[STRICTEMENT PERSONNEL] La surprise du chef

Que l’Histoire soit assez impartiale pour juger Donald Trump non sur sa mine mais sur les faits.
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Inusable, irremplaçable, indémodable, immortel La Fontaine... On devrait toujours garder en mémoire, extrait de la fable Le Chat, le Cochet et le Souriceau, le sage conseil que prodigue à son jeune et naïf rejeton la maman souris, qui n’est manifestement plus d’âge à s’en laisser conter. « Garde-toi, tant que tu vivras, de juger les gens sur la mine. » La maxime vaut aujourd’hui comme hier. Elle est de tous les temps et de tous les pays.

Un exemple, au hasard ? Il me vient naturellement à l’esprit, tant il pèse depuis déjà plusieurs années, et plus lourd que jamais, sur notre actualité, le présent immédiat et, qui sait, hélas, sur les mois à venir. Qui, s’arrêtant aux apparences, aurait prédit, a fortiori prêché, aussi peu écouté que l’infortunée Cassandre, que le candidat à la succession du très justement décrié François Hollande, que ce jeune homme avenant, brillant de tout l’éclat du strass, issu des plus grandes écoles, grandi à l’ombre du pouvoir, crédité d’un mérite exceptionnel, plus débordant d’énergie et de promesses qu’un cadet de Gascogne, viderait les caisses de l’État, déconsidérerait la politique, saperait les fondements de la démocratie, s’incrusterait sur un trône qui a tout, désormais, de la chaise percée ; bref, s’avérerait le plus calamiteux des présidents de la Ve République ?

La longue liste des erreurs sur la personne

L’Histoire des États-Unis, comme la nôtre, surabonde d’exemples et d’erreurs sur la personne, tantôt dans le registre de la surévaluation, tantôt dans celui de la sous-estimation, qui donnent raison à la sagace maman souris du fabuliste.

Abraham Lincoln était incontestablement un homme pieux, juste, honnête et bon. Tel quel, il ne sut ni ne put empêcher la grande démocratie d’outre-Atlantique de sombrer dans la plus sanglante des guerres civiles, dont il devait lui-même être l’une des dernières et la plus illustre victime. Le général Grant, auréolé de sa victoire à la tête des armées du Nord, fut porté à la Maison-Blanche où il étala, sur deux mandats, son incompétence et laissa fleurir la corruption.

Woodrow Wilson, après avoir sagement tenté de tenir son pays à l’écart de la folie contagieuse qui s’était emparée des pays supposés civilisés de la vieille Europe, fut à son tour happé par la guerre qu’il aida la Grande-Bretagne et la France à gagner, mais se révéla incapable de ramener le monde à la raison. Franklin Delano Roosevelt était un homme d’une grande culture et d’une grande finesse. Étant parvenu à dissimuler à ses concitoyens l’évolution de sa santé, l’état dans lequel il était lorsque les vainqueurs se partagèrent le monde à Yalta l’empêcha d’opposer une volonté expirante à la voracité de Staline et entraîna l’abandon au bloc de l’Est, pour un demi-siècle, de la moitié de l’Europe.

John Fitzgerald Kennedy était la séduction même. Il semblait avoir tous les atouts dans son jeu. Sa mort tragique a fait oublier qu’outre l’échec lamentable de l’expédition anticastriste noyée dans la baie des Cochons, il avait mis plus que le doigt dans l’engrenage funeste de la guerre du Vietnam où s’enlisa, sous Lyndon Johnson, la toute-puissante Amérique. À l’inverse du flamboyant amant de Marilyn Monroe, Richard Nixon ne payait pas de mine. Menteur, magouilleur, se prenant les pieds dans ses propres tapis et, de surcroît, buveur clandestin mais invétéré, c’est pourtant lui qui eut la lucidité de reconnaître la Chine et sut mettre fin au conflit indochinois.

Bill Clinton avait tout, pour plaire. Il plut. Sorti de la grande Histoire par la petite porte, il ne reste plus, de son séjour à la Maison-Blanche, que le souvenir d’une sordide liaison avec une jeune stagiaire de la Maison-Blanche et le soupçon de liens trop amicaux pour être honnêtes avec un certain Jeffrey Epstein.

Que restera-t-il des deux Bush, père et fils ? Deux guerres victorieuses qui ont prouvé - ce qui n’était un secret pour personne - que les États-Unis sont plus puissants que l’Irak, que la Syrie, que l’Afghanistan et que la façon dont ils sont intervenus l’un puis l’autre sur le même terrain avant de s’en retirer n’ont laissé derrière eux que ruine, chaos et ressentiment.

