[TRIBUNE] Euthanasie : des relents d’expérience totalitaire

« Dans ce pays – et c’est volontaire –, il sera bientôt plus aisé d’obtenir la mort que de recevoir un soin. »
Photo Assemblée nationale
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La fin de vie est un sujet fondamental qui nous touche tous sensiblement et qui met à l’épreuve notre conception de la famille, de la solidarité, de la fraternité. Son traitement relève du choix de société : il engage notre culture et invite à solliciter les valeurs et principes qui structurent nos vies. Puis-je imposer à autrui de m’ôter la vie ? Dois-je décider de ma mort ou dois-je la subir ? Ma mort m’appartient-elle ? Tu ne tueras point ? Autant de questions vertigineuses et pourtant fondamentales.

Le risque, dans les réflexions sociétales, est évidemment de se reporter prioritairement à son expérience personnelle et de vouloir ériger une règle à partir de son cas particulier. J’ai donc tenté de ne pas mobiliser mon vécu et celui de ceux qui m’entourent ou m’entouraient. Il importe de contenir l’instrumentalisation des situations individuelles et le débordement du pathos sur le logos. Mais, quand il est affaire de vie et de mort, comment ne pas écouter sa part d’émotion ?

Attaché aux grands repères anthropologiques, j’étais initialement réticent à l’idée d’introduire une rupture institutionnelle, sociologique et philosophique aussi forte. J’avais aussi constaté les évolutions subreptices dans d’autres pays, qui conduisent à « abréger la vie » des plus vulnérables sous couvert d’humanisme. Conscient de la souffrance de certains de nos concitoyens, je n’étais cependant pas fermé à une inflexion de notre droit, sous réserve d’une circonscription claire et de garanties solides : j’ai donc laissé leur chance aux débats pour me forger une conviction.

Un texte sans garde-fous

Si je pouvais avoir des doutes sérieux à leur ouverture, ces derniers les ont rapidement réduits à néant : je ne voterai pas une loi mortifère qui porte délibérément en elle tous les germes d’une société orwellienne où la fraternité n’est que le masque apparent d’un eugénisme latent.

Après avoir débattu intensément, pointant systématiquement les dizaines de lignes de fuite que comporte le texte, je dois me rendre à l’évidence : le projet est en marche et rien ne pourra l’arrêter. Aucun des garde-fous proposés et visant à réduire les dérives constatées dans les pays ayant légalisé la mort institutionnalisée n’a été retenu. Tous ont été balayés d’un revers de main dans un magistral passage en force dont le terrain est soigneusement préparé depuis des années, autour d’un jargon dangereux de la « mort dans la dignité », slogan qui conditionne un élément objectif, absolu et dont la perte est irréversible (la vie) à une considération subjective et évolutive (la dignité) qui traduit singulièrement le regard que nous portons sur la déchéance corporelle et intellectuelle.

Qui ne veut pas mourir dans la dignité ?

Les mêmes qui arguent constamment que la plupart de nos concitoyens sont des victimes écrasées par des oppressions en tous genres promeuvent soudainement le primat du libre arbitre et de l’autodétermination dans un pays où 800.000 personnes de plus de 75 ans font l’objet d’abus de faiblesse chaque année [chiffres de la Fondation de France, NDLR] écartant tous les contrôles raisonnables qui permettraient de s’assurer du discernement de la personne demandant qu’on lui ôte la vie. « Il faut que cela aille vite », nous explique-t-on. Effectivement, cela ira vite. Pour justifier cela, les exemples les plus incohérents seront mobilisés, alors que la plupart peuvent être traités par le corpus juridique actuel (ex. loi Claeys-Leonetti sur la sédation profonde et continue).

Dans ce pays – et c’est volontaire –, il sera bientôt plus aisé d’obtenir la mort que de recevoir un soin. Dans ce pays, celui de Morsang-sur-Orge (Conseil d’État, 27 octobre 1995, interdisant le « lancer de nain »), une personne souffrant d’achondroplasie ne pourra demander à être lancée dans le cadre d’un jeu mais pourra demander à être euthanasiée.

