[REPORTAGE] Dans le Sud-Ouest, au cœur des mobilisations contre les abattages de vaches
Tel un éclaireur, Nicolas nous guide à travers champs. « Il faut passer par là ! », nous explique-t-il, en abaissant une barrière barbelée. Croc-Blanc, son chien, a failli s’y écorcher. Nous nous engouffrons dans une lisière de ronces.
Ce vendredi 12 décembre, le secteur est bouclé à un kilomètre à la ronde. Un hélicoptère sillonne le ciel, des Centaure bloquent les accès routiers. Il ne s’agit pas de créatures mythologiques galopant dans le massif du Plantaurel mais des derniers blindés de la gendarmerie nationale. Ce bijou technologique, conçu par l’entreprise Soframe, est à l’origine destiné à la protection des populations.

Les Abondances de Savoie visées aussi par les abattages ©Jean Bexon
Dans la nuit du 11 au 12 décembre, lors du siège de la place forte tenue par les agriculteurs pour empêcher l’abattage, les capacités de poussée de l’engin (31 tonnes) ont été utilisées pour dégager le barrage de voitures disposé par les éleveurs afin de bloquer les services vétérinaires.
Nicolas nous décrit le pré comme un champ d’honneur. Deux hélicoptères, des drones, des caméras infrarouges et du gaz lacrymogène ont été déployés par les forces de l’ordre pour venir à bout de la détermination des paysans. « Ça tirait de partout : dès que quelqu’un allumait une lampe, on nous envoyait des grenades lacrymogènes », explique le quadragénaire, dont le pantalon de treillis bariolé lui donne des airs de guérillero.
Une population indignée
De quoi indigner Hélène, une retraitée rencontrée quelques heures plus tôt à la gare de Carbonne. « Les moyens utilisés contre les agriculteurs me choquent », confie cette habitante à BV, avant d’affirmer : « Les éleveurs ne sont pas des voyous mais des travailleurs. » Comme de nombreux habitants de l’Ariège ou de la Haute-Garonne que nous avons rencontrés, elle soutient le blocage de l’abattage total des 208 vaches blondes d’Aquitaine.
Dans les Alpes, cet été, des agriculteurs avaient eux aussi bloqué la route avec d’imposants rondins. Disposés en V, à la manière des remparts d’un fort Vauban perché en montagne, ces chicanes permirent à la Confédération paysanne et à la Coordination Rurale de tenir quatre jours. L’intendance des troupes était assurée par la solidarité des paysans voisins : miches de pain généreuses, fromages et vins de Savoie, jambon de pays.

Un gendarme avec fusil anti-drone à la ferme © Jean Bexon
Ici, en Ariège, le sol fume encore. De nombreux déchets de munitions jonchent le sol. « La pollution de ce champ, aujourd’hui, ce n’est pas le nitrate ou le glyphosate, c’est ça », nous indique notre guide, en nous montrant les restes d’une grenade lacrymogène.
Arrivés à proximité de la ferme, Nicolas ne pourra plus nous suivre. « On se connaît bien, on a passé la nuit ensemble », s’amuse-t-il, à l’approche des gendarmes qui lui demanderont courtoisement de quitter les lieux.
Sur la petite route de Camparol, des dizaines de cars de gendarmes mobiles, équipés de boucliers anti-émeute, sont déployés. Une centaine de représentants des forces de l’ordre est présente. L’un d’eux est muni d’une arme aux allures futuristes : un fusil brouilleur de drones, pointé vers le ciel.

Panneau sur l'A64 - Photo Jean Bexon
Chaque camion d’équarrissage est escorté par les militaires. Une grue nous permet d’apercevoir régulièrement une carcasse de vache suspendue avant d’être jetée à la benne. De faux bouviers en tenue sanitaire emmènent une vache et son veau dans un hangar. Ce sera la dernière fois que nous les verrons.
La stratégie gouvernementale en question
Le gouvernement, de son côté, déclare ne pas prendre la décision d’un abattage total de gaieté de cœur. Les autorités sanitaires assurent qu’il s’agit de la seule mesure permettant d’éradiquer le foyer de dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Cette maladie vectorielle, transmise par les mouches et les taons, présente un temps d’incubation très long (15 jours) et une morbidité variable (20 % à 30 %). Comme le résume le compte d’un vétérinaire vulgarisateur, sur X, le docteur Toudou, « les quarantaines et les analyses sanguines ne servent strictement à rien. La maladie évolue lentement et a le temps d’infecter tout le monde avant d’être visible. »