Barack Obama avait tout, pour lui : l’intelligence, la culture, l’éloquence, l’humanisme, la possibilité de réconcilier l’Amérique avec son passé pour bâtir dans l’union son avenir. Qu’en retiendra-t-on ? Une ébauche de politique d’assistance sociale et, bien entendu, ce prix Nobel de la paix qui lui fut un peu vite attribué dans l’espoir (par la suite déçu) qu’il le mériterait après coup.

Chacun des noms ci-dessus évoqués illustre à sa manière la sagesse de la souris porte-parole du fabuliste, et l’exemple que vient de nous donner, à la surprise générale, l’actuel président des États-Unis en est la plus éclatante confirmation.
Dire de Donald Trump qu’il est grossier, dire de Donald Trump qu’il est brutal, dire de Donald Trump qu’il se conduit comme un goujat, dire de Donald Trump qu’il a une irrépressible tendance à faire fructifier ses intérêts privés à l’ombre et à la faveur de ses décisions politiques, dire que Donald Trump est un homme de rupture, de fracture, de division, de dissension, de répression, de coups d’éclat qui frisent le coup d’État, dire que Donald Trump a des goûts de parvenu, un langage de charretier, qu’il n’aime rien tant qu’injurier, que dominer, que de moquer, que d’humilier ses interlocuteurs, c’est énoncer de simples vérités, du reste connues et reconnues de tous.

Le coup de maître de Trump

Dire que le dernier coup qu’il vient de réussir, à l’étonnement général, la surprise du chef, en somme, est un coup de maître, dire qu’à défaut d’établir entre Israël et le monde arabe « une paix solide, loyale et éternelle », il est parvenu à faire taire les armes, à fermer la boucherie en gros ouverte depuis deux ans, à arrêter le massacre est la pure vérité. Pour ce faire, le président américain n’a pas hésité à tordre le bras de son allié, de son protégé, de ce Netanyahou et de son gouvernement qui ont fait plus de tort, depuis l’horrible agression du 7 octobre 2023, à l’image et à la moralité d’Israël que tous ses ennemis réunis. Il a également utilisé le levier que lui donnent ses relations avec le mode arabo-musulman pour faire plier les fanatiques du Hamas, premiers responsables des crimes terroristes perpétrés au nom de la résistance et du malheur des Palestiniens.

Donald Trump est un homme de conflits, de bagarres, d’affrontements idéologiques, économiques, commerciaux, culturels. Il est aussi un homme qui déteste la guerre, la vraie, celle qui fait couler le sang des hommes. Qu’il lui en soit donné acte, que les hommes et l’Histoire soient assez lucides et assez impartiaux pour juger Donald Trump non sur sa mine mais sur les faits. Les foules palestiniennes, à Gaza, israéliennes, à Tel Aviv, ne s’y sont pas trompées, qui ont salué dans la liesse ce cadeau de Nobel qui leur tombait du ciel étoilé, en plein mois d’octobre, et qui, à défaut de fermer pour l’éternité les portes du temple de la guerre, ouvre, pour la première fois depuis deux ans, presque jour pour jour, sur le chemin de l’espoir.

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Dominique Jamet
Journaliste et écrivain Président de l'UNC (Union nationale Citoyenne)

Vos commentaires

43 commentaires

  1. Pour avoir réussi a faire cesser la guerre entre Israël et calmer les protagonistes, il se verra certainement refuser le prix Nobel de la Paix, il y a trop de gens qui sont mécontents de sa réussite. Ah, s’il avait été « noir » comme Obama, ça aurait facilité le choses, on a déjà un certain nombre de conflits arrêtés, mais vous comprenez madame Irma, Trump, il ne faut pas y songer…
    Excellent article de monsieur Jamet.

  2. Ne chantons pas victoire si vite, le Hamas ne signera pas les accords du Caire suivant le plan de Donald, j’ai peur que cette guerre reprenne plus fort très bientôt.

  3. Bravo !
    C’est exactement ce que je répète à mes amis qui jugent Donald Trump sur ses saillies, brutalités et vulgarités ; ce qui compte, ce sont les actes, les résultats.

  4. Le président Trump parle beaucoup et agit beaucoup. Il fait tout pour arrêter les guerres. Trump a tout alors de la médaille du prix Nobel il doit en rigoler. Quoiqu’on en pense malgré son allure provocatrice c’est un grand chef de nation. Quand on sait le pantin que nous avons en France on ferait bien d’éviter de critiquer Donald Trump.

