[UNE PROF EN FRANCE] De la musique avant toute chose…
Il est des idées qui traversent les siècles avec la tranquille assurance des choses incontestables. La place de la musique dans l’éducation, par exemple. Non pas la musique décorative qui envahit les allées des centres commerciaux mais la vraie, celle dont on prétend qu’elle forme l’âme. Pour Platon, la musique n’est pas un divertissement anodin mais une manière de régler l’enfant comme on accorde un instrument. Lui offrir un univers sonore juste, c’est déjà façonner son jugement, discipliner ses élans, l’orienter vers le Beau de façon élégante et exigeante en même temps. Platon, dans La République comme dans Les Lois, l’affirme avec insistance : un rythme dévoyé entraîne des mœurs dévoyées, tandis qu’une musique harmonieuse élève l’âme et développe chez l’homme les qualités qui feront de lui un bon citoyen.
De Platon à Montaigne
Aristote nourrit la même idée. Dans la Politique, il explique que la musique enseigne une retenue que bien des pédagogies modernes ne savent même plus nommer. Elle exerce la sensibilité, elle éduque le plaisir, elle apprend à l’enfant à s’émouvoir. Le chant choral a aussi de nombreux atouts, en obligeant les enfants à se mettre à l’unisson, à s’écouter, à être attentifs à l’autre.
Puis vient Montaigne qui, dans les Essais, insiste sur cet art discret qu’a la musique de former un homme entier, et non un petit spécialiste desséché avant l’heure. Elle assouplit l’esprit, discipline l’oreille, réveille une sensibilité que l’école, à force de remplir des grilles et des tableaux, étouffe sans même y prendre garde. Chez Montaigne, la musique n’est pas un supplément d’âme : elle est l’un des chemins les plus sûrs pour apprendre à vivre, c’est-à-dire à se tenir debout dans un monde où tout vacille.
De Platon à Montaigne, donc, une même conviction demeure, obstinément : la musique devrait être au cœur de l’éducation des enfants. Pour instruire vraiment un enfant, il faut d’abord l’accorder. Le reste - les programmes, les réformes, les décrets aux intitulés aussi interminables qu’inutiles - n’est peut-être que bruit de fond.
Pourtant, force est de constater que la musique a été abandonnée par l’Éducation nationale, reléguée comme d’autres disciplines à un rang inférieur, subalterne, ornemental. On a oublié à quoi elle servait et on ne la conserve que par tradition, sans lui accorder beaucoup d’intérêt, sans la valoriser. À côté de cela, on laisse les enfants s’enivrer de musiques violentes et vulgaires, déréglées qui ne leur apportent plus aucune des compétences que pourrait développer une pratique de la musique à des fins pédagogiques. La pédagogie - de païs, païdos = l’enfant, et ago = conduire -, c’est le choix du « lieu » où l’on veut conduire l’enfant et du chemin à suivre pour y parvenir. Mais aujourd’hui, tel un poulet sans tête, on a le sentiment que l’institution court en tous sens, sans ordre, sans direction, en poursuivant des buts parfois si contradictoires qu’elle se perd elle-même.
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29 commentaires
Tout à fait d’accord avec l’apport pédagogique de l’apprentissage de la musique et aussi avec l’enrichissement culturel pour les enfants et les adolescents. Mais aujourd’hui combien parmi eux connaissent Mozart, Beethoven, Debussy ou Ravel ? La plupart d’entre eux passent la journée avec un casque sur les oreilles pour écouter une bouillie infame qu’on ne peut pas appeler de la musique.
Moi j’aime bien Johann Strauss.
Vous avez pleinement raison.
Blanquer avait demandé que la journée en collège commence par une chorale. Resté sans suite. Pap lui succéda…
Nos enfants sont massacrés.
Lorsque les profs de tous niveaux auront été dé-lobotisés ,
Alors ,là ,en notre France, la musique sera, elle, aussi neutre de touts vices .
Et chaque matin , chaque élève ,devra chanter ou sera viré.
« »La Marseillaise » » ,surtout le couplet (5) : « Amour sacré de la Patrie »
Ainsi ,nos futurs Français ,seront « guidés et non lobotisés » ,pour assurer le bon devenir de leur Pays.
Lorsque Mozart 1er a voulu entreprendre ses études ses parents lui ont dit, passe d’abord ton Bach ! ;)
Autrefois , à l’école les enfants apprenaient la base de la musique , des chansons , de jolies récitations ( des poèmes ) ils apprenaient à écrire en vers avec des jolis mots , les mathématiques étaient enseignées , la géographie et chaque cours devait être illustré avec des cartes postales , des articles de magasine s , l’histoire de France était au coeur de l’enseignement , et chaque matin quelques minutes de civisme et l’apprentissage du respect de la Nation avec La « Marseillaise » que chacun devait savoir ! Et le Français était parlé correctement ! actuellement les prof parle le franco arabe des banlieues avec l’accent de celles ci et notre jolie langue française si belle , si riche est devenue un » baragouinage rapide » plus ou moins compréhensible et surtout d’une vulgarité sans nom !!!
