espace de gestion. Le savoir n’est plus pensé comme une fin mais comme un moyen, moyen d’employabilité ou de conformité sociale. La paix, horizon ultime de la pédagogie coménienne, est remplacée par l’uniformisation, obtenue par la dilution des contenus et la neutralisation des exigences intellectuelles. L’élève n’est plus conduit vers la compréhension du monde mais accompagné dans un présent perpétuel, sans épaisseur historique ni visée transcendante, et éventuellement tourné vers un futur fantasmé essentiellement appuyé sur une technique toujours plus envahissante.
Relire Comenius aujourd’hui ne devrait donc pas servir à légitimer les réformes contemporaines mais à les interroger. Son œuvre rappelle que l’éducation n’est ni un service, ni un dispositif, ni un outil de régulation sociale, mais un projet de civilisation.

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11 commentaires
Merci pour cet article…L’E.N. est depuis longtemps l’Arme de la Gôche Progressiste: car plus on FORMATE les jeunes,plus la Gôche s’impose et s’imposera .C’est encore plus notre réalité depuis 1945.Ancien enseignant ,les collègues qui qualifiaient « le collège unique d’égalitarisme par le bas »,n’avaient aucun scrupule à voter à gôche,car car 95% des enseignants votaient à gôche sachant très bien qu’ils en étaient les premiers bénéficiaires…La décision de passer de la méthode Piaget (Operations concrètes) à celle de Wallon (marxiste) a été essentielle pour abrutir les jeunes en les uniformisant,en glorifiant l’ILLUSION face au RÉEL .Avec cette réforme ,la Gôche était sûre de favoriser SON Idéologie progressiste face au RÉEL du Conservatisme :c’est ce que j’ai ressenti quand vous écrivez: »valorsation de l’apprentissage par la main « :oui la méthode Wallon est la preuve ,pour moi,que la Gôche qui méprise en vérité le peuple utilisera tous les moyens pour imposer son Idéologie marxiste mondialiste en martelant chaque jour qu’ELLE est l’avenir de l’Homme en se proclamant progressiste .
Il faut revoir notre éducation Nationale de fond en comble… J’ai enseigné une grande partie de ma vie et certaines « coutumes » étaient pathétiques… A chaque changement de ministre, toute la « paperasse » devait changer car forcément le nouveau ministre savait mieux que l’ancien comment il fallait faire pour apprendre à lire et à compter ( pas souvent à réfléchir malheureusement) aux élèves et aux enseignants…
Nous passions des heures à refaire les « progressions », livrets scolaires de « compétences enchevêtrées » dans un galimatias « pseudoscientifique » souvent incompréhensible des parents mais… ça faisait de l’effet et ça devait donner l’impression que le « nouveau » , il « savait »!!!
Nous passions notre temps à trouver des moyens de contourner ou même tricher pour rentrer chaque action dans la bible qu’était la « projet d’école », un véritable carcan!
Mais tout cela, c’était du gâchis et surtout des heures qui nous manquaient pour trouver des solutions aux vrais problèmes pratiques des enfants présents dans nos classes…
Dernièrement, il y a eu une valse effrénée de ministres et ce n »est pas fini! Comment peut-on encore enseigner en France? Comment les enseignants peuvent-ils arriver à suivre les consignes puis contre-consignes qu’on leur donne? Et tout cela dans des classes de plus en plus hétérogènes, où un nombre significatif d’enfants parle peu ou très mal le français et où il ne faut rien dire pour discipliner sa classe? Les parents (enfin certains!) font la loi évidemment… Commencez par redonner le pouvoir aux enseignants qui travaillent dur et la société reprendra un cours plus normal… Le pouvoir, ça passe par un meilleur salaire et une formation de meilleure qualité qui attirent les meilleurs car enseigner, c’est difficile mais c’est tellement important pour l’avenir de notre pays! L’enseignant doit redevenir le « maître » qu’il fut autrefois, c’est indispensable pour l’avenir de notre pays. Le restauration de l’autorité passera par l’école.
