Pour Pâques, l’Opéra d’Anvers choisit un spectacle trash et blasphématoire

Déjà donné à Stuttgart en 2024, "Sancta" avait provoqué le malaise d’une vingtaine de spectateurs, pris de nausées.
Capture d’écran Youtube Staatsoper Stuttgart
Capture d’écran Youtube Staatsoper Stuttgart

Pour le temps pascal (précisément du Samedi saint au jeudi de Pâques), l’Opéra d’Anvers donne une œuvre intitulée Sancta. L’intitulé religieux du titre ne doit pas induire en erreur : démonstration de christianophobie culturelle, Sancta se veut résolument blasphématoire.

À l’origine, il y a Sancta Susanna, un opéra de Paul Hindemith (1922). Le livret mêlait déjà sexe et religion, façon fin XIXe, comme L'Amante du Christ de Rodolphe Darzens. Une alliance du symbolisme et du voltairianisme à but provocateur qui a mal vieilli et à laquelle la metteur en scène autrichienne Florentina Holzinger a voulu redonner du lustre. De Sancta Suzanna qui durait une demi-heure, Holzinger a tiré un opéra de 2h30.

Une messe lesbienne

Son apport n’est pas seulement qu’on y voit un pape nain et des nonnes en patins à roulettes. Holzinger crée une « "célébration de la messe" radicalement nouvelle », dit la présentation officielle. Le spectacle redéfinit « la douleur, la honte et la culpabilité subies par les femmes de la tradition catholique ». Dans ce « manifeste théâtral sur la libération spirituelle et sexuelle », il ne saurait être question de joie, et encore moins d’élévation.

Au printemps 2024, l’opéra avait été donné à Vienne (Autriche). « Sancta est lancé depuis cinq minutes que deux cascadeuses sont déjà en pleine baise non simulée au sommet d’une croix lumineuse », s’extasiait le site Mouvement. « Les performeuses partagent des anecdotes persos sur la religion catholique tout en reproduisant stricto sensu (sic) l’eucharistie. À chaque représentation, par rotation, l’une d’entre elles se fait enlever un bout de peau. » Conséquence, lors de cette représentation : le premier violon tombe dans les pommes. Courte interruption. Le spectacle reprend : « La scène suivante illustre le fameux "mangez, ceci est mon corps" : le morceau de chair est frit à la poêle puis dégusté par l’une des performeuses. » La Sancta Susanna de Hindemith, en comparaison ? Une scène de patronage.

L’Actionnisme viennois, ou l'art de souiller

Donné ensuite à Stuttgart (automne 2024), Sancta avait provoqué le malaise d’une vingtaine de spectateurs, pris de nausées. L’Opéra d’Anvers prend les devants : « Ce spectacle contient de la nudité et des scènes de sexe explicites, ainsi que des représentations et des descriptions de violence (sexuelle). Il met également en scène du sang réel et du faux sang, des piercings et des blessures. » Nous sommes loin de ce que le mot « opéra » évoque de beautés musicales et visuelles.

Autrichienne, Florentina Holzinger reproduit mécaniquement les provocations de l’Actionnisme viennois de la fin des années 1960 : le corps mutilé, ensanglanté, souillé d’excréments et d’excrétions. Sous prétexte d’avant-gardisme, on en reste au stade anal — mâtiné de religion, il faut bien être adulte ! Rien de changé, depuis la photographie Piss Christ, de Serrano, ou le spectacle Sur le concept du visage du fils de Dieu, de Castellucci. Voudrait-on leur pardonner, à ces créateurs, on ne pourrait pas : ils savent très bien ce qu’ils font.

Beautés de Pâques

Il y avait de réels et nombreux chefs-d'œuvre à mettre à l’affiche, pour la période de Pâques. Le répertoire grégorien. Le répertoire slavon. Les Leçons de Ténèbres, celles de François Couperin ou celles de Marc-Antoine Charpentier, ou de tout autre compositeur ; il y en eut tant. Un oratorio de Haendel, La Résurrection, bien sûr, ou Joseph et ses frères, le Christ étant, par sa Résurrection, « un nouveau Joseph »… Un oratorio de Bach. La messe de Pâques de Gounod, de Caillebotte, de César Franck… Que de sensibilités musicales ! La beauté est aussi diverse que la laideur est monotone. L’inspiration aussi variée que le péché, répétitif. Le jour où Florentina Holzinger le comprendra, elle aura la plus grande honte de son Sancta.

Picture of Samuel Martin
Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

46 commentaires

  1. Je lisais hier un article où une actrice de cinéma américaine des années 90 évoquait des scènes de sexe de plus en plus nombreuses, sordides et brutales dans l’industrie du cinéma d’aujourd’hui donnant des femmes une image de plus en plus dégradante.
    Sans oublier celles évoluant dans des clips de rap d’une vulgarité jamais atteinte où elles ne sont que des faire-valoir au service de paroles d’une violence inouïe !
    Et de se demander jusqu’où l’on est prêt à aller pour un rôle, un instant de célébrité ou pour avoir son nom sur une affiche ?
    Selon cet article, très, très loin dans le trash et le glauque…

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