Un agriculteur constate les déchets de Lacrymo - © Jean Bexon
Un discours que le monde paysan peine à entendre, estimant qu’un abattage partiel pourrait suffire. Ce week-end, ces agriculteurs sont descendus de leurs fermes et ont pris possession d’une portion de l’A64 (sortie 27), au niveau de la commune de Carbonne (Haute-Garonne). En quelques minutes, une véritable base de vie s’improvise sous nos yeux. De grandes tentes blanches sont dressées, des bottes de paille forment les murs du nouveau QG et des braseros sont allumés. Un oppidum sur autoroute, surveillé au loin par des cars de la police nationale. Avec sa pancarte « Pas de pays sans paysans », Marie nous alerte : « Il y a de moins en moins d’agriculteurs ; un jour, on ne pourra plus nourrir la France. » La jeune femme nous explique ses motivations : « Je suis fille d’agriculteur. J’avais besoin de soutenir mon père, de soutenir les éleveurs, surtout que je souhaite reprendre la ferme. »

© Jean Bexon
Arrive alors un aréopage d’élus en écharpe. Des députés de La France insoumise déambulent sur les lieux. « Qu’est-ce qu’ils viennent foutre ici ? », grommelle un agriculteur, moustache soignée et béret vissé sur la tête.
À grand renfort de publications sur leurs réseaux sociaux et de déclarations de leurs représentants, comme Jean-Luc Mélenchon, la gauche annonce soutenir le mouvement de lutte des agriculteurs. Une posture que dénonce à notre micro Gaëtan Inard, élu municipal et secrétaire général adjoint du groupe UDI. « LFI ne cesse de vouloir tuer notre agriculture ! Ils ont voté contre la loi Duplomb et veulent mettre toujours plus de normes et de bâtons dans les roues de nos agriculteurs. C’est d’une hypocrisie totale ! »
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63 commentaires
Grand Frais, l’enseigne Française passe sous pavillon américain.
On aimerait voir autant de détermination et d’actions fortes comme celles employées dans cette affaire, de la part des forces de l’ordre, vis à vis des organisateurs de rave party ou lors des émeutes fomentées par les racailles en capuches de banlieues!
Ces mesures d’abattre tout le cheptel à la moindre apparition de la maladie est un diktat de l’UE. Mais la France fait partie de L’UE non ? Pourquoi les élites de gauche ont-elles voté des mesures trop strictes avec lesquelles elles sont pourtant en désaccord. That is the question.
C’est le but, que nous ne soyons plus autonomes pour l’alimentation, les pénuries seront plus faciles à organiser et pendant que nous chercherons à nous ravitailler, nos dirigeants pourront faire ce qu’ils veulent.
La pénurie Européenne entraine l’augmentation des productions des pays moins stricts et donc devient une des causes de la déforestation de l’Amazonie !
Comment un ministre de l’agriculture avec un Capes en lettres classiques peut diriger le monde agricole ? Tout comme Bruno Le Maire qui est agrégé de lettre à été ministre des finances….on a vu le résultat !
…. « un jour on ne pourra plus nourrir la France » a dit la fille d’un agriculteur mais c’est l’objectif du pantin Macron qui exécute les ordres de l’U.E. La France n’aura plus d’industries, plus d’élevages, plus de cultures etc…etc… Tout sera importé, ainsi la France sera totalement dépendante des autres comme le sont les pays du tiers monde.
Total soutien et grand respect à nos agriculteurs et éleveurs. Ils sont l’âme de la terre de France. Il n’y a pas de pays sans paysans.
Honte à ces dirigeants européistes, sans aucune empathie, fossoyeurs des pays.
Sept gendarmes mobiles ont refusé d’intervenir dans la prise de contrôle de la ferme des Bordes-sur-Arize dans l’Ariège. Ces sept gendarmes subiront-ils les foudres de leur hiérarchie ? Espérons que non. Respect à eux.
