[RAISON GARDER] Les dealers sont des commerçants comme les autres

Pourquoi ? C’est la vraie question à se poser, face à l’épidémie mondiale de la drogue.
@Rizvi Rahman-Unsplash
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Si vous achetez encore votre « beuh » ou votre cocaïne dans le hall sordide d’un immeuble décrépit, au cœur d’une banlieue chaude, au risque de vous faire agresser par des racailles ou arrêter par la police, c’est que vous êtes complètement ringard, dépassé par les événements, étranger aux mouvements tectoniques qui affectent même le commerce de la drogue.

Précisons tout de suite que nous n’entendons pas ici encourager ou légitimer ce commerce aussi illégal qu’immoral. Nous souhaitons simplement proposer quelques réflexions sur ce qui est, tout de même, un phénomène de société : la police française consacre, par exemple, cinq cents millions d’euros, chaque année, à la lutte anti-drogue.

Comme n'importe quel livreur de pizzas...

Pour la plupart des dealers, la forme du trafic a radicalement changé, ces dernières années. Du fameux « point de deal », ils sont passés à « l’ubérisation ». Par un ami, une relation, vous obtenez un numéro de téléphone ou l’adresse d’un site Internet. Là, vous passez commande (il y a même des promotions régulières, comme dans n’importe quel supermarché), vous payez par un moyen électronique, vous prenez rendez-vous pour le lieu et le moment de la livraison. Et à l’heure dite, une personne bien habillée, dans un véhicule (deux-roues ou voiture) en parfait état, vous livre au pied de votre immeuble, voire carrément à votre appartement, comme n’importe quel livreur de pizzas ou coursier Amazon. Tout est propre, tout est « clean », loin des banlieues sordides.

Mais ceci réclame encore une logistique un peu complexe, avec un commerçant et une équipe de livreurs, qu’il faut chacun munir d’un véhicule et payer. C’est pourquoi, depuis quelque temps, une nouvelle formule a fait son apparition. Le dealer, qui travaille alors seul, loue un Airbnb pour un ou deux jours. Il y stocke sa marchandise et prévient les clients de sa liste téléphonique qu’il est à leur disposition à tel endroit. Ceux-ci peuvent choisir de le rencontrer au pied de l’immeuble ou dans le logement même, mais on peut aussi utiliser comme lieu de livraison anonyme la « boîte à clefs » dont sont pourvus la plupart des Airbnb, et qui s’ouvre grâce à un code que le dealer vous fournira après paiement.

Et demain, les dealers trouveront d’autres astuces, d’autres procédés pour attirer la clientèle, augmenter leur part de marché et leurs revenus, échapper à la police. Car ce sont des commerçants comme les autres, sauf qu’ils travaillent dans l’illégalité. Ils ont les mêmes problématiques d’approvisionnement, de stockage, de trésorerie, de lieu de vente, de clientèle, de livraison, de personnel, etc. Et tant qu’il y aura de la demande pour ces « produits », il y aura des dealers pour les vendre, étant donné les profits qu’un tel « commerce » peut générer.

Pourquoi y a-t-il une demande pour ces « produits » ?

La vraie question du trafic de drogue (qu’il faut évidemment combattre), c’est celle de la demande. Les dealers sont juste là pour y répondre et empocher un maximum d’argent. Mais pourquoi les hommes ont-ils envie de se droguer ? Pourquoi acceptent-ils de fréquenter des gens dangereux, des lieux douteux, de mettre en péril leur réputation, leur santé, éventuellement leur vie ? Qu’est-ce qui les pousse à aller vers ces produits et, s’ils sont aujourd’hui « accros » et dépendants, qu’est-ce qui les a amenés hier à commencer leur consommation ?

C’est une vraie question et, à mon sens, la seule vraie question du trafic de drogue. Du moment qu’il y a une demande, il y aura toujours une offre, car la cupidité des hommes n’a pas de limite. Mais pourquoi y a-t-il une demande pour ces « produits » ?

La crise des opioïdes de synthèse, qui a fait plus d’un demi-million de morts par overdose aux États-Unis, ces dix dernières années, est à la fois effrayante et fascinante. Ces médicaments sont des antidouleur extrêmement puissants et, pour cette raison, particulièrement addictifs. On comprend que les personnes qui en prennent à la suite d’un accident, d’un traitement médical ou d’une cause quelconque de douleur puissent éventuellement devenir « accros ». Mais pourquoi certaines personnes de leur entourage, qui voient pourtant les ravages de ces médicaments, finissent-elles par en prendre aussi ? Pourquoi certaines personnes en bonne condition physique et psychique, qui croisent dans les rues des hordes de SDF semblables à des zombies et atteints de maladies repoussantes à cause de la consommation de ces opioïdes, prennent-elles néanmoins la décision d’en consommer elles aussi ?

