Trop cathos pour la SNCF ? De jeunes pèlerins sévèrement contrôlés…

L'allure de Joseph, Rémi et ses camarades aurait-elle un lien avec l'attitude des agents de la SNCF ?
amende SNCF
Photo de Jonathan Retines.fr sur Unsplash

Les lecteurs de BV se souviennent de la mésaventure de ce jeune pèlerin qui revenait du pèlerinage de Chartres, le 9 juin dernier : il avait été verbalisé en gare de Paris Montparnasse pour avoir chanté un chant religieux, le Jubilate Deo. Coût de l'infraction : 60 euros. Une mésaventure avait aussi frappé un autre voyageur trop solvable, sanctionné, lui, à hauteur de 200 euros pour avoir échangé sa place de première contre une place de seconde au bénéfice d'un père de famille. Des récits qui sont loin d'être isolés, à en croire deux autres témoignages recueillis par BV.

Un contrôleur particulièrement hostile

Ainsi, Joseph*, père de famille nombreuse (sept enfants), qui partait pour trois jours de pèlerinage, s'est vu infliger une amende de 200 euros, au mois de juin 2025, pour « transport d'objet dangereux ou encombrant dans un train » : il a décidé de porter plainte contre la SNCF. Les circonstances et les motifs de son affaire laissent songeur : « Lors de l’enregistrement, j’ai été informé que l’objet dépassait la taille autorisée de 20 cm, ce que j’ignorais parfaitement. En aucun cas il ne m’a été stipulé qu’il était interdit de monter à bord avec, et encore moins qu’il pouvait être dangereux », rapporte-t-il à BV. Ce n'est qu'une fois la petite famille installée dans le train en marche que le contrôleur - qui, pourtant, lors de l'embarquement, « avait pris soin de vérifier l'objet en le montrant à son collègue sans signifier au propriétaire que cet objet pouvait être "dangereux ou encombrant" » - s'est approché du père de famille pour le verbaliser.

Dans sa plainte déposée auprès du procureur de la République, Joseph dénonce « l'attitude hostile du contrôleur tentant de l'intimider avec menaces répétées d’usage de la force de police devant [ses] enfants [présents au moments des faits] pour [le] contraindre à payer immédiatement la contravention, ce qui ne correspond pas au règlement des agents de bord ». De plus, ajoute-t-il aux motifs de sa plainte , « l'agent a refusé de me faire lire la contravention avant signature, m’empêchant de signer le document sans lecture préalable ». Le tout « pour une contravention manifestement abusive et disproportionnée, l'objet du litige n'étant autre qu'une tringle à rideau de 130 cm de longueur et de 1,5 cm de diamètre que j'avais pris soin d’empaqueter aux deux extrémités pour éviter que ledit objet puisse faire des traces », précise-t-il auprès de BV.

Ce que le texte de la plainte ne précise pas, en revanche, c'est que ce jour-là, Joseph s'en revenait de trois jours de marche avec sa femme et ses sept enfants muni de cette tringle à rideau destinée à... porter une bannière de pèlerinage. De là à imaginer que l'allure un peu trop « mili » du pseudo-délinquant, les tenues vestimentaires du groupe, la coupe de cheveux des enfants et l'allure générale un peu trop « catho tradi » auraient été pour quelque chose dans la sévérité du contrôle... D'autant qu'une autre mésaventure de ce type est arrivée, à quelques jours d'intervalle, à d'autres jeunes gens tout aussi « bien mis ».

« Tous ceux qui portaient l'uniforme »

Autre ligne SNCF, le 19 juin. Une trentaine de candidats au bac s'installent dans un wagon SNCF, direction Alençon, pour aller passer leurs épreuves de spécialité. Les Bas-Normands qui voyagent en train sur les petites lignes direction Sées, dans l'Orne, sont devenus familiers de ces usagers d'un certain type : même coupe courte, cravate bleue et jaune, chemise blanche, pantalon bleu marine et pull arborant le blason de leur école, ils sont élèves à l'Institut Croix des Vents, une école et pensionnat catholique. Ce jour-là, Rémi L., qui voyage avec ses camarades, raconte à BV : « Avant l'arrivée du train, un garçon de mon groupe commet une grande imprudence : il descend sur les voies pour récupérer sa bouteille d'eau qu'il a fait tomber. » Une grave infraction qui aurait pu lui coûter 150 euros mais ne lui vaudra, en l'espèce, aucune contravention ; les accusations des agents de la SNCF seront autrement plus graves...

