[TRIBUNE] Après le PTZ, l’ETZ : l’emprunt à taux zéro

Comment l’État transforme la solidarité en braquage courtois
Le sénateur PS Patrick Kanner, l'un des auteurs du projet d'emprunt forcé. Capture écran Public sénat.
Le sénateur PS Patrick Kanner, l'un des auteurs du projet d'emprunt forcé. Capture écran Public sénat.

Il y a des pays où l’on invente des vaccins, des voitures volantes ou des fusées qui se garent en marche arrière sur une barge au milieu de l’océan. La France était de ceux-là, avant… Et puis, il y a la France maintenant : le seul endroit au monde où l’on innove, sans jamais faiblir, dans l’art délicat d’alléger le portefeuille d’autrui.

La dernière trouvaille est exquise. Après le prêt à taux zéro, qui permet aux primo-accédants d’acheter une maison ou un appartement, voilà que sur le même modèle, le Parti socialiste invente l’ETZ : l’emprunt à taux zéro ! Souvenir lointain de l’emprunt « Mauroy » de 1983… Mais l’ancien Premier ministre avait proposé, lui, une rémunération de 10 % l’an. L’État, ce gros enfant prodigue qui casse ses jouets, dépense l’argent de poche de ses voisins et revient toujours vous voir avec son sourire de ministre : « Je peux te piquer combien, pour rendre service à tout le monde ? »

Un élan d'audace fiscale

Le Parti socialiste, dans un élan d’audace fiscale, appelle ça la « justice ». La justice fiscale, s’entend. L’expression a la fraîcheur d’un savon sec. Car s’il doit y avoir « justice », commençons par l’évidence : que l’État rende des comptes sur l’usage de nos sacrifices ! Quand on brûle autant d’argent public comme un paquebot brûle le fioul, on devrait au moins nous offrir le voyage. Mais non : on reste sur le quai, à regarder passer les déficits, tandis que nos enfants paieront les excès d’hier, la bureaucratie d’aujourd’hui et les caprices de demain. Et l’on voudrait que ce prêt forcé soit un « geste patriotique » ! La patrie, c’est beau, surtout quand elle a vos économies dans la poche.

D’ailleurs, une question me ronge — douce ironie métaphysique : cet argent confisqué sous le nom de « prêt » sera-t-il considéré comme « productif » ou « improductif » ? Car s’il est « productif », il doit rapporter. Et s’il est « improductif »… il sera taxé au nom de la « taxe sur le patrimoine improductif » inventée par le MoDem et votée par le même Parti socialiste. Voilà l’élégance ultime poussée à son sommet. L’État s’endette. Pour payer sa dette, il emprunte. Et puis il taxe ceux qui lui ont prêté ! Une merveille de logique, une danse à trois temps entre Bercy, Kafka et Ubu roi.

Pendant ce temps, aucun député — pas un, pas une — ne prononce ces mots d’une subversion inouïe : « faire des économies dans la dépense publique ». Non. La France n’aime pas se serrer la ceinture. Elle préfère venir serrer celle du voisin.

On aurait pu espérer, un jour, un geste neuf : une gestion sobre, une priorité claire, un État qui compte ses sous, qui dépense notre argent avec parcimonie et, en tout cas, justifie de ses dépenses. Mais à Paris, la réalité est un conte pour enfants et le budget une fiction pour adultes crédules. Ils sont une multitude, encore, ces grands enfants, à croire que l’on peut résorber une dette en se fixant un objectif de déficit. Et pour l’amoindrir, à le comparer à la richesse nationale !

Alors, on invente. Encore. Toujours. À croire que dans ce pays béni, l’impôt pousse comme les raisins. Sauf que chez nous, quand la vigne porte trop de raisin, elle se fatigue, a de la peine à les faire mûrir : trop de raisin sacrifie la qualité de la vendange. Le vin en devient aigre et acide. On ajoute du sucre, ou du sirop, pour adoucir la piquette et masquer ses défauts. Alors, pour avoir des raisins sains et murs, de belles vendanges, nous, on taille la vigne. On supprime les gourmands, on limite le nombre de bourgeons, on élève le feuillage pour permettre au soleil de toucher les grappes et on travaille les sols pour permettre le déploiement des racines…

Je regarde tout cela en souriant. Le ciel est vaste, la terre est solide, le vin coule encore dans leurs verres. Jusqu’à quand ?

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Yves d'Amécourt
Chef d’entreprise, ingénieur de l’Ecole des Mines d’Alès, ancien élu local de Gironde 2004-2021 (conseiller général, maire, président d’EPCI, conseiller régional).

Vos commentaires

58 commentaires

  1. C’est vrai on entend pas parler beaucoup de faire des économies on sait maintenant avec les différents économistes qui sont venus sur les plateaux télé où il fallait chercher et changer et cerise sur le gâteau Sarah Knafo nous a également dressé une liste de ce qui fallait faire. On parle beaucoup du R.N. mais je ne l’entends guère sur ce sujet et pire encore il parle très peu de souveraineté alors que c’est essentiel pour aboutir au changement drastique dont la France a besoin pour son avenir.

  2. C est un vol manifeste pour palier aux carences de l État. Il ne faudra pas s étonner que les plus riches partent. Ils auront bien raison car ce pays devient tout et n importe quoi.

  3. « Je peux te piquer combien, pour rendre service à tout le monde ? » Ou plutôt « Je vais te piquer un max, mais c’est pour ton bien ». Signé Don Corleone.

  4. Y’a quand même un « truc » qui m’agace fortement: les Etablissements Sociaux et Médico-Sociaux, les collectivités locales ont INTERDICTION de présenter des budgets déficitaires…L’état est au dessus des lois (qu’il a imposé)! lui a le droit de présenter des budgets déficitaires. Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais; quand est-ce qu’on arrêtera avec ces législations à deux vitesses?

  5. ….et comme a dit un jour mélenchon : les emprunts d’état….on ne les rembourse pas……
    c’est un nouveau loto, contraint….on perd à tous les stades

  6. «  »on reste sur le quai, à regarder passer les déficits, tandis que nos enfants paieront les excès d’hier, la bureaucratie d’aujourd’hui et les caprices de demain. Et l’on voudrait que ce prêt forcé soit un « geste patriotique » ! patriotique et « juste » fiscalement parlant. Comme si les tranches d’imposition n’étaient pas suffisantes… L’effondrement est pour bientôt. Vivement que le FMI vienne mettre de l’ordre dans ce marigot d’incurie et de gabegie outrancière.

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