Pourquoi ? Encore une fois, c’est la vraie question à se poser, face à l’épidémie mondiale de la drogue. Tant qu’il y aura une demande et de l’argent à gagner, il y aura une offre, malgré tous les efforts de la police. Mais la grande interrogation reste, en vérité : Pourquoi l’homme moderne veut-il à tout prix se droguer ?

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Alexandre Dumaine
Journaliste, écrivain

Vos commentaires

67 commentaires

  1. effectivement ce sont des commerçants au noir en plus intégré dans le PIB de nos finance grâce au organistes Européenne pas de TVA pas URSAF pas de fiches de pays pour les millions de travailleurs qui touchent souvent le chômage ou assurance maladie

    • ça a l air tellement simple , et les risques sont moins importants qu’un contrôle fiscal ou d urssaf subits par des commerçants enregistrés au RC, qu’on se demande pourquoi il y’a encore des cons qui déclarent des employés , reversent de la tva , paient des charges ect…

  2. Des commerçants comme les autres ? Mais non soumis à la TVA. Et même à 5%, ça rapporterait des sommes colossales dans les caisses de l’État.
    Seul problème : comment recouvrer cette TVA, ainsi que les cotisations URSSAF pour tout le petit personnel employé dans ce « commerce comme un autre » ?

  3. C’est bien ce que je répète : sans client pas de commerce.
    Pour répondre à la question « pourquoi cette consommation » alors que tout le monde sait que c’est dangereux parce qu’addictif ? Il doit y avoir plusieurs réponses : répondre à une mode ou un défi ? la curiosité ? oublier sa médiocrité ? se croire plus fort que les autres et penser arrêter quand on veut ? Dans tous les cas c’est triste et un beau gâchis

    • … ou tout simplement « s’amuser ». Ça commence par un jeu, ça devient une habitude puis une addiction. C’est surtout vers les jeunes qui faut agir. On organise bien des voyages à Auschwitz pour leur montrer les ravages du Nazisme. Pourquoi, pour les mineurs, en guise de TIG, ne les enverrait-on pas travailler pendant 8 ou 15 jours dans des services hospitaliers ou on soignés des drogués ? Il pourraient ainsi se rendre compte dans quel état leur addiction pourrait les mener et ce qu’ils risquent en commençant « par un jeu »…

    • Beaucoup en prennent pour fuir la pression du boulot, de la société, de la famille , de l’état et pour la simple raison que la génération actuel a été élevé dans un cocon bien douillet , que ce soit par la famille , l’école, la société en général ; de ce faite a la moindre pression psychologique ils elles craquent et consomment de la drogue qui les détruits encore un peux plus de l’intérieur.
      La loi punis sévèrement la consommation d’alcool au volant , la vitesse , cela devrait être la même chose en ce qui concerne la consommation de drogue, en touchant dés le départ le porte-feuille , c’est a dire pour le moindre gramme de cannabis trouvé sur une personne, cela mettrait un frein a la demande, avec bien sur une peine d’intérêt général comme nettoyer les rues ou ils elles habitent ; cela suivrait automatiquement pour les autres drogues.
      Pour les dealers, les choufes , des peines forte avec saisi de la totalité des biens acquis avec le trafic ; mais pour cela il faut une justice forte , sauf qu’avec la justice actuel qui est plus enclin a ne donner que de petites peines….sans parler que certains doivent être des consommateurs.

  4. « Précisons tout de suite que nous n’entendons pas ici encourager ou légitimer ce commerce aussi illégal qu’immoral. » Ah bon ? Tout l’article démontre le contraire !!!

    • On ne supprime pas pour autant les points de deal proche des crèches et autres établissements scolaires ou maternelles
      Saloperies qui vendent du toxique en plus de leur âme, vivant aux crochets d’une société qu’ils vomissent et dont ils se repaîssent à plus d’un titre, de séjour ?

  5. Les trafiquants se sont construit un environnement judiciaire sur mesure. Il faut une loi d’exception pour lutter contre ce fléau.

