[STRICTEMENT PERSONNEL] La surprise du chef
Inusable, irremplaçable, indémodable, immortel La Fontaine... On devrait toujours garder en mémoire, extrait de la fable Le Chat, le Cochet et le Souriceau, le sage conseil que prodigue à son jeune et naïf rejeton la maman souris, qui n’est manifestement plus d’âge à s’en laisser conter. « Garde-toi, tant que tu vivras, de juger les gens sur la mine. » La maxime vaut aujourd’hui comme hier. Elle est de tous les temps et de tous les pays.
Un exemple, au hasard ? Il me vient naturellement à l’esprit, tant il pèse depuis déjà plusieurs années, et plus lourd que jamais, sur notre actualité, le présent immédiat et, qui sait, hélas, sur les mois à venir. Qui, s’arrêtant aux apparences, aurait prédit, a fortiori prêché, aussi peu écouté que l’infortunée Cassandre, que le candidat à la succession du très justement décrié François Hollande, que ce jeune homme avenant, brillant de tout l’éclat du strass, issu des plus grandes écoles, grandi à l’ombre du pouvoir, crédité d’un mérite exceptionnel, plus débordant d’énergie et de promesses qu’un cadet de Gascogne, viderait les caisses de l’État, déconsidérerait la politique, saperait les fondements de la démocratie, s’incrusterait sur un trône qui a tout, désormais, de la chaise percée ; bref, s’avérerait le plus calamiteux des présidents de la Ve République ?
La longue liste des erreurs sur la personne
L’Histoire des États-Unis, comme la nôtre, surabonde d’exemples et d’erreurs sur la personne, tantôt dans le registre de la surévaluation, tantôt dans celui de la sous-estimation, qui donnent raison à la sagace maman souris du fabuliste.
Abraham Lincoln était incontestablement un homme pieux, juste, honnête et bon. Tel quel, il ne sut ni ne put empêcher la grande démocratie d’outre-Atlantique de sombrer dans la plus sanglante des guerres civiles, dont il devait lui-même être l’une des dernières et la plus illustre victime. Le général Grant, auréolé de sa victoire à la tête des armées du Nord, fut porté à la Maison-Blanche où il étala, sur deux mandats, son incompétence et laissa fleurir la corruption.
Woodrow Wilson, après avoir sagement tenté de tenir son pays à l’écart de la folie contagieuse qui s’était emparée des pays supposés civilisés de la vieille Europe, fut à son tour happé par la guerre qu’il aida la Grande-Bretagne et la France à gagner, mais se révéla incapable de ramener le monde à la raison. Franklin Delano Roosevelt était un homme d’une grande culture et d’une grande finesse. Étant parvenu à dissimuler à ses concitoyens l’évolution de sa santé, l’état dans lequel il était lorsque les vainqueurs se partagèrent le monde à Yalta l’empêcha d’opposer une volonté expirante à la voracité de Staline et entraîna l’abandon au bloc de l’Est, pour un demi-siècle, de la moitié de l’Europe.
John Fitzgerald Kennedy était la séduction même. Il semblait avoir tous les atouts dans son jeu. Sa mort tragique a fait oublier qu’outre l’échec lamentable de l’expédition anticastriste noyée dans la baie des Cochons, il avait mis plus que le doigt dans l’engrenage funeste de la guerre du Vietnam où s’enlisa, sous Lyndon Johnson, la toute-puissante Amérique. À l’inverse du flamboyant amant de Marilyn Monroe, Richard Nixon ne payait pas de mine. Menteur, magouilleur, se prenant les pieds dans ses propres tapis et, de surcroît, buveur clandestin mais invétéré, c’est pourtant lui qui eut la lucidité de reconnaître la Chine et sut mettre fin au conflit indochinois.
Bill Clinton avait tout, pour plaire. Il plut. Sorti de la grande Histoire par la petite porte, il ne reste plus, de son séjour à la Maison-Blanche, que le souvenir d’une sordide liaison avec une jeune stagiaire de la Maison-Blanche et le soupçon de liens trop amicaux pour être honnêtes avec un certain Jeffrey Epstein.
