« Qu’on nous le dise clairement » : l’élevage traditionnel en voie d’extinction ?

Derrière l’abattage des troupeaux, des éleveurs redoutent une fin programmée de leur métier.
©Aliénor de Pompignan
©Aliénor de Pompignan

À les écouter, c’est une détresse que personne ne veut entendre. Partout en France, la même crainte : celle de voir son troupeau anéanti par une décision administrative, avec un sentiment d’abandon de la part des décisionnaires et, surtout, dans l’incompréhension totale de ce qui se joue. « Le monde de l’élevage est en souffrance, nous confie Agnès, éleveuse de bovins dans les Hautes-Pyrénées, et il n’est absolument plus soutenu par nos gouvernants », continue-t-elle. Comme nombre de ses confrères, elle s’alarme sur l’avenir des petits élevages touchés par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) et soumis à l’abattage systématique en vigueur. Quant aux maladies qui viendront dans le futur – car il y en aura –, elle n’ose pas imaginer.

Une maladie peu mortelle mais coûteuse

Depuis la première manifestation, en France, de la maladie, le 29 juin, dans un élevage savoyard, 35 exploitations bovines ont été déclarées contaminées. Transmise par piqûres d’insectes, non transmissible à l’homme, la DNC n’entraîne que rarement la mort des bêtes. Ce que nous confirme un vétérinaire spécialisé en pathologies bovines en Auvergne : « La mortalité est de l’ordre de 5 à 10 %, peut-être même moins. » En revanche, les vaches touchées produisent moins de lait et leur cuir, recouvert de nodules, devient inutilisable. Autant de pertes économiques qui motivent des mesures radicales, plus que la gravité sanitaire de la maladie elle-même. « On est dans une situation bien moins critique que la tuberculose, la rage ou la fièvre aphteuse », précise-t-il.

Ce choix de tout abattre s’explique en grande partie par les exigences du commerce international. « L’Europe veut rester indemne de certaines maladies pour conserver ses débouchés à l’exportation. C’est un argument massue. » Mais alors qu’il n’existe qu’une seule souche de la maladie, avec un vaccin déjà bien maîtrisé et utilisé en Afrique, offrant une protection de trois ans, l’interrogation reste en suspens : pourquoi les premiers vaccins n’ont-ils été distribués qu’à la mi-juillet, près de trois semaines après les premiers cas français ? Une question qui reste sans réponse. « C’est ce que je ne m’explique pas », reconnaît le vétérinaire.

Une fin silencieuse de l’élevage traditionnel ?

Sur le terrain, le sentiment d’injustice est vif. « Ils sont en train de détruire tout l’élevage laitier de Savoie et de Haute-Savoie », déplore Agnès. « Ce sont des races spécifiques, fruits d’années et d’années de sélection. Une fois les bêtes abattues, on ne les retrouvera pas comme ça. » La promesse de dédommagement n’y change rien. « On nous dit qu’on sera indemnisés, mais combien de temps faudra-t-il pour reconstruire un cheptel comme celui-là ? »

Un discours bien différent de celui du ministre de l’Agriculture Annie Génevard, qui a salué « le sacrifice des éleveurs » et leur « esprit citoyen », assurant que les compensations seraient versées « rapidement » et « à la hauteur du préjudice ». Des mots qui sonnent creux pour ceux qui vivent l’angoisse d’un abattage injustifié. « C’est une hantise pour les éleveurs », souffle Agnès. « On n’imagine pas tuer des bêtes saines. »

Derrière cette détresse, une inquiétude plus large. « Le gouvernement ne se rend pas compte de ce qu’il est en train de faire, estime l’éleveuse. Il y a déjà beaucoup de suicides, dans le monde agricole. Ce qu’il se passe en Savoie, ce qu’il se passera demain chez nous, c’est comme si on actait la fin de l’élevage traditionnel. Beaucoup d’éleveurs le perçoivent comme ça. »

Elle prévient, enfin, dans un souffle : « Des gens qui se fichent en l’air, malheureusement, il y en aura. »

Vos commentaires

80 commentaires

  1. C’est écoeurant ce mépris pour les éleveurs, leur bétail est plus qu’une question économique et dire qu’il existe des solutions pour soigner sans abattre le troupeau. Quant aux indemnités… quand on voit que les commerces suite aux JO ont été recalés. Vraiment on a les pires dirigeants, les fossoyeurs de la France.

    • C’est pire que ça, j’ai vu des vidéos, où une vraie escouade de gendarmes est envoyée (au moins une trentaine de voitures de gendarmes là on les voit, ) et si les agriculteurs refusent, ils sont embarqués en GAV
      Aucun test n’est fait, il a été décidé que toutes les vaches même saines devraient être abattues, en plus c’est une maladie n’affectant pas les humains
      Donc on décime des troupeaux mais on nous bouffer de la viande abattue dans des abattoirs agrées par une certaine religion , viande si mal cuite peut être mortelle mais ça , pas grave !!!!
      Je suis écœurée, dégoutée, consternée et pense à la détresse des agriculteurs, quel traumatisme pour eux, et surement des suicides encore ……

  2. La viande américaine est prévue le tonnage est déjà calculé. Plus la viande de synthèse de Mr Bil Gates. Merci qui ! VDL et Macron. Le vote 2027 sera déterminant pour l’élevage aussi. La moindre vache malade et hop on zigouille tout le troupeau.

    • C’est pire que ça, si dans une exploitation dans un rayon de 10 kms une vache est malade non seulement tout le troupeau est massacré mais les troupeaux alentour, sans même tester !!!

