[SANTÉ] Médecine prédictive : comment mourir en bonne santé

Pour quelques milliers d’euros, le bobo urbain pourra s’offrir une séance chez la « voyante biologique et génétique ».
Angelina Jolie
Gage Skidmore, CC BY-SA 3.0 , via Wikimedia Commons

« J’ai ressenti le vertige de savoir que ces maladies couvaient peut-être en moi », explique à Madame Figaro Louise Etchegaray, qui a réalisé un test ADN pour savoir de quoi elle allait mourir. Une technologie qui ne cesse de s'améliorer : selon le magazine Futura, un nouvel outil d'intelligence artificielle, Delphi-2M, parviendrait à prédire jusqu'à 1.258 maladies susceptibles d'affecter les individus. Savoir à l'avance de quoi l'on risque de mourir et agir en conséquence ? Voilà une idée séduisante qui a déjà influencé la conduite de personnalités médiatiques comme Angelina Jolie. Mais le meilleur de l'IA pour prévenir et améliorer sa santé n'est pas forcément accessible au commun des mortels...

Angelina Jolie a pu éviter le cancer, mais pas M. et Mme Tout-le-Monde

Quelle mouche a bien pu piquer Angelina Jolie ? La sex-symbol des années 2000 s’est fait enlever les deux seins en 2013 à l’âge de 37 ans, puis les ovaires et les trompes deux ans plus tard. Et pourtant, pas de transition de genre en vue ! Elle présentait de lourds antécédents familiaux et une prédisposition génétique majeure qui l’ont décidée à faire pratiquer cette lourde chirurgie préventive. Sa mère est décédée à l’âge de 56 ans d’un cancer de l’ovaire après avoir eu un cancer du sein. On retrouve le même tableau chez une tante maternelle et chez sa grand-mère maternelle. Il était donc fort logique et raisonnable de demander un test génétique qui a révélé une mutation des gènes BRCA1 et BRCA2. Cette anomalie se traduit par un risque de cancer du sein de 87 %, contre 12 % dans la population générale, et, pour le cancer de l’ovaire, de 50 %, contre moins de 1 % dans la population générale. La mastectomie réduit ce risque à 5 %. Le test ADN a donc permis à notre vedette de cinéma de savoir de quoi elle avait failli mourir !

Mais il s’agit d’un cas très ciblé presque caricatural. Avoir recours à ce genre de test, sans raison précise, pour M. ou Mme Tout-le-Monde, c’est une autre histoire. C’est d’ailleurs interdit en France, et c’est très bien comme cela. Envoyer par courrier quelques cellules de l’épithélium jugal à une entreprise de biotechnologie californienne pour savoir que l’on a un léger surrisque de diabète à l’âge de 60 ans, tout cela sans contrôle médical, n’a aucun sens. Et, d’ailleurs, pourquoi ne pas faire la même étude sur les embryons avant implantation in utero pour ne garder que les « meilleurs » ? Heliospect Genomics, start-up américaine, réalise cela depuis un an. Cela s’appelle simplement de l’eugénisme. Pour éliminer les mauvais gènes, on élimine ceux qui les portent. Mauvais souvenir ? Et pourtant, on y retourne à grands pas.

En France, les tests génétiques peuvent être pratiqués sous contrôle médical dans un contexte précis, notamment celui du conseil génétique, pour évaluer le risque de transmettre une maladie monogénique (en rapport avec une mutation sur un seul gène) grave (mucoviscidose, myopathie de Duchenne…) à sa descendance. Les résultats prédictifs sont très fiables. Par contre, à l’autre extrémité du spectre, on trouve des maladies multifactorielles et complexes résultant de l’action de plusieurs gènes et de facteurs environnementaux. Dans ce cas, le pouvoir prédictif des tests est assez limité. La médecine devient plus probabiliste que franchement prédictive.

Une médecine à deux vitesses

Dans la pratique, pour le commun des mortels, il s’agit d’un terrain, d’une légère augmentation de certains risques, d’une prédisposition génétique et non pas d’une quasi-certitude, comme pour la belle Angelina. Sans en faire une montagne, ce qui pourrait se produire en cas de découverte du résultat par le patient en dehors du contexte médical, la prise en compte de certaines tendances, permettra d’établir des plans de prévention personnalisés (alimentation, activité physique, hygiène de vie, certains dépistages…). On voit de gros fumeurs vivre plus de 90 ans en bonne santé alors que de plus jeunes feront un infarctus avant 40 ans. Il est très possible que l’on trouve l’explication dans le profil génétique.

