[PORTRAIT] L’abbé Raffray, l’influenceur catholique qui monte

168.000 abonnés Instagram et 69.000 sur TikTok : pourquoi l'abbé Raffray cartonne-t-il sur les réseaux ?
AB Raffray image X

La jeunesse française vivrait-elle un réveil spirituel ? C'est ce que tendent à prouver les chiffres en croissance de participation aux pèlerinages de Chartres et du nombre de baptêmes d'adultes (plus de 10.000 adultes en 2025, soit une augmentation de plus de 45 % par rapport à l'année 2024). Cause et/ou conséquence de ce phénomène de société : l'explosion du nombre d'influenceurs catholiques sur les réseaux sociaux, parmi lesquels un certain abbé Raffray, 168.000 abonnés Instagram et 69.000 sur TikTok. BV a cherché à comprendre les raisons du succès de ce curé de choc qui, sans jamais quitter sa soutane, « cartonne » auprès d'un public jeune et manifestement assoiffé.

Le « curé tradi préféré des jeunes identitaires »

Tout occupé, en cette semaine de juillet, à gérer son groupe d'une trentaine de jeunes venus de tous horizons (certains ne sont pas baptisés, tient-il à nous préciser) pour un « camp chantier » au Couvent Saint-Paul à Thiviers, en Dordogne, l'abbé Matthieu Raffray nous accorde quelques minutes de son temps au téléphone. C'est dans une maison de l'Institut du Bon Pasteur, d'obédience traditionaliste, fondé en 2006, que ces ouvriers d'une semaine s'affairent à la rénovation de bâtiments tout en bénéficiant de séances de formation spirituelle et de grandes discussions dans une ambiance amicale. Un petit aperçu des mille et une activités de ce prêtre ordonné en 2009 qui - avant d'être « le curé tradi préféré des jeunes identitaires », cible d'une certaine extrême gauche - est tout à la fois docteur en philosophie, auteur d'ouvrages théologiques, enseignant au séminaire de Courtalain, en Eure-et-Loire (maison mère de ce que les familiers appellent l'« IBP », pour Institut du Bon Pasteur), professeur de philosophie à l'Université pontificale Saint-Thomas-d'Aquin (Angelicum) à Rome et aussi invité occasionnel sur les plateaux de Pascal Praud.

Les réseaux sociaux : une terre de mission pour l'abbé

À 46 ans, il prévient d'emblée être viscéralement attaché à la liturgie traditionnelle dans laquelle il est « tombé depuis sa tendre enfance ». Troisième d'une fratrie de neuf enfants, d'origine bretonne, il est né « dans une famille de la droite la plus classique » qui, précise-t-il, lui a transmis « le souci de travailler à la restauration d'une société chrétienne ». Rien ne le prédisposait à devenir ce curé tradi « influenceur » qui monte. Ce sont les « les hasards de la vie, nous explique-t-il, je recevais de nombreux messages de jeunes sur mon compte privé et mes confrères et supérieurs m'ont encouragé à aller plus loin ». Un monde numérique devenu « terre de mission » pour l'abbé, en référence à l'appel du pape Benoît XVI de 2010 invitant les prêtres à investir cette sphère « qui fait partie intégrante de la vie quotidienne de nombreuses personnes, surtout des jeunes ». Quatre années plus tard, au rythme de trois vidéos postées par semaine sur Instagram, de cours de catéchisme délivrés en podcast et même de formats « entretiens » avec des invités variés (de Charlotte d'Ornellas à Aziliz Le Corre en passant par Jean-Frédéric Poisson ou le célèbre Charles Gruss, petit-fils d'Alexis Gruss, l'homme culte du monde du cirque), l'abbé communique et, inlassablement, répond à tout type de questions : peut-on se mettre en couple avec une personne d'une autre religion ? Qu'est-ce que la virilité ? Que penser des médecines alternatives ? Comment réussir sa galette bretonne ? Quels livres pour l'été ? Peut-on choisir sa mort ? Quitte à provoquer l'indignation d'une Aurore Bergé lorsqu'il est question d'homosexualité (en mars 2023). Menacé de procès, l'abbé Raffray reste droit dans ses bottes et s'explique dans les colonnes du JDD : « Je n’ai fait qu’exprimer la doctrine catholique. Ce n’est donc pas moi qui suis accusé, mais la doctrine de l’Église. » L'affaire sera finalement classée sans suite, mais cette fois-ci, le couperet n'est pas tombé loin, les associations STOP Homophobie et Mousse ayant, de leur côté, porté plainte.

