[STRICTEMENT PERSONNEL] L’encombrant

Emmanuel Macron s’accroche aux prérogatives, se complaît aux apparences et s’incruste dans les palais du pouvoir.
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La lettre de la Constitution est une chose. Autre chose ce qu’en font, au fil du temps, les amendements qu’on lui ajoute et qui l’améliorent ou la dénaturent, l’interprétation qu’on lui donne, l’usage qu’on en fait. Déçu par le résultat des législatives de 2022 qui ne lui avaient donné qu’une majorité relative, puis indirectement mais massivement désavoué lors des européennes de juin 2024, le président de la République était parfaitement en droit, tant d’un point de vue personnel et politique que dans le cadre de la loi fondamentale, d’en appeler au peuple en espérant que les électeurs reviendraient sur leur choix et rétabliraient avec lui ce lien de confiance que suppose et qu’impose même un système démocratique. D’où la dissolution…et la confirmation, voire l’accentuation, de la prise de distance ou, pour mieux dire, du divorce entre la nation et le chef de l’État.

Un Président minoritaire dans le pays

Dès lors, il était concevable qu’Emmanuel Macron, constatant son erreur, conscient de la réalité et se montrant à la hauteur de ses responsabilités devant les hommes et devant l’Histoire, admît son échec, en comprît la leçon et en tirât aussitôt les conséquences. Un autre, plus grand que lui, en avait donné il y a plus d’un demi-siècle l’exemple dont il convient, pour être équitable, de rappeler qu’il n’aura été suivi par aucun de ses successeurs. La dignité et la lucidité ne vont pas toujours de pair avec l’ambition et l’accession au plus haut poste de la République.

Minoritaire dans le pays, jusqu’à ne plus recueillir que 16 % d’opinions favorables, soutenu à l’Assemblée nationale par un tiers des députés dont bon nombre ne doivent leur élection qu’au barrage dit « républicain » qui a faussé l’expression du suffrage universel, Emmanuel Macron a choisi de rester en place et proclame, en toute occasion, qu’il ira jusqu’au bout du mandat que lui a confié le peuple en 2017, qu’il lui a renouvelé en 2022… mais qu’il lui a, de fait sinon de droit, refusé il y a maintenant seize mois. Cela, alors que, parallèlement et pour la première fois depuis 1958, l’Assemblée nationale, divisée en trois groupes sensiblement équivalents et totalement inconciliables, est congénitalement incapable d’accepter et de soutenir quelque gouvernement que ce soit.

D’où l’affaiblissement conjoncturel puis l’effondrement passager d’un système et d’un équilibre qui reposent soit sur l’existence d’une majorité présidentielle soit sur la cohabitation organisée et mutuellement consentie entre un chef de l’État aux pouvoirs réduits et un gouvernement issu de la majorité parlementaire. D’où le retour du jeu mortifère des partis. D’où l’instabilité gouvernementale et la succession à Matignon, en un peu plus d’un an, de trois Premiers ministres, comme au mauvais vieux temps de la IVe dont le général de Gaulle avait cru exorciser définitivement le spectre et les mœurs qui avaient fait de la France la risée de l’Europe et du monde. La France est redevenue ce navire sans commandant de bord et sans gouvernail, sans chef et sans gouvernement, qui dérive au fil de l’eau sous les regards navrés, condescendants, amusés ou ravis de ses supposés ennemis comme de ses prétendus amis.

L'entêtement irresponsable d'un Président

De cette situation inédite, ce n’est pas le mouvement citoyen et marginal « Bloquons tout » qui est responsable, mais bel et bien un apprenti Président pas sorcier dont l’entêtement irresponsable, après les avoir suscités, entretient et aggrave jour après jour le désordre, l’impuissance et le chaos dans lesquels nous sombrons jour après jour. C’est lui qui, soit par une nouvelle dissolution, soit par sa démission suivie de l’élection présidentielle, détient les clefs qui permettraient de remettre en marche la mécanique qu’il a enrayée.

Mais il s’y refuse obstinément et semble se satisfaire de l’accommodement bancal qui, du fait de l’imprécision des textes et de pratiques qui ne sont pas rigoureusement définies, lui permet de continuer à s’ébattre et à folâtrer dans ce « domaine réservé » de la défense et des affaires qui lui sont étrangères où il est maître, entre vacances méditerranéennes, voyages protocolaires, conférences internationales et session de l’ONU, ne cesse d’accumuler erreurs, fautes, incohérences, rodomontades, discours musclés et incohérents, et fait tout son possible pour rendre inévitable une guerre que, n’ayant pas la moindre idée ni la moindre expérience de ce qu’est la guerre, il s’évertue à nous présenter comme nécessaire, voire souhaitable, et à nous vendre sans jamais solliciter sur ce sujet mineur ni le Parlement ni les citoyens. L’égocentrisme, l’orgueil insensé et l’irréalisme, dans ce domaine comme dans les autres, ont déconnecté le Président du monde réel.

Les municipalités, les éboueurs et les simples particuliers savent ce que sont les encombrants ménagers. Le dictionnaire les définit clairement comme des rebuts volumineux dont la destination finale est naturellement la déchetterie ou l’incinérateur. Le Président Macron, qui s’accroche aux prérogatives, se complaît aux apparences et s’incruste dans les palais du pouvoir, pourrait rester quelque temps dans les mémoires avant de sombrer dans l’oubli, comme un encombrant sonore et vain dont la si fulgurante et si décevante trajectoire est d’ores et déjà vouée aux poubelles de l’Histoire.