  5. J’adore : Macron en chaise percée ! Ce florilège de présidents américains illustre bien la fable. L’habit ne fait pas le moine, et après l’écume, ce qui reste de vrai. La grossièreté peut être pour une âme bien née un raffinement sublime. Un jour, sait-on, Jamet, vous nous parlerez de Mitterrand. L’homme qui avait deux « t » et deux airs. Pour Trump, vous avez raison, il a mis ses détracteurs au rencart et mis Macron cul par dessus tête.. .à chaise percée renversée.

  6. Au moins le Président Trump fait ce qu’il dit pas comme celui qui est à l’ Elysée qui fait juste des virées à l’étranger car il se prend pour le maître du monde alors qu’il n’est écouté par personne et qu’il méprise le peuple Français en s’accrochant à son mini pouvoir, mais quelle honte pour nous d’avoir un tel personnage à la tête de notre pays, nous n’en pouvons plus de le supporter.

  7. J’aimerais être une petite souris pour écouter les commentaires de D. Trump sur l’activité plus touristique que politique de Macron qui n’hésite pas à claquer un pognon de dingue pour paraitre sans jamais rien faire

    • gerbay

      À mon avis, il fait le tour des paradis fiscaux , en prévision de son dégagement peut-être imminent…
      Tel le petit poucet…vous voyez ce que je veux dire.
      Tous ces milliards disparus, qui étaient , soit disant destinés à l’Ukraine..
      ils sont bien quelque part NON ?!

  8. Excellents rappels de  »maman souris » et de Dominique Jamet. Et Trump – qui n’est aux manettes que depuis 8 mois – a stabilisé le commerce extérieur des USA, relance son industrie, inverse la pompe aspirante de l’immigration en pompe foulante, améliore la sécurité des citoyens, mate les Universités qui couvaient la dangereuse débilité woko-antifa. Au plan international il a affaibli l’Iran au point qu’on peu espérer (avec 84 % du peuple persan) un changement de régime. La Chine se méfie de lui (il cite Sun Tzu !) et devient prudente. Et la Russie ? Attendons la suite : car Poutine, drogué à l’idéologie soviétique, et malgré 3 ans et demi de guerre incertaine , n’a pas tout compris… Ni Sun Tzu ni « Art of the deal »…Ni Trump.

  9. Bravo, monsieur Jamet, je ne vous lis jamais assez trop. J’ai aimé votre Napoléon. J’adorerai votre Trump, au moins pour cet épisode destiné, j’espère, à être fameux (de « fama’, la renommée !) de son mandat.
    Malinas.

  10. Donald Trump est un homme puissant car il a le pouvoir d’arrêter une guerre; quand on y pense, c’est géant. Et il est donc admirable.

  11. Je dirais simplement que, les conditions dans lesquelles Macron a tiré profit du hold-up électoral de 2017, m’avaient fait dire dès février 2017 qu’il serait mille fois pire que Hollande. J’ajoute qu’un journaliste de qualité m’avait dit : « Macron c’est du Hollande chimiquement pur ». L’excellent juge Jean-Paul Garraud nous avait aussi prévenus et il suffit d’avoir vu Macron, les yeux exorbités, hurler « c’est notre projet ! » après avoir accusé la France de crimes contre l’humanité pour savoir que cet individu était extrêmement dangereux. En clair, si on n’a pas vu, c’est parce qu’on n’a pas voulu voir. Notamment tous les étatistes jacobins, orphelins de Juppé qui ne voulaient à aucun prix de François Fillon.

  12. Ouf ! La liste est longue qui éclaire les exploits ou les défaites de chacun dans la marche de l’Histoire, Monsieur Jamet. Mais n’oublions jamais, quel que soit l’Homme, tout cela s’éteindra dans le murmure de l’éternité. Il n’en restera rien. La mort au bout du chemin se rie de tous ces événements dont le goût amer ressuscite les haines plus qu’il ne ressuscite la paix. De toute évidence, l’espoir en l’humanité s’amenuise dans le cœur des hommes. Entre le dominant et le dominé, la guerre est tapie et attend son heure. Quand comprendrons-nous la témérité de nos agissements. Soyons humbles, tout simplement.

    • Lélue58
      Il faut beaucoup de sagesse pour penser comme vous le faites .Hélas cela n’est donné à tout le monde.
      Mais, merci pour votre commentaire..

    • Et maintenant notre honte nationale va faire l’inspecteur des travaux finis en Égypte. Il est pitoyable. Cela dit le hamas n’a pas dit son dernier mot…

Commentaires fermés.

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