Sans langue de bois et avec la soutane : « C'est l'authenticité qui fonctionne ! »

Pas question, pour autant, de « faire profil bas » ; abandonner la soutane ou édulcorer son discours n'est pas son genre : « C'est un réflexe de "boomer" de penser qu'il faut "se mettre au niveau" ; c'est celui de la génération Mai 68 faite de rébellions de gens baptisés et qui n'a rien transmis. Aujourd'hui, au contraire, ces jeunes cherchent la tradition, la vérité, le sacré », rétorque celui pour qui « c'est bien l'authenticité, qui fonctionne sur les réseaux sociaux ». Pas de langue de bois, donc, pour l'abbé, qui précise à BV n'être qu'un « aiguilleur », pour ces jeunes qu'il renvoie « vers des prêtres en chair et en os, car la religion n'est pas et ne doit pas être désincarnée ». Au vu du nombre de ses abonnés, la méthode fait ses preuves. « Dans le brouhaha des réseaux sociaux, les jeunes cherchent le catéchisme et Dieu, explique-t-il, d'où la très grande présence, également, de l'islam et des protestants évangéliques qui prospèrent sur l'ignorance pour ces jeunes pris en étau entre laïcisme, influence LGBT et islam », constate l'abbé Raffray qui rapporte, à titre d'exemple, avoir été contacté par un garçon de 14 ans converti à l'islam, sur les réseaux, qui s'inquiétait de savoir s'il avait fait un péché grave.

L'été est loin d'être terminé, pour l'abbé. Dans quelques jours, avec un autre groupe de jeunes, il part randonner sur les chemins de Bretagne. Son expérience « d'évangélisation numérique » le porte résolument à l'optimisme, car les jeunes convertis qu'il croise lui paraissent « bien plus solides dans l'adversité que certains de nos jeunes nés dans des familles pratiquantes. Mélanger les genres est d'ailleurs très bénéfique et apporte beaucoup à ceux qui ont tout reçu. » Avec des ouvriers de cette envergure à la vigne, la jeunesse de France pourrait en effet se réveiller pour de bon.

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Sabine de Villeroché
Journaliste à BV, ancienne avocate au barreau de Paris

Vos commentaires

38 commentaires

  1. avant que de tenter de convaincre sur le fond et le sacré c’est à dire avoir dééjà la foi
    commençons déjà par les canons de la morale chrétienne : tu aimeras ton prochain…tu ne tueras point ;;;etc….
    en comparant à ce que prônent les autres réligions : tuer des juifs, des mécréants, des apostats, des homos etc…..
    ce sera déjà une bonne porte d’entrée pour être écouté (entendu?) de la plupart des abrutis sans aucune valeur.

  2. Cette initiative s’inscrit dans un projet de revitalisation du catholicisme au sein d’une société actuellement privée de spiritualité et où nombre de jeunes sont des proies évidentes pour l’islamisme insidieusement conquérant dans les écoles, les universités, les entreprises, le journalisme même, au nom de notre sacro sainte ‘liberté d’expression’ garantie par l’ETAT LAÏQUE !!!! BRAVO donc.

  3. Les réseaux est-ce vraiment est aussi la place de l’église ? Personnellement je l’ignore…Mais quand les églises se vident par perte de foi mais aussi par crainte de pouvoir librement l’afficher…nous sommes en droit de nous poser la question des raisons qui justifient la recrudescence de nos jeunes qui à nouveau se tournent vers l’église et vers Dieu. Au delà de ce constat, il faut aussi reconnaître que seuls se qui disent ou font sont critiqués pour ce qu’ils disent ou font, par ce qui préfèrent se taire et surtout qui se garde de faire quique ce soit…Critiquer c’est plus simple et tellement plus confortable, surtout pour les gens de gauche, souvent anti crétien qui plus est…Que fait cet abbé ? La même chose que pratiquement tous les imams de France et…du monde ! Rien de moins, rien de plus ! Donc ; chapeau à lui, et surtout merci.

  4. Ah, le fameux « réveil spirituel » catholique ! En attendant on ne trouve plus personne pour s’occuper des paroisses et des églises… This is the end my friend, my only the end…

    • Comment voulez vous aller s’occuper des paroisses et des églises lorsque le curé du lieu vous fait un prêche politique et vous qualifie de fasciste si vous tentez de la contredire?