Une fois le groupe installé dans le train en marche, le contrôleur procède à la vérification des billets. « On a vite senti qu'on n'était pas les bienvenus, raconte Rémi. Ils nous ont demandé nos cartes d'identité - ce que les contrôleurs ne font quasiment jamais - et les cinq agents sont ensuite venus nous voir pour nous dire que le conducteur nous avait vus ramasser des cailloux sur la voie pour les lancer sur le train. Ils ont été jusqu'à nous menacer de ne faire sortir personne des wagons tant que nous ne nous serions pas dénoncés. » Ces caillassages ? Des actes gravissimes qui ont tendance à se multiplier : ils sont sévèrement punis, à condition, bien sûr, que les « vrais » coupables soient identifiés et poursuivis.

La situation demeure tendue, chacun tente de s'expliquer et les lycéens essaient de faire reconnaître leur innocence en vain, jusqu'à ce qu'un jeune passager plus âgé et extérieur au groupe sorte de sa réserve et explique aux contrôleurs : « Je vous écoute depuis tout à l'heure, tout est cohérent, ils n'ont absolument pas caillassé le train, les choses ne se sont pas passées ainsi. » Seule son intervention a permis de ramener les contrôleurs à la raison, l'un d'entre eux allant jusqu'à appeler le conducteur du train « pour lui dire qu'il s'était trompé », témoigne Rémi. Malgré tout, l'aventure laisse un goût amer aux lycéens : « Ces agents de la SNCF ciblaient vraiment toutes les chemises blanches, donc tous ceux qui portaient l'uniforme ; les gens trop propres sur eux, trop solvables, cela devient un phénomène de société. »

Phénomène de société ou pas, la grogne des voyageurs « trop bien mis » injustement accusés ou verbalisés pour des broutilles commence à monter.

 

[*le prénom a été modifié]

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Sabine de Villeroché
Journaliste à BV, ancienne avocate au barreau de Paris

Vos commentaires

82 commentaires

  1. Madame de Villeroché, il vous aura peut-être échappé que le personnel roulant du service commerciale de la SNCF, est recruté sous les ospices de la bien-pensance, et que dans certaines de leurs salles de repos un coin  » prière » est installé.

  2. La SNCF incite ses contrôleurs à verbaliser les contrevenants. Les agents reçoivent ainsi une commission pour chaque amende qu’ils appliquent. 10% en général.

  3. Je croyais que les agents SNCF avaient pour première consigne la bienveillance et la compréhension, favorisant une réputation allant dans le sens d’une image positive au regard des usagers…

  4. Sabine ,
    Vous avez oublié de préciser deux choses. Les cibles de ces contrôleurs sont des bourgeois catho. Combien touche de commission un agent verbalisateur ?

  5. Il y a qq annees je voyageais sur un train paris bx parti tres tot ; les controleurs faisaient un bruit de conversation et de chahut qui empechait de sommeiller; une vieille dame s en plaignit; elle fut contrôlée et menacée d’être attendue en gare par la police !!!! Intervention de moi meme comme temoin et surtout d un autre passager avocat qui promit aux controleurs de suivre l affaire ….
    Des attitudes inadaptées ne datent pas d aujourd hui meme si elles s’aggravent !!!

  6. Au sein de la société française , il y a une armée de commissaires politiques au petit pied usant de leur minuscule parcelle de pouvoir , pour assouvir leur animosité envers ceux qui d’après les apparences ne pensent pas comme eux . L’état major de cette armée siège dans les locaux de LFI.

  7. Fut un temps ou pour être embauché à la SNCF il fallait avoir un parent cheminot ou (et) prendre sa carte au PCF et à la CGT. Il y a encore des restes !

  8. Rappelons qu’il n’y a pas d’obligation à montrer une pièce d’identité à des personnes non-habilitées …

  9. Ces « contrôleurs » ressemblent plus des nervis de la CGT qui préfère la compagnie des racailles de citées.

  10. Et Dieu sait combien de contrôleurs de la SNCF sont souvent débraillés, les cheveux longs et d’aspect sale, grognons et à la limite de la politesse. Je les compare souvent à ceux de la Deutsche Bundesbahn ou aux chemins de fer belges et ce n’est pas en leur faveur, loin de là. Je ne vois pas d’ailleurs pourquoi des syndiqués parfois très gauchistes se croient obligés de se laisser ainsi aller et de se présenter tels.

  11. Si l’amende de 200€ pour un échange de billet est celle infligée à un jeune lyonnais en 2024, elle a été annulée par la SNCF. Reste le stress causé à ce jeune par cette action du contrôleur qui ne faisait sans doute qu’appliquer les procédures. La question est de savoir pourquoi le contrôleur les a appliquées à la lettre alors que dans bien des cas elles ne le sont pas.
    L’histoire de « Joseph » est du même type.
    Par contre l’invention d’une accusation de caillassage, qui montre une volonté de pénaliser celui qu’on n’aime pas, est beaucoup plus grave et le contrôleur en question devrait être sévèrement sanctionné.

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