Comme pour la chirurgie esthétique, certaines formes de procréation médicalement assistée et tout ce qui relève de la médecine de l’assouvissement des désirs (en opposition avec la médecine hippocratique dont l’objectif plus modeste est de soigner les maladies), on voit se dessiner encore une fois une médecine à deux vitesses. Pour quelques milliers d’euros, le bobo urbain pourra s’offrir une séance chez la « voyante biologique et génétique », alors que l'ancien gilet jaune fumeur de Gauloises™ et qui roule au diesel continuera d’entretenir son écart de longévité avec les classes socioprofessionnelles élevées parce qu’il ignore son profil génétique et qu’il continue à consommer des aliments ultra-transformés. Mais dans l’absolu, la connaissance de certains facteurs de risque d’origine génétique et une prise en charge raisonnable et sous contrôle médical pourraient tout à fait entrer dans le cadre d’une médecine préventive de qualité. Par exemple, éviter les œstrogènes (traduisez : la pilule) chez les femmes dont le profil génétique indique un réel risque thrombogène. Plus généralement, on peut imaginer une personnalisation des traitements en fonction du génome qui peut commander la variabilité de la réponse à certaines thérapeutiques.

La connaissance du génome peut nous donner une carte détaillée de nos faiblesses biologiques potentielles. Son objectif n’est pas, bien entendu, d’éradiquer la mort mais, dans une certaine mesure, de tenter de prolonger la période de vie en bonne santé et de retarder parfois l’apparition de maladies chroniques.

La connaissance du profil génétique doit pouvoir déboucher sur une intervention bénéfique validée, facile dans certains cas mais plus complexe quand le résultat de l’analyse génomique ne met en évidence que des tendances légèrement augmentées par rapport à la moyenne. Le médecin aussi doit aider le patient à gérer le fardeau psychologique de la connaissance, l’aider à vivre avec la prédiction.

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Dr Philippe de Geofroy
Président de l'Acim (Association catholique des infirmières et médecins)

Vos commentaires

36 commentaires

  1. J’avais rencontré dans les années 80, un jeune couple dont le bébé était né aveugle, sachant que son père était également aveugle de naissance: pourquoi un tel mariage, une telle décision de donner naissance dans ces conditions alors que les visites médicales pré-nuptiales n’étaient pas encore tombées dans l’oubli ? Le côté tragique de cette situation n’était-elle pas explicable par l’excès d’une compassion ayant aveugé toute raison?

    • Une curiosité : les sourds-muets ont souvent tendance à se marier entre eux car ils vivent dans le même milieu. Ils ont bien entendu un pourcentage d’enfance sourds puis donc muets assez élevé. Certains parents refusent la mise en place d’un implant cochléaire qui permet de restaurer l’audition afin de les maintenir dans leur « culture » de sourds-muets avec la langue des signes.

  2. Depuis quelques années la GWA (genome wide association) s’est développée. Elle consiste à estimer la part statistique de chaque gène dans la manifestation d’un caractère (ou d’une maladie), car la plupart des manifestations phénotypiques (physiques, concrètes) sont la conséquence de l’action simultanée de centaines de gènes qui « collaborent ». Une GWA consiste à faire une analyse génétique sur des milliers (ou même des dizaines de milliers (plus le nombre est grand plus les résultats sont pertinents) de personnes porteuses d’un caractère phénotypique et de comparer la valeur prédictive (très faible) de chaque gène sur la présence du caractère en question en comparant cette analyse statistique avec celles des personnes non porteuses du caractère choisi. La plupart du temps chaque gène repéré par cette méthode a une valeur « prédictive » très faible (moins de un pour mille) mais la présence simultanée d’un grand nombre de ces gènes peut avoir une valeur prédictive très importante…
    On peut ainsi savoir quelle est votre probabilité de souffrir de dépression ou de paranoïa, d’avoir un diabète ou de souffrir d’Alzheimer… Et si on analyse le génome d’un fœtus on peut décider d’avorter pour lui éviter une vie de souffrances et de misères qui de plus coûterait terriblement cher à la société en termes pécuniaires et affectifs (pour la famille) et à lui-même…

  3. Mon père est décédé d’un cancer des poumons à 61 ans, gros fumeur et ayant eu déjà une maladie respiratoire due à un empoisonnement par des poussières de boi exotique. J’ai aujourd’hui 74 ans et me porte pas trop mal et si je dois mourir mon seu regret sera de ne plus voir mes proches mais ma vie aura été pleine et je serais heureux du chemin parcouru.