La France est en perdition car ses élites mondialistes se trompent de cible et ne combattent pas ceux qui veulent détruire la nation. Nos paysans n’ont jamais jeté un cocktail Molotov sur les forces de l’ordre ou brûlé un drapeau français. Ils sont les dignes descendants des Poilus qui ont chèrement défendu leurs terres par le passé. Ils n’ont jamais été les ennemis de la nation. Les ennemis sont ailleurs…
Un jour viendra, pas si lointain, où plus personne ne voudra devenir policier, enseignant, soignant, pompier, tant ces métiers sont devenus difficiles à exercer, par la faute d’un pouvoir pusillanime, incapable de les soutenir face aux agressions multiples auxquelles ils font face.
Que fait on avec le cheptel du cornu contaminé à la macronite?
Honte à eux!
Mettez votre masque et partez de France!
Soutien aux agriculteurs(sauf les chasseurs)…la nature se régule sans nous, merci!
D’accord avec vous ! La nature n’a pas besoin de l’humain contrairement à lui, qui ne peut survivre seul.
Macron avec le Mercosur c’est l’homélie de mon chagrin .
C’est dégueulasse, y a pas d’autre mot, de sortir l’artillerie lourde contre des agriculteurs. Je répète encore qu’il suffit d’isoler les animaux malades jusqu’à leur guérison et de vacciner les vaches non atteintes. Quand je pense qu’ils ont osé assassiner une vache et son bébé, j’en ai des frissons jusqu’à la nausée. L’État devrait utiliser toute cette artillerie et tout cet acharnement contre les racailles de tout poil qui pourrissent la vie de millions de Français et foutre la paix aux vaches et aux agriculteurs, foutre la paix au monde paysan.
éleveur à la retraite dans le département du Doubs.
j’ apporte tout mon soutiens aux familles contrainte d’ abattre leurs troupeaux.
j’ invite boulevard voltaire de bien s’ informer sur ce qu’ est cette maladie et les conséquences qui en résulte avant de prendre parti pour l’ un ou l’ autre et de ne pas relayer des fausses informations.
Si vous étiez éleveur, que votre voisin soit touché par la maladie accepteriez- vous qu’ on laisse des animaux potentiellement contaminé à coté de votre élevage au risque de contaminer votre troupeau ou ceux de votre entourage? Souvenez- vous de l’ ESB ( encéphalite spongiforme bovine). le royaume uni entassait les cadavre de vache au bulldozer, nous avons eu en France de nombreux troupeaux abattus.
On en abat toujours pour de la brucellose, fièvre aphteuse, ou charbon.( vous pouvez vérifier les chiffres, ou je peux vous les transmettre)
Aussi terribles et radicales que peuvent être ces mesures ne laissez pas des groupes politiques ou syndicats profiter du désarrois des éleveurs pour se mettre en avant et mettre de l’ huile sur le feu.
Peut-être qu’ a l’ avenir de nouvelles solutions seront trouvées, pour le moment il s’ agit d’ éteindre un incendie par tous les moyens (même impopulaires) si on ne veut pas de nouveaux départ de feu et ce n’ est pas le moment d’ expérimenter des solutions incertaines.
je suis a votre disposition pour approfondir le sujet ou répondre à vos questions
Quelque part vous avez raison, mais… la DNC n’étant pas transmissible à l’humain ni par la viande ni par le lait, pourquoi tuer des animaux sains au lieu de les vacciner ? Et pourquoi ne pas isoler les vaches atteintes jusqu’à leur guérison ? Ce déploiement d’artillerie lourde contre des agriculteurs honnêtes et travailleurs ne peut qu’amplifier notre colère.
Hier Dimanche 14 Décembre 2025 la France a émis un communiqué demandant à Bruxelles de suspendre la signature du Mercosur ! Mieux vaut tard que jamais dit-on….nous verrons bien. Mais de toutes manières le pouvoir français a déjà démontré son incompétence radicale pour soutenir nos agriculteurs….et surtout son hypocrisie. Il est trop tard pour quil soit absous de sa faute. Et , « en même temps »qu’il mette Bruxelles et Van der Leyen en difficulté cela rique d’être un spectacle réjouissant.
Si ce n’était que de l’incompétence… mais c’est pire, c’est la volonté de nous affamer.