En effet l’institution court dans tous les sens, sans ordre et sans direction ce qui est tout à fait normal quand on veut faire plaisir à tout le monde, qu’il n’y a pas de chef et que ce sont les syndicats qui commandent, la même chose dans une entreprise c’est la faillite assurée. Le microcosme de l’enseignement qui vit en dehors du monde réel avec ses codes, ses idées « progressistes » et qui ne veut pas s’ouvrir au monde extérieur ne se rend même pas compte de ce constat, c’est sans doute de la faute aux réacs puisque leur raisonnement ne va guère au-delà de ça.
C’est bien la carence de notre Eduction Nationale , mais il y en a bien d’autres . . .
Merci pour cet excellent article !
Il faudrait hélas l’inscrire dans une problématique plus large : une débandade esthétique et culturelle dont les enfants sont les premières victimes.
Tellement vrai.
Enseigner la musique, vous n’y pensez pas ce serait corrompre une jeunesse bercée de rap et d’Aya Nakamura. D’ailleurs il n’y a plus assez d’heures disponibles le programme Evars a pris ce qu’il restait ou plutôt a remplacé la beauté et l’intelligence par la crasse.
Parfait, merci Madame au beau nom du Midi ! Durant toute l’Antiquité puis tout le Moyen Age ( 20 siècles ! ) la musique était une discipline importante du Trivium et du Quadrivium. Elle donne du plaisir, de la rigueur, la compréhension des nuances, de la cohésion sociale. Il y avait aussi l’enseignement du raisonnement et de l’expression ( Logique, Rhétorique) qui servent tous les jours à tous.. Maintenant on sature les pauvres enfants d’algèbre, de trigonométrie, qui serviront dans la vraie vie à 0,3% des adultes…
En tant que musicienne (amateur mais assidue) et d’une famille de musiciens votre article me touche beaucoup..vous avez mille fois raison.
En son temps Marcel Landowski avait réintroduit la musique à l’école et quelques uns plus tard ont abandonné l’idée..
Vous avez entièrement raison. La musique c’est merveilleux. C’est d’ailleurs pour ça que nous avons la chance inouie d’avoir en France le Mozart de la finance dont la spécialité est la flûte. Notre Mozart a appris cet art en fréquentant, alors qu’il était étudiant, Sciences Pipeau.
Enfin pour l’ensemble de son « oeuvre », j’espère que son art sera récompensé. A côté de lui, le joueur de flûte de Hamelin n’est qu’un pauvre amateur. Ce dernier n’a été capable que de noyer des enfants. Notre Mozart, quant à lui, a réussi à noyer un pays tout entier ! Excusez du peu !
Enfin, et pour tout ça, j’espère notre Mozart finira au violon… ;)
Vous avez entièrement raison et j’avais déjà fait remarquer qu’une des oeuvres majeures de Mozart est « La Flûte Enchantée ». On aurait dû se méfier.
Bien dit !
Vous faites erreur, le » Mozart de la finance , sa spécialité c’est le pipeau » par la flûte qui demande des compétences de souffle et de nuances.
En matière de baratin les deux peuvent se dire. Jouer de la flûte ou jouer du pipeau.
Ma musique devrait être au cœur de l education des enfants. Il a dans le monde un pays qui a bannit la musique ( contre exemple) et il réussit tellement bien Afgahnistan
Très bien Sylvain : l’islamisme interdit la musique, et celle du monde musulman est pas terrible (sauf celle des Kabyles) : rien que cela devrait nous inciter à lui laisser une grande place. Et dans les halls d’immeubles si on veut faire fuir les »jeunes »il suffit de diffuser Bach ou Mozart…
Les chansons d’ autrefois étaient aussi un moyen d’ acquérir un peu de culture historique , géographique , littéraire , religieuse : Frère Jacques , le bon roi Dagobert , au clair de la lune , mes amis que reste -t-il à ce dauphin si gentil ? Malbrough s’ en va- t-en guerre , Stenka Razine .Les mélodies étaient simples , tonales , respectant la hiérarchie des notes ( tonique , dominante ) , pas se syncopes .Je me demande ce que les élèves chantent de nos jours.
du rap
ils ne chantent pas, ils émettent des sons rappeux et vulgaire sur une rythmique agaçante et sans harmonie !
« .Je me demande ce que les élèves chantent de nos jours. » = des chants en anglais ou américain, avec des musiques disonnantes, sans harmonie à l’oreille .
Nous sommes actuellement, nous vieux barbons, mon époux et moi, dans une chorale dite classique. On nous impose au moins deux chants en anglais, même si ce sont des chants religieux! Ah bas le latin, vive l’américain!