    • Oui une DEA a l’américaine avec des pouvoirs plus larges,une juridiction spéciale avec des juges spécialisés ultra protégés,et des lois minimales lourdes comme aux philippines ou en Arabie saoudite…

  6. « Les dealers sont des commerçants comme les autres » quelque part OUI sauf qu’ils ne payent pas de taxes et autres prélèvements Républicains tout en profitant des bienfaits que la République leurs offrent même en prison pour certains c’est à la charge des autres, de ceux qui leurs apportent le fric qui eux aussi sont à la charge d’une devenue minorité qui trime pour assurer le bien être et les soins de tout ce petit monde. On en trouve même en toute impunité dans les hémicycles Républicains !

  7. A votre question : « Pourquoi ? », j’ai une ébauche de réponse : Parce qu’en général, ceux qui commencent, aujourd’hui, en 2025-2026, avant même de commencer, n’ont en général qu’un vaste courant d’air entre les deux oreilles en guise de cervelle, et ne sont donc pas capables de comprendre qu’en commençant la schnouff, ils vont très vite perdre le peu de cervelle qu’ils avaient au départ. Car il est aujourd’hui absolument impossible de ne pas savoir que cette schnouff, c’est la destruction assurée ; et ils ne sont pas capables de comprendre que, quels que puissent être leurs soucis, la seule certitude qu’ils devraient avoir, c’est que la schnouff est la seule chose qui ne les solutionnera pas.

    • Il est sûr que ce n’est pas « l’Education Nationale » d’aujourd’hui et le niveau auquel elle amène ceux dont elle a la charge qui peut permettre à ces « petites têtes bondes » de réfléchir, analyser et comprendre, surtout maintenant que l’IA peut le faire pour eux… Que les fumeurs de joints et autres écolos se rassurent : pas besoin de sauver la planète. Ils s’auto-détruisent et la terre tournera encore longtemps après qu’ils se seront rayés de la carte du monde…

  8. Il y a pas mal d’année je suis passé sur le billard pendant près d’une heure et demi pour un décollement de rétine. Les yeux c’ est extrement fragile et le réveil fut particulièrement insupportable. Je l’ais dit au chirurgien qui n avait pas particulièrement envie d’abréger une douleur pourtant de plus en plus insupportable. Devant mon insistance il m’a mis 1 micro micro micro micro goutte dans l’oeil. je n’avais jamais vu une goutte d’un liquide quelconque aussi petite.
    Malgré l’infime quantité de l’ordre du micron, la douleur s’es arrêtée instantanément. Quand je lui demandait de quoi il s’agissait il n’a pas voulu me répondre Revenant à la charge quelques jours plus tart il m ‘a avoué non sans réticences que c’était de la cocaine pure. Je ne lui ai plus jamais demandé quoi que ce soit et j’ai préféré vivre pendant un mois et demi avec une douleur épouvantable. De plus de maniere subtile il m’a fait comprendre par insinuations que je ne devais plus lui demander quoi que ce soit

  9. Un dealer qui se fait choper, on le passe à la moulinette fiscale. On évalue la valeur de son stock, puis, par générosité, on soustrait la valeur de sa consommation personnelle.
    Cette info m’est parvenue par un connaisseur.

    • Ça, c’est ce que vous souhaitez, mais votre premier obstacle sera le système judiciaire, qui d’une façon ou d’une autre arrivera à enrayer votre mesure dissuasive, et l’avocat de votre dealer le sait déjà!

  10. Et c’est un commerce florissant , le département 93 officiellement un des plus pauvres de France , est le plus riche si on intègre son économie illégale avec comme activité principale la drogue.

  11. La drogue , un commerce comme les autres….? Certes !
    La preuve : Le trafic de drogue est pris en compte dans le calcul du PIB…
    Ceci, à la demande d’organismes Européens ! Mais oui, mais oui !

    • Mais c’est Nicolas qui paie pour l’insécurité que celà engendre, d’autant plus que les trafiquants ne paient pas d’impôts … La gauche qui veut taxer les riches devraient se pencher sur se problème

  12. Déja prendre des produits douteux , sans avoir une idée de ce qu’il y a dedans.
    Aucun contrôle qualité.
    Allez vous prendre un médicament fabriqué par un artisan chimiste sans aucun organisme de contrôle qualité ?
    Démontre que ceux qui se drogue se détruisent.
    La lutte passe par les pays producteurs.
    Trump avec le Venezuela et la Colombie montre la voie a suivre.
    La lutte passe par de vraies peines de prison pour les trafiquants 20 – 30 ans . Dechéance de la nationalité française des trafiquants binationaux. Et les expluser.
    Expluser les consommateurs étrangers et les trafiquants étrangers.

  13.  » vous payez par un moyen électronique  »
    ça, ça me parait un risque, parceque ça laisse des traces…

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