Le glissement sémantique présente des relents d’expérience totalitaire : des députés invoquent ainsi régulièrement une « liberté », voire une « liberté fondamentale », là où la loi créera en réalité un « droit » engageant l’ensemble de la société dans des actes portant délibérément la mort sans intervention du juge. Le texte initial prévoyait même de qualifier de « mort naturelle » une mort par injection de substance létale. Il s’agit ainsi de changer les mots dans une volonté de masquer la réalité qu’ils décrivent, allant jusqu’à qualifier l’euthanasie de « soin ». On modifie les termes pour atténuer la perception du réel, mais ce dernier ne change pas.

La procédure sera vérifiée post mortem !

Rapidement, voici quelques caractéristiques de cette loi :

  • en théorie, moins de 72 heures pourront se dérouler entre la formulation d’une demande et l’injection mortelle ;
  • un délit d’entrave aux contours indistincts est créé, mais l’incitation à l’euthanasie ne sera pas réprimée ;
  • la mort par administration d’une substance létale sera désormais un « soin » ;
  • ni les pharmaciens ni les établissements de santé ne disposeront d’une clause de conscience ;
  • l’euthanasie et le suicide assisté pourront reposer sur une simple demande orale ;
  • le médecin pourra décider de donner la mort sans être tenu par un avis contraire d’un confrère ;
  • les proches ne pourront formuler de recours ;
  • l’injection létale pourra avoir lieu partout, sauf sur la voie publique, et le contrôle du respect de la procédure sera réalisé… après la mort.

Nul talent de divination n’est nécessaire pour anticiper la suite : élargissement progressif des critères d’éligibilité jusqu’à ce que tout un chacun puisse exiger une mise à mort institutionnalisée. À l’instar de certains pays étrangers, seront ainsi euthanasiés de façon substantielle les déficients intellectuels, les handicapés, les personnes souffrant de troubles psychiques (la France compte 600.000 schizophrènes, 1 % de la population), les traumatisés, les personnes âgées, les esseulés, les pauvres… les « blessés de la vie » chers à Paul Ricœur, qui intérioriseront ainsi un sentiment d’inutilité qui se transformera bientôt en injonction.

Quand vous pourrez difficilement vous permettre de vivre ou que vous deviendrez encombrant, on vous suggèrera doucement la porte, dans un souci de « dignité ».

N’ayez pas de faux espoirs. Cette loi sera votée. Elle est l’aboutissement d’un projet sociétal porté depuis des années. Après avoir ferraillé avec conviction plusieurs jours et plusieurs nuits, je dois donc accepter ce que je considère comme une première défaite en tant que député et, surtout, comme un échec en tant qu’homme.

« La mort est la compagne de l’amour. Ensemble, ils dirigent le monde », nous disait Sigmund Freud.

Malheureusement, la mort a pris le dessus.

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Alexandre Allegret-Pilot
ESSEC, ENA, député UDR de la 5e circonscription du Gard.

Vos commentaires

28 commentaires

  1. Cette loi rappelle le « gnadentod » d’Hitler, « la mort miséricordieuse », outil de propagande nazie pour rassurer le peuple allemand confronté à l’apparition de l’eugénisme, de la liquidation des plus faibles.

  2. Dans leurs cerveaux de malades …tout était préparé et prévu .j’en ai froid dans le dos et mes 82 printemps ont peur de l’hôpital.et de ce régime qui ressemble fortement à celui de la guerre ou l’on prônait l’eugénisme..et on s’activait .monstrueux…

  3. La majorité de nos députés on voté pour préparer, inconsciemment ou pas, le terrain pour une nouvelle pandémie programmée. Le covid était un tour de chauffe, les vaccins une préparation à la docilité. Merci M. le député, à vous et vos confrères qui ont voté contre.

  4. « l’injection létale pourra avoir lieu partout, sauf sur la voie publique, et le contrôle du respect de la procédure sera réalisé… après la mort. » Autrement dit, que se passera-t-il si, la procédure n’a pas été respectée ? Une mesure est prise pour faire ressusciter le candidat ? De qui se moque-t-on ? France, on t’abime chaque jour un peu plus.