  5. Tradi, progro, classique ou autre, la mission de tout chrétien est d’évangéliser et faire des disciples missionnaires. Avant tout commentaire désobligeant ou horrifié, chacun doit se poser cette question: » est-ce que j’évangélise et est-ce que je fais des disciples missionnaires? » Cf Mt9, Lc 9, Lc 10, Mc 16 et actes. Communier dans la main ou dans la bouche, avoir des calices en terre cuite ou faire dans la dentelle n’a pas d’importance devant Dieu. L’important est de faire des disciples. Au boulot…

    • Vous avez raison ! Au boulot… car hélas beaucoup de parents ont manqué à leur devoir de transmission de la foi

      • L’Eglise a un besoin urgentissime de telles personnalités. Effet Léon XIV ?
        Au boulot ! comme dit l’autre.

  6. L’être humain a besoin de transcendance. On a besoin de beauté de pureté , besoin de croire en quelque chose qui nous dépasse quelque chose à quoi se raccrocher. La foi de notre enfance , celle de nos saints et nos martyrs celle qui réunit et qui pardonne.
    Le monde court à sa perte les drogues ne suffisent pas à nous étourdir , ceux qui croient ont la chance d’appartenir à un monde différent , d’obeïr à d’autres lois et de faire partie d’une fratrie.

  7. Il se met à l’heure des prédicateurs des EU qui draînent énormément de fidèles. Si ça peut ramener les jeunes au bercail c’est tout bénéfice.

  8. Un prêtre qui n’a pas peur d’afficher sa différence par rapport reste de la population en portant la soutane, alors là bravo! La France n’est peut-être pas vouée à la disparition après tout!

  9. Liturgie traditionnelle? Si c’est par réaction à l’islam, admettons! Mais avec le risque d’être moqués comme on se gausserait de nouvelles Vestales réactivant des rites antiques. Je ne jugerais pas de la sincérité de nouveaux adeptes quant à communier et prier à l’église, ce qu’on ne fait plus tellement de nos jours. Longtemps j’ai regretté que l’Eglise ne partage pas une approche philosophique du christianisme avec des homélies suscitant l’intérêt des participants plutôt qu’un rite , en somme semblable à ceux de l’antiquité.

    • Erreur Vezede, nombre de gens prient et communient à l’église encore de nos jours, ceux qui pratiquent le font sincèrement puisque ils viennent en l’église librement, quand à la liturgie traditionnelle elle n’est point une réaction à l’islam et à cette république dévoyée, elle EST tout simplement. Pouvez-vous l’admettre ?

    • Quel plaisir de voir ces religieux sur les réseaux sociaux apporter un souffle d’ espoir au catholicisme. Il est important de préserver nos racines chrétiennes que beaucoup voudraient faire disparaitre. Car la république est laïque mais la France est et restera chrétienne.

    • Cher VEZEDE, sachez que, dans l’histoire de toute l’humanité, toute transmission se fait aux travers de rites, depuis la découverte du feu. Et par définition, ces rites sont anciens ou « antiques ».
      Sans eux, vous ne pourriez ni lire cet article, ni encore moins le critiquer par vos commentaires.
      Ne cherchez pas à déconstruire ou effacer (je préfère le terme « détruire ») ce passé qui vous a construit.

  10. Traditionaliste, en symbiose avec les mouvements identitaires d’extrême droite, l’abbé Raffray est très loin des préoccupations de nos contemporains.
    Il s’agit du versant de notre église que nous n’aimons pas.

    • Le traditionnalisme, quand c’est chrétien, c’est sale, mais quand c’est musulman, c’est bien. On connaît la chanson ! Et être identitaire, c’est être d’extrême- drouââte, ben voyons ! Allez dire ça aux Kanaks, aux Ukrainiens, etc. Mais bien évidemment, les Français n’ont pas le droit de se soucier de leur identité. Ce logiciel gauchiste est exaspérant…

    • que VOUS n’aimez pas. Toujours à accuser l’extrême droite. Mais que fait votre « mouvement » pour le peuple. La spiritualité fait partie des préoccupations. Il est temps de combler le vide, car d’autres vont s’y engouffrer, sans doute avec votre aide.

      • Sachez qu’une grande partie des Catholiques ne sont pas réactionnaires et ne se reconnaissent pas dans le traditionalisme d’extrême droite. C’est factuel.

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