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Dominique Jamet
Journaliste et écrivain Président de l'UNC (Union nationale Citoyenne)

Vos commentaires

52 commentaires

  1. On a rarement eu plus minable. La France est totalement déconsidérée, la politique internationale dont on prétend qu’elle est son « domaine réservé » (où est ce écrit ainsi dans la constitution ?) est incohérente et lamentable (cf avec l’Algérie). Quand serons nous débarassés de cette nuisance ?

  2. Les encombrants sont parfois appelés « les monstres »…
    Ca tombe pile-poil, voilà le retour du covid, variant Frankenstein (sic)
    Décidément, un jour sans fin…

  3. Macron constitue un bel exemple de pervers narcissique. Quand c’est un gars de la famille ou un copain de classe, un embêtant au bureau ou l’atelier, un gros cou sur le terrain de sport, c ‘est gérable, mais au niveau d’une présidence de république, il faut vraiment appeler des forces supérieures, ou divines, la pentecôte finamement. Encore 18 mois ???

  4. Un encombrant, le terme est bien choisi, et approprié. Ce chancre, qui s’accroche au pouvoir , se moque totalement de la France qu’il déshonore partout où il se rend à l’étranger. Lui et son épouse, couple honni et exécré, ne font plus que de la figuration, fort onéreuse, dans les palaces des royautés. Ils ne se rendent pas compte à quel point ils font tache au milieu de dirigeants compétents et appréciés de leurs ressortissants. Eux ne pensent qu’à profiter, jusqu’à la dernière heure, des avantages de leur fonction, au mépris du trou abyssal de notre dette. Un président au comportement à la limite d’un internement.

  5. Macron pourrait paraphraser La Bruyère (les caractères) : « [ne pouvant être grand, refusant d’être petit], je me jette et me refugie dans le médiocrité ». Conspué par les Français, ignoré des « grands », Poutine, Trump, Xi Jinping, inconnu des autres, il fait trempette et patauge dans le petit bain en espérant nous faire croire qu’il qu’il est un champion olympique. On peut se demander s’il ne va pas finir dans une maison spécialisée, une main passée dans le gilet, un entonnoir sur la tète, clamant qu’il est Napoléon…

    • C’est ce que j’ai déjà écrit il y a un moment. Merci de le rappeler. Mais là, il devient dangereux, tout le monde le sait mais regarde ailleurs. Pour la France il y a : « Non assistance au pays en danger », et laisser faire, c’est être complice.

  6. Personnellement je suis persuadé que l’Occupant élyséen , dirigeant fantoche campe sur ses positions que celles-ci soient politiques ou sociétales contre son gré . Ceux qui l’ont mis à ce poste veulent l’utiliser autant que possible et l’agitent comme un pantin afin de retarder sa mise hors service , qui a probablement été programmée par ses créateurs .

    • Je le crois trop prétentieux et arrogant pour se laisser dicter sa conduite. Il est submergé par l’opinion qu’il a de lui, et ne peut voir que la France l’exècre, que les grands de ce monde l’ignorent ou le jugent immature et incompétent.

  7. Plus encore qu’un encombrant…un toxique ! Sachant que « l’incinérateur » social qui menace risque de se refermer sur un champ de ruines…

  8. Bien vu monsieur Jamet… quand on voit comment est traité Sarkozy alors qu’à une époque pas si lointaine il se croyait suffisamment fort pour traiter les juges de « petit pois », je serais Macron, je commencerais à me trouver une retraite dans un pays qui ne pratique pas l’extradition avec la France… Le peuple pourrait bien, un jour, vouloir lui demander des comptes…

    • Le peuple DEVRAIT lui demander des comptes, en espérant que la chasse soit bonne et la curée inévitable…

  9. Article parfait qui reflète sans aucun doute l’opinion de bien des citoyens français.
    Un « encombrant », même pas recyclable, et qui nous coûte cher…

  10. Narcisse ira jusqu’au bout, car les Français l’ont voulu et re voulu.
    Et puis une démission sans enjeu électoral n’aurait pas de sens comme le signale l’excellent politologue Pascal Praud ! D’ailleurs, EM ne se risquerait au suicide électoral, il n’est pas si fou que çà !

  11. Attention, car dans son oeuvre de destruction massive, il s’attaque maintenant à la dissuasion nucléaire et parait enclin à brader l’un, si ce n’est le dernier, élément de notre souveraineté nationale. Cette question est capitale, et ne peut être traitée par une discussion sur un coin de table, car il y va de notre sécurité, déjà malmenée par son engagement personnel dans une guerre en Ukraine dont l’issue est connue, ou sa reconnaissance d’un état qui n’existe pas. Il est à espérer que les forces de rappel s’opposeront pleinement et mettront un terme aux accommodements bancals, car plus l’on avance dans le temps et plus Macron ressemble à Néron contemplant Rome en feu.

  12. Encore 16 % d’opinions favorables?
    je n’en reviens pas!
    mais qu’a t-il fait pour qu’encore 16% de français le trouvent « bien »?

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