  3. Entre l’Europe, les Écolos et les Politiques aux manettes, nous, Français de souche, aimant les vaches, les chèvres et les brebis, nous en avons marre de ces donneurs de leçons, qui ne doivent même pas avoir un agriculteur ou cultivateur dans leur arbre généalogique. Oui, nous sommes des culs terreux mais nous sommes Français et nous allons vous le faire payer.

  4. il y a un roulement bien rôdé pour l’extinction de l’élevage en France, une année la grippe aviaire, l’année d’après la maladie sur ls ovins, et cette année c’est les bovins, l’année prochaine repartira sur la grippe aviaire, quand aux vaccins là encore une spécialité française, l’humain et les animaux ne peuvent plus être soignés faute de médication, mais tout va bien, c’est le gouvernement qui le dit, alors on est tranquille, vivement le sprochaines élections qu’on voit un peu si les gens sont toujours hypnotisés par les LFI-macrono- LR.

    • Dans ma région, ce sont les PFAS( Alkyls perfluorés et polyfluorés) qui font la une des journaux. Ces substances dont certaines seraient cancérigènes sont susceptibles de se retrouver dans le lait, la viande, les oeufs et partant, dans l’organisme humain.

  5. Cela signe l’élevage traditionnel, hé oui arrive le Mercosur, pognon, pognon nos dirigeants vivent sur une autre planète ils ont oublié notre bonne vieille Terre.

  6. Merci à Bruxelles et aux écolos qui veulent mettre à bas notre agriculture de montagne qui préserve l’environnement au profit des fermes allemandes de 1000 à 5000 têtes qui produisent du méthane comme bio carburant et se fiche du lait que produisent les vaches et je ris jaune quand j’entends ces mêmes écolos qui accusent les vaches augmenter le réchauffement climatique par leurs pets

    • L’Allemagne peut faire tout ce qu’elle veut, vu que la présidente de l’UE est de ce pays,
      Nous par contre subissons tout ce qui est de plus félon

  7.  » ministre de l’Agriculture Annie Génevard, qui a salué « le sacrifice des éleveurs » et leur « esprit citoyen » Que ne faut il pas entendre , ma parole cette privilégiée est hors sol , pour se sacrifier , oui ils sont plutôt sacrifiés et avec l’esprit citoyen dit elle , on est gouverné par çà …

  8. Dire que les écologistes français et européen vont détruire le pasturalisme et la ferme traditionnelle, il n’y a aucun doute à avoir. Pourtant c’est ce type d’agriculture associé à l’élevage qui est en capacité de nous assurer notre autonomie alimentaire et un réel respect de l’environnement. Quant ils auront réussi leur exploit, nous continuerons à manger de la viande mais elle viendra d’ailleurs issus d’élevages où on est bien loin d’imposer des normes aussi draconiennes que celles imposées en France ; être écologiste c’est bien l’être de manière irraisonnée, c’est idiot. Quant à Mme Agnès Pannier Runacher, elle a une bonne formation mais une incompétence crasse pour ce qui relève de l’alimentation humaine. Les diplômes quels qu »ils soient ne garantissent ni le bon sens ni la compétence.

  9. Est ce que ce monde est sérieux ?
    Même le Tour de France s’est cru obligé de raccourcir une étape de montagne à cause de cette maladie non transmissible à l’homme !
    Que fait notre savoyard national ? Plutôt que de candidater à Paris, pourquoi n’a t’il pas dit un mot sur ce scandale ?
    Nos responsables politiques sont des lâches, les éleveurs le savant bien !

    • Barnier n’a rien dit à ce sujet pour la simple et « bonne raison » qu’il participé activement à l’écriture du « Traité de Lisbonne » et qu’il a largement tout fait pour faire capoter le brexit ! …
      En un mot : un « LR » ! …

  10. Depuis le temps que je tente d’amorcer le sujet enfin il est là
    C’est un scandale total cet abattage, en plus ils ne testent même pas alors qu’il est sur que les vaches ne sont pas malades, la dermatose ne se transmets pas l’humain, alors on sait très bien pourquoi c’est fait
    Pour importer de la viande via le mercossur, on ne sait pas comment sont elevées ces animaux et ces viandes, soumises à très peu de normes contrairement à nos agriculteurs noyés sous les 3000 normes pour tout et rien
    Et bien sur l’UE est derrière cette perfidie, et bien sur la France obtempère et donc complice de ces massacres car abattre des animaux sains, c’est un massacre et une honte totale !

  11. Agnès Pannier Runacher « ministre de la Transition écologique, de l’Énergie, du Climat et de la Prévention des risques  » HEC, Sciences Pipeau, ENA. Gauchiste fanatique. Bref la formation idéale pour comprendre la ruralité…
    Annie Gennevard « ministre de l’agriculture » CAPES de lettre classiques…
    Genevard a été nommé à ce poste parce qu’elle est LR et qu’elle y totalement incompétente, donc dans l’impossibilité de bloquer les délires escrolos de Pannier Runacher et autres nuisibles macroniens dont les conseillers agricoles de Macron qui sont des dingos escrolos (pléonasme).
    Tant que cette équipe de fanatiques et d’incapables sera en place l’agriculture Française sous tout ses formes continuera de mourir.

  12. Côté « animalistes » nous en connaissons un formidable qui nous explique qu’il ne faut pas tuer les moustiques… car elle nous piquent pour nourrir leurs petits !!!

  13. Les politiciens et ceux qui agissent dans l’ombre ont décidé de tuer la France et les Francais de souche. Ils ne vaincront pas, car le Seigneur protège la vraie France.

  14. l’immense majorité de nos responsables a été biberonnée à l’ENA ou sciences po, connaissent la gaucho culture et n’ont aucune connaissance de l’agriculture. Ah si « botte de paille » comme j’appelle un ancien premier ministre qui avait trouvé un bureau de mise en scène pour la circonstance

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