Que restera-t-il des deux Bush, père et fils ? Deux guerres victorieuses qui ont prouvé - ce qui n’était un secret pour personne - que les États-Unis sont plus puissants que l’Irak, que la Syrie, que l’Afghanistan et que la façon dont ils sont intervenus l’un puis l’autre sur le même terrain avant de s’en retirer n’ont laissé derrière eux que ruine, chaos et ressentiment.
Barack Obama avait tout, pour lui : l’intelligence, la culture, l’éloquence, l’humanisme, la possibilité de réconcilier l’Amérique avec son passé pour bâtir dans l’union son avenir. Qu’en retiendra-t-on ? Une ébauche de politique d’assistance sociale et, bien entendu, ce prix Nobel de la paix qui lui fut un peu vite attribué dans l’espoir (par la suite déçu) qu’il le mériterait après coup.
Chacun des noms ci-dessus évoqués illustre à sa manière la sagesse de la souris porte-parole du fabuliste, et l’exemple que vient de nous donner, à la surprise générale, l’actuel président des États-Unis en est la plus éclatante confirmation.
Dire de Donald Trump qu’il est grossier, dire de Donald Trump qu’il est brutal, dire de Donald Trump qu’il se conduit comme un goujat, dire de Donald Trump qu’il a une irrépressible tendance à faire fructifier ses intérêts privés à l’ombre et à la faveur de ses décisions politiques, dire que Donald Trump est un homme de rupture, de fracture, de division, de dissension, de répression, de coups d’éclat qui frisent le coup d’État, dire que Donald Trump a des goûts de parvenu, un langage de charretier, qu’il n’aime rien tant qu’injurier, que dominer, que de moquer, que d’humilier ses interlocuteurs, c’est énoncer de simples vérités, du reste connues et reconnues de tous.
Le coup de maître de Trump
Dire que le dernier coup qu’il vient de réussir, à l’étonnement général, la surprise du chef, en somme, est un coup de maître, dire qu’à défaut d’établir entre Israël et le monde arabe « une paix solide, loyale et éternelle », il est parvenu à faire taire les armes, à fermer la boucherie en gros ouverte depuis deux ans, à arrêter le massacre est la pure vérité. Pour ce faire, le président américain n’a pas hésité à tordre le bras de son allié, de son protégé, de ce Netanyahou et de son gouvernement qui ont fait plus de tort, depuis l’horrible agression du 7 octobre 2023, à l’image et à la moralité d’Israël que tous ses ennemis réunis. Il a également utilisé le levier que lui donnent ses relations avec le mode arabo-musulman pour faire plier les fanatiques du Hamas, premiers responsables des crimes terroristes perpétrés au nom de la résistance et du malheur des Palestiniens.
Donald Trump est un homme de conflits, de bagarres, d’affrontements idéologiques, économiques, commerciaux, culturels. Il est aussi un homme qui déteste la guerre, la vraie, celle qui fait couler le sang des hommes. Qu’il lui en soit donné acte, que les hommes et l’Histoire soient assez lucides et assez impartiaux pour juger Donald Trump non sur sa mine mais sur les faits. Les foules palestiniennes, à Gaza, israéliennes, à Tel Aviv, ne s’y sont pas trompées, qui ont salué dans la liesse ce cadeau de Nobel qui leur tombait du ciel étoilé, en plein mois d’octobre, et qui, à défaut de fermer pour l’éternité les portes du temple de la guerre, ouvre, pour la première fois depuis deux ans, presque jour pour jour, sur le chemin de l’espoir.
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
Popular Posts




































43 commentaires
Depuis toujours , les anglo-saxons , ont fait du commerce et ensuite de la politique , contrairement aux français , idéologues , qui font de la politique d’abord et ensuite essaient de faire du commerce .
Vous y allez un peu fort sur les défauts de Trump.
C’est un américain, il n’a donc pas les codes des européens..mais quand je vois le comportement du président…Français, franchement, je trouve Trump fort bien élevé.
« à fermer la boucherie en gros ouverte depuis deux ans, à arrêter le massacre« . Vous semblez adresser cela à Israël comme vous l’avez fait plusieurs fois. Mais ces mots s’appliquent complètement au Hamas
Il y a le « causeur qui cause » et le « faiseur qui fait »: Au résultat!