Toujours des articles enrichissant, merci Madame
Fantastique article …! Merci de nous avoir revele l’oeuvre et les lugnes directrices de la pensee de ce grand homme .C’est encore une fois la preuve que sans son primum movens chretien , toute invention peut servir a asservir , et dans le cas de la France contemporaine , a abrutir les masses .
« si le monde est en ruines, c’est parce que les hommes ont été mal formés. » Il me semble qu’il n’a pas noté que l’homme est pervers, par nature, contrairement à ce qu’affirme Rousseau. Le terme « pervers » n’est peut-être pas le meilleur, mais en tout cas, l’orgueil qui sommeille en chacun de nous est un risque non négligeable.
La formation consiste d’abord à donner un sens à la vie. Les parents éduquent et l’État instruit. Pour cela l’État dispose du moyen qu’est la pédagogie, mais il s’encombre de l’avis d’idéologues qui nous ont successivement servi les mathématiques modernes pour comprendre l’importance des chiffres, la méthode globale pour apprendre à lire et aujourd’hui, l’histoire sans chronologie, l’art de comprendre le zizi et l’écriture inclusive. Là comme ailleurs l’État et les deux derniers Présidents de la Républiques ont fauté et les résultats ne se sont pas fait attendre, nos enfants sont devenu les avant-derniers de la classe. Et visiblement ça ne suffit pas à nos « élites », ils visent la dernière place avec une détermination farouche.
A 90% les enseignants sont socialos, ils ont une pâte vierge qui modèle a leurs convictions, voilà pourquoi notre Société se désintègre.
Bonjour Virginie . Toujours sereine et clairvoyante en ces temps impétueux. Merci pour cette instruction.
Ce qui semble évident, de bon sens, s’exprime avec clarté. Les visionnaires prolongent et ajoutent à ce qui peut s’exprimer avec superficialité, dans l’indifférence. Ils invitent à la modestie, à l’humilité. Quelque temps passe et on en vient à se dire « mais c’est bien sûr… ». Mais là où certains reconnaissent le faux pas ou le train manqué, d’autres s’enorgueillissent en gonflant le torse, en fanfaronnant , en tentant de nous faire croire à des vessies pour des lanternes. Ils savaient, ils avaient prévu mais étaient restés les deux mains dans les poches.
Votre texte m’a inspiré l’image suivante. Les prétentions maladroites des humains transforment une nature luxuriante, qui ne demande qu’à se développer harmonieusement, en des bonzaîs mal taillés. Il en va ainsi de l’Education Nationale française. D’une jeunesse innocente, ouverte au beau, à l’innovation, elle nous fait des zombis sclérosés qui s’exprime essentiellement par la simplicité à sa portée, l’acte physique dans tous ses états. De l’expression verbale à la gesticulation, du vêtement au mimétisme. A noter, elle est accompagnée dans ces exercices extravagants par une Justice laxiste et des Conseils supérieurs déjantés (dt écriture inclusive). Ainsi vogue la France à la dérive.
L’éducation devrait se résumer ainsi : « progressivité, clarté, respect du développement de l’enfant, répétition active, refus de la brutalité scolaire, valorisation de l’apprentissage par le jeu, par la main et par l’image. » Tout est dit en ces temps du passé. Nous aurions à ajouter en nos temps perturbés « sans déviance malsaine de chacun de ces dogmes, sous prétexte de progressisme ». Mais la prétention dirige et submerge le bon sens. Au comble du vécu possible, l’expression de la prétention d’un esprit supérieur mentalement dérangé.
Bien. Virginie, je ne vais pas abuser. Vous laisser reprendre vos occupations, un devoir. Bonne semaine et surtout, restez vigilante.
Merci très intéressant
Je confirme. Belle découverte que cet homme.
On est loin de la fabrique de Crétin. Et avec les IA, la chute va s’accélérer…