[UNE PROF EN FRANCE] Discipline : pourquoi les sanctions ne font plus peur à personne ?

Ce qui handicape l’école française, c’est d’être une excroissance de l’État...
bonnet d'âne

Ce qui frappe aujourd’hui dans l’école, plus que la violence adolescente qui est une donnée permanente depuis des siècles et ne devrait surprendre personne, c’est l’inefficacité de la sanction, qui vient en grande partie de son rejet par les adultes.

Le principal de mon collège nous le rappelle sans cesse : la punition est du ressort des enseignants, mais la sanction est du ressort de l’administration. Or cette sanction a été réduite progressivement, sous les coups de boutoir de Mai 68, de l’idéologie permissive et de l’éducation positive, à sa part congrue. Véritable peau de chagrin, elle a été dépouillée de sa légitimité par la société du doute et de l’hypocrite copinage égalitaire.

Plus rien n'est sacré

Il faudrait pourtant se souvenir du sens réel de ce mot. « Primitivement, sanctionner – sancire en latin – signifie rendre sacré (sacer).  L’étymologie sac- […] donne des mots comme sacrement, serment, sacrifice, sacrilège, sainteté, sanctuaire, sanctifier… Le latin sancio signifie rendre sacré, rendre inviolable par un acte religieux… » La sanction (sanctio) est l’acte par lequel on établit une loi ou un traité de manière irrévocable. Elle est une consécration. »(Eirik Prairat, Sanctions et socialisation. Variations sur un concept)

Dans notre société post-moderne et relativiste, plus rien n’est sacré ni irrévocable. Il suffit de voir Benjamin Ledig “twerker” impunément dans une église ou Emmanuel Macron commenter un flot de vidéos parodiques générées par IA d’un « Bien joué, c’est plutôt bien fait ! » pour comprendre qu’à part Kim Kardashian et l’Iphone 17, il n’y a plus rien de sacré pour nos contemporains…

Les médias - enfin certains médias - mettent en lumière les cas les plus frappants : l’affaire de Créteil en 2018, Samuel Paty en 2020, Agnès Lassalle et Dominique Bernard en 2023, Samara et Shemseddine en 2024, Notre-Dame-de-Toutes-Aides puis Mélanie, la surveillante de Nogent, l’enseignante d’Antibes et le professeur de musique de Benfeld en 2025, le collégien de La Rochelle en début de semaine dernière…

La notion de légitimité démonétisée

Au-delà de tous les cas portés à la connaissance de la justice et des médias, ce sont 35 % des professeurs qui déclarent avoir reçu des insultes, des menaces ou avoir fait face à des refus et contestations d’enseignement. Mais ce sont surtout 46 % des élèves qui déclarent « avoir été victimes d’au moins une violence de façon répétée durant l’année scolaire » (Enquête de la DEPP, service de statistiques publiques du ministère de l’Éducation nationale, 2023).

On peut imaginer que ces générations de fragiles considèrent comme des violences ce qui a de tout temps été la norme dans les relations humaines primaires, celles antérieures à la sociabilité adulte. Que l’on relise les pièces de Plaute, les textes de saint Augustin, L’Enfant de Vallès ou Les Faux-Monnayeurs de Gide : les insultes, humiliations et jeux de puissance et de domination ont toujours eu leur place dans les sociétés infantiles. Mais les adultes assumaient pleinement la fonction régulatrice de la sanction et de ce que l’on appelle en philosophie politique la “force légitime”. Aujourd’hui la force a gardé son aura dans une partie de la population, et a été diabolisée dans l’autre. Mais c’est surtout la notion de légitimité qui a été démonétisée. Il me semble qu’aujourd’hui, plus rien de ce qui provient de l’État n’est perçu comme légitime. Ce qui handicape l’école française, ce n’est pas d’être une école - les écoles hors-contrat se portent très bien -, c’est d’être une excroissance de l’État et d’avoir perdu, de ce fait, sa légitimité.

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Virginie Fontcalel
Professeur de Lettres

Vos commentaires

38 commentaires

  1. A la moindre sanction, les enseignants ont les comités de parents sur le dos ! Quand aux enseignants eux mêmes, ils payent le prix de leur choix politiques, anciennement gauchistes, écolos permissifs et « copains » avec leurs élèves ! Il faut maintenant mettre la barre à droite et restaurer l’autorité et le respect !

  2. Merci, madame Fontcalel, je vous ai lue et approuvée plusieurs fois sur et dans B.V. et votre phrase de conclusion, je la retiens dans mon journal personnel : « Ce qui handicape l’école française, ce n’est pas d’être une école – les écoles hors-contrat se portent très bien -, c’est d’être une excroissance de l’Etat et d’avoir perdu, de ce fait, sa légitimité. »

  3. Les sanctions ne font plus peur à personne parce qu’elles ne sont plus adaptées aux faits commis, que ce soit à l’école ou dans la société. La raison et la morale ont été remplacées par le désordre, la haine et la barbarie. Ainsi, tout le monde peut tout commettre impunément et surtout le pire. La France est devenue un asile de fous pour les pays du monde et ceux qui ont encore toute leur tête sont montrés du doigt s’ils n’entrent pas dans le cercle du désordre et de l’insécurité.

  4. Depuis 1968 et les abrutis au pouvoir depuis 1981 la doctrine est « il est interdit d’interdire » et entre l’enfant ou la moquette on choisit l’enfant (qui pouvait chier sur la moquette et de nos jours comme il fûme ; y mettre le feu)

  5. Ancien instituteur, je me permets de dire un mot .
    Jusqu’à ma retraite, j’ai été respecté et la plupart de mes collègues aussi .
    Ensuite, après 1981,ce fut la débâcle !
    Car comment respecter une institution comme l’enseignement, si la politique se mêle de tout pour dénigrer au nom de supposées « victimes » ! Si la Police « tue », comment respecter la Loi ? (Car Force doit rester à la Loi)
    D’ailleurs, la Loi elle aussi tue quand elle est aussi mal appliquée par certains juges qui écoutent trop certaines « victimes » .
    Notre civilisation toute entière sera la  » victime » de ces politiciens si ça continue !

  6. En début d’année, les enseignants se plaigne toujours du niveau de la classe qui leur est confiée.
    Ils oublient que le niveau des élèves est celui que leur ont donné les enseignants des années précédentes, dont ils faisaient parfois partie.

  7. Nous, les enfants du baby boom, qui avons relevé la France pour en faire une grande puissance avons été élevés dans le respect des parents , des enseignants et des lois. 1968 est passé par là et nous voyons et vivons les effets pervers des théories de branquignoles qui nous mènent droit aux enfers. Car ne nous y trompons pas, tous ces raisonnements à la noix ne sont faits que pour permettre à ces grands inquiets que sont la plupart des « intellectuels » de s’apaiser un peu, à nos détriments.

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