Macron ferait mieux de se mettre en jupe pour rendre service à sa seule et triste cause: le wokisme.
La paix… jusqu’à quand ? Le Hamas va survivre, ainsi que sa haine et sa charte exigeant la disparition d’´Israël. Qui va contrôler Gaza, désarmer le Hamas, empêcher les prêches anti israéliens dans les mosquées, imposer un enseignement pacifique dans les écoles, éradiquer l’influence de l’Iran ?
Tant que ces questions ne sont pas résolues, la région sise entre la mer et le Jourdain ne vivra pas en paix, simplement un entre deux guerres. Certains se réjouiront de la fin de la guerre, mais les causes de la guerre demeurant, le temps n’est pas à l’optimisme béat.
Les socialistes ne savent que critiquer ceux qui réussissent. C’est logique ! Eux ne savent rien faire, à part détruire et dépenser.
Peut être un peu trop d’optimisme au sujet du Hamas. Il serait bien étonnant qu’ils acceptent, bien gentiment, d’être gouvernés par des occidentaux. Financés, oui, gouvernés, non. À Gaza, ils ont perdu la bataille et ils sont contraints de se priver à contre-cœur des otages, leur meilleur moyen de pression. L’accord de paix stipule qu’ils doivent être désarmés, mais ils le refusent, ce qui montre bien qu’ils n’ont pas accepté leur défaite . Si j’étais israélien, une fois les rares otages survivants sortis de cet enfer, je reprendrais le traitement du problème du Hamas qui, à moins d’être totalement anéanti, menacera toujours la sécurité d’Israël et tout progrès à Gaza.
Pour le bien du monde, il vaut mieux un goujat favorable à la paix qu’un va-t’en-guerre policé.
Vous avez mal placé le « goujat ». Un dirigeant efficace et sans langue de bois nous change des Tartarins.
Grosdrigras
Policé ?? Vous trouvez ?
Un Garçon sans éducation, vulgaire dans ses manières , se frottant à tous les gens qu’il approche .bien vêtu sans doute , mais l’habit ne fait pas le moine.
Bref ….
Belles paroles et combien vraies. Merci
Merci Monsieur JAMET, pour votre reconnaissance du mérite de D. Trump.
Il n’est pas inutile de souligner que, ce faisant, vous rejoignez le ressenti et les analyses des simples citoyens de ce monde, alors que la caste politique et politicienne s’acharne sans hésitation sur le Pdt actuel des USA….
Bonne journée
MARCU
Entièrement de votre avis.
Pour les commentaires de nos journaleux, on a déjà donné.
Ils salissent tout ce qui ne va pas dans leur sens.
Trump n’est pas un casseur de civilisation, un » éveilleur »de consciences…
Un wokiste en bref ( je déteste ce mot ).
C’est seulement, comme Poutine, un Homme qui aime son Pays et son Peuple.
« Faire que la France redevienne un GRAND PAYS.. »
Un slogan qui va faire grincer les dents de tous nos crétins…
Il ne faut certes pas juger les gens sur leur mine et pourtant la première impression est souvent la bonne, ajoute l’humoriste.
Combien de dirigeants de pays arabes et leurs populations oseront applaudir , remercier publiquement voire officiellement D.Trump de ce cadeau de Nobel , comme l’a écrit Monsieur Jamet ? La Gauche anti Trump elle , continuera de déverser sa bile haineuse . C’est tout ce qu’elle sait faire .
Et, détail qui compte, Trump est résolument hétérosexuel !
blanc, et a plus de 50 ans…..un grand lucifer pour les wokiste
Andy Vaujambon
L’horreur absolue pour une trop grande partie de nos députés..notamment les VERTES…
Le mâle blanc hétérosexuel et Chrétien…il coche toutes les cases pour être un banni.
Impeccable comme toujours, monsieur Jamet !
OUi… l »HISTOIRE » certes. Mais ça sera dans longtemps !
Notre agité du bocal qui parle, pérore pour ne rien dire et surtout ne rien faire qu’attiser la fracturation de notre pays aurait de la graine à prendre chez Trump. Malheureusement pour nous il a mis la France à genoux à l’international et ses gesticulations n’y pourront rien changer. D’un clown on n’en fait pas un chef d’État