  5. EUTHANASIE

    Avec l’IVG les enfants peuvent ne plus naître.
    Les jeunes filles et jeunes femmes sont tuées ou violées.
    Les jeunes hommes et adultes sont blessées quand on n’arrive pas à les tuer, – à la gorge ou décapités.
    Les EHPAD ou les urgences tardent à soigner engendrant d’éventuelles conséquences funestes, – notamment lors du Covid dont les procédures nébuleuses étaient ambiguës.
    Et les « vieux » ont intérêt à avoir un garde du corps pour éviter une piqûre létale malencontreuse administrée par « quelqu’un » qui lui a reçu un ordre auquel il n’a pas le droit de soustraire.

    Le mâle blanc en voie de disparition par tous les bouts de la chandelle !
    Pour faire place nette ? A qui ?

  6. Nuit et Brouillard, le film de ma lutte contre l’antisémitisme; l’euthanasie, c’est Soleil vert. On tue les enfants à naître, on tue en fin de vie, mais on laisse prospérer les assassins les plus odieux qui, eux, appliquent la peine de mort pour leur envie personnelle. A vomir !

  7. on nous annonce qu’un nouveau covid arrive, avec cette loi ça va être un vrai carnage, voilà comment le gouvernement et ces députés et sénateurs nous ferons croire qu’ils ont sauvé l’hôpital

  8. C’est quoi la dignité ? De dépenser plus en radar ronds points ralentisseurs que dans les soins palliatifs et l’accompagnement des malades des anciens ? C’est quoi la dignité ? Offrir des soins gratuits à des clandestins, des gens du monde entier alors que beaucoup doivent renoncer à certains soins ? C’est quoi la dignité ? Offrir avocats médecins accompagnement associatif hôtel hébergement etc gratuitement alors que des malades des familles de malades nos anciens n’ont rien de tout cela ? La dignité mot fourre tout pour faire avaler la pilule des décisions indignes et injustes par pur dogmatisme. La vraie dignité c’est de s’occuper de son peuple en priorité, c’est être présent et aidé pour soulager les malades leurs familles, c’est répondre présent pour les enfants ayants des handicaps physiques ou mentaux, c’est être présent pour le meilleur et pour le pire.

    • « La vraie dignité c’est de s’occuper de son peuple en priorité, c’est être présent et aidé pour soulager les malades leurs familles, c’est répondre présent pour les enfants ayants des handicaps physiques ou mentaux, c’est être présent pour le meilleur et pour le pire. »

      Excellent = il n’y a rien à rajouter ni à enlever à votre commentaire. Merci.

  9. Etre sanctionné parce qu’on tend la main à quelqu’un qui souffre, sanctionner la compassion, l’amitié, en voilà une idée, qui n’a pu germer que dans un cerveau malade.
    Le délit d’entrave, ce sera deux ans de prison et 30 000 euros d’amende ! On n’a jamais jusqu’à maintenant trouvé mieux pour désunir un pays, désunir des familles, des amis. Pour déconstruire une civilisation.
    Et dans ce monde déshumanisé, il sera tellement facile d’obtenir que quelqu’un dise oui à l’euthanasie. Tellement facile ensuite d’élargir l’euthanasie à tout le monde. De tuer des malades jeunes, des enfants, de tuer des vieux ayant encore de l’espoir, etc.
    Tellement facile, comme récemment en Belgique pour deux soignants, une piqûre ayant été sous dosée et le médecin ayant quitté la pièce, de finir quelqu’un avec un oreiller, pour obéir au cahier des charges.
    En route pour Naziland; la mort est l’avenir de l’homme.

    • Exact, elle a ouvert la boite de pandore. C’est étrange de la part d’une rescapée des camps de la mort de s’empresser de légiférer sur le meurtre d’un enfant en devenir.

      • Eh oui, voilà où nous en sommes, il est plus facile de tuer les belles âmes … (avortement, euthanasie) et avec l’abolition de la peine de mort on laisse courir les vilaines âmes perdues…
        Toutes les valeurs sont inversées…

Commentaires fermés.

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