  4. Très forts, les mondialistes! La fée IA, cette bulle boursière décervelante a encore frappé.
    Merci Docteur pour cette nouvelle croyance à ranger dans le grand cimetière des obscurantismes.
    Depuis l’astrologie, première croyance aux temps de la préhistoire, voilà la médecine prédispo-prédictive.
    Une illuminée des siècles passé -Thérèse d’Avilla il me semble-, avait été déclarée sainte par un pape, parce qu’elle avait énoncé le jour de sa propre mort. Croyance prédictive!
    L’étude du génome de chacun, pour savoir que l’on souffre TOUS de la VIE, ce mal incurable qui se termine toujours par la mort? Mais on le sait déjà.
    Et puis les fameux « memes » d’un chercheur US, ne seront pas pris en compte.
    Ces gènes-bis des souvenirs antérieurs de nos ancêtres, qui forment l’épigénétisme et qui paraissent nous conditionner à des croyances ou des peurs ancestrales, restent encore impalpables.
    Ils modifient l’expression des gènes sans en altérer la composition.
    AGTC de b.. pardon, AC… assez de bêtises et un peu de rationnel dans ce monde d’ignorance et d’obscurantisme! Trouver le clone différent parmi 300 milliards de clones. Combien de milliards de dollars?

  5. Voilà le test parfaitement inutile à souhait. Elle peut mourir d’ un attentat, d’une fusillade (, dans son pays, le port d’ armes est légal et périodiquement endeuillé) D’une overdose ( alcool et produit stupéfiant sont monnaie courante dans le show-biz) et le stress intense provoqué par une telle connaissance de sa biologie.! Chez nous? Rien à craindre sauf être écrasé par un « refus d’ obtempéré », poignardé avec ou sans raison, bousculé sur les Champs Elysées…D’ où de savantes mesures coercitives…Se voulant préventives. Portez-vous bien.

  6. La médecine à 2 vitesses n’a rien de scandaleux du moment que personne ne rétrograde. Quand certains passent à la vitesse supérieure, c’est plutôt le signe que les autres vont suivre.
    Il est évident que pour augmenter l' »espérance de vie » , il faut adapter notre environnement et prendre en compte nos prédispositions génétiques. Avec l’IA , les connaissances génétiques vont être facilitées et vont exploser. On est amené à chercher même des maladies aujourd’hui incurables, puisqu’on pourrait peut-être déjà avoir des stratégies préventives, ou au moins cela serait une étape pour les déterminer.
    Par ailleurs il n’ y a pas lieu d’opposer probabilité et prédiction, ni d’abuser de pléonasme sans intérêt ( bobo urbain) et trompeurs ( le riche campagnard peut tout aussi bien se faire faire une analyse du génome). Il est triste de voir assimiler les études génétiques sérieuses à des « séances de voyance ». Il y a assimilation des lumières de la génétique à l’obscurantisme de l’astrologie.

  7. Où alors adhérer aux écologistes, vous mourrez vieux et en bonne santé mais après une vie de grande tristesse.
    Pas enviable non plus.

    • Oui mais attendez que Tondelier prenne des notes , il lui faut du temps pour comprendre et réciter ce qu’elle a écrit , surtout si ça été expliqué auparavant par Angelina Joly qui venait de finir sa séance chez son psychologue , mais peut être ont elles le même ?
      Va savoir Charles !!

  8. GROSSE BLAGUE…En plus donner en exemple Angelina Joly…qui est refaite entièrement grâce à la chirurgie esthétique …Ces gens là ne vivent que dans la crainte de vieillir et de mourir, autrement dit…de vivre.
    Mais chacun sait, ou devrait savoir que c’est encore une arnaque pour les gens naïfs et crédules ..

    • Effectivement…mais la solution pour ne pas mourir…c’est de ne pas naître..
      Autrement dit vive l’avortement..il n’y aura plus besoin d’euthanasie…

    • L’auteur ne dit pas le contraire. C’est le titre de l’article qui ne colle pas avec l’article. On ne voit pas trop où ce dernier veut en venir et le titre est provocateur en décalage avec le propos de l’article.

  9. Une fois que Monsieur ou Madame X saura de quoi, il risque de mourir, il lui faudra encore éviter de sortir, éviter le Bataclan, la Promenade des Anglais, l’Ile d’Oléron, le grand air en général
    Ils resteront devant leur téléviseur et finiront par mourir de peur, le cerveau en burn out d’entendre Michel Cymes ou Wargon

  10. Angélina n’est plus jolie, mais deviendra-t-elle éternelle ? Au moment ou nos « zélites » discutaillent de nos moyens financiers de vivre, ce sujet est le cadet de mes soucis, la nature aura toujours le dernier mot, et la mort est bien la seule justice sur cette basse terre ! Jouvence, je ne boirai pas de ton eau !

    • Dernierrecours
      Mon gynécologue est mort à 50 ans …15 ans d’études de médecine…des horaires de travail épuisants ( car il était très consciencieux )…
      Il me l’avait confié lors de ma dernière visite…il disait n’avoir rien fait dans sa vie que travailler…

      • Il n’est pas le seul, nombre de personnes responsables et partisanes du devoir avant les droits sont dans ce cas .

  11. La génétique et le mode de vie peuvent rendre certaines morts plus probables que d’autres mais on peut aussi mourir d’un accident de la route où du coup de couteau d’un déséquilibré.

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