[L’ÉTÉ BV] Alexandre Jardin, le drôle de Zèbre des #Gueux

Comment Alexandre Jardin, écrivain-cinéaste à succès, a décidé de plonger les mains dans le cambouis pour les #Gueux.
Jean-Marc Belloti (Fédération française des motards en colère) et Alexandre Jardin (Les #Gueux), lors de la manifestation parisienne du 17 mai 2025.
Jean-Marc Belloti (Fédération française des motards en colère) et Alexandre Jardin (Les #Gueux), lors de la manifestation parisienne du 17 mai 2025.
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Cet article a été publié le 27/06/2025.

« Ça va mal finir » : ces quelques mots gravés en quatrième de couverture de son dernier ouvrage, Les #Gueux (Michel Lafon), résument à eux seuls les raisons de l'engagement d'Alexandre Jardin. BV l'a cueilli au téléphone, quelques jours après une première victoire qui n'était que d'étape : la suppression des ZFE, mercredi 28 mai. Mais le célèbre écrivain n'est pas quitte pour autant et compte bien transformer l'essai. Ce samedi, ce sera contre le projet PPE3 (programmation pluriannuelle de l'énergie) qu'il organise la convergence des luttes :« un puits sans fond qui, compte tenu de l'investissement à réaliser - 300 milliards -, doublera la facture d'électricité des Français : une absurdité ! Nous avons suffisamment d'électricité nucléaire et hydraulique décarbonée », nous explique-t-il. Rendez-vous est donc donné à tous les gueux, « ceux de la mer » (marins-pêcheurs artisans) « et ceux de la terre » (la Coordination rurale sera de la partie ) pour protester contre le développement anarchique de l'éolien sur les ports de Cherbourg (50), Dieppe (76), Erdeven (56) et au Grau-du-Roi (30).

L'écrivain-cinéaste à succès Alexandre Jardin - plus de 30 ouvrages publiés, dont neuf adaptés au cinéma - a ainsi décidé de plonger les mains dans le cambouis pour voler au secours du petit peuple de France. Rien ne laissait présager une telle conversion, car la personnalité emblématique des Gueux est d'abord un écrivain prolifique.

Ce drôle de Zèbre

De l'ensemble de sa production littéraire, on retiendra surtout son roman Le Zèbre (prix Femina aux Éditions Gallimard, vendu à plus de 135.000 exemplaires) publié en 1988, qui campe avec beaucoup d'humour et de sensibilité l'histoire d'un notaire fantasque marié depuis 15 ans qui va déployer des trésors d'ingéniosités pour reconquérir sa femme. Le personnage sera incarné à l'écran par Thierry Lhermitte et le film réalisé par un certain Jean Poiret. Un souvenir touchant, pour Alexandre Jardin, qui nous confie : « À l'époque, Jean Poiret se mourait d'un cancer. Il m'a demandé de lui céder mes droits pour faire de ce film un cadeau à sa femme. » De ce milieu littéraire et cinématographique qui semble si éloigné de ses actuels combats, Alexandre Jardin nous confirme avoir, malgré tout, gardé ses amis car « quand on s'aime, on s'aime, même si, dans l'ensemble, ils ne saisissent pas bien les raisons de mon combat pour les gueux ».

On s'en fout, des #Gueux

Le succès des #Gueux est né d'un simple tweet, posté au mois de décembre, à l'aube du projet ZFE, alors que notre écrivain prend subitement conscience « que les gens étaient interdits de ville au 1er janvier ». « Cela m'a paru un truc de science-fiction. Mais quand j'ai compris que c'était vrai, j'ai fait un post en donnant la proportion et, de manière ironique, j'ai lancé "On s'en fout, c'est des #Gueux », raconte-t-il. Dès le lendemain, les réseaux sociaux s'enflamment et le message est vu par un demi-million d'internautes : « J'ai compris que j'avais tapé juste. » Le mouvement est lancé jusqu'à l'abrogation des ZFE. Depuis, la gratitude des #Gueux est là, tangible. Nous en avons eu la preuve, lors de notre entretien. Alexandre Jardin marche dans la rue, téléphone en main, et s'interrompt quand un homme le salue d'un simple « Merci, Monsieur ! » : « Regardez comme c'est touchant, réagit-il, vous n'imaginez pas le nombre de gens qui viennent ainsi me saluer dans la rue, partout. Ce monsieur que je viens de croiser, probablement qu'il se demandait comment il pourrait aller travailler. Les journalistes politiques ont pris [ces mesures, NDLR] comme une nouvelle politique, mais pour lui, c'était sa vie. »

« M'occuper des gens est naturel »

L'engagement altruiste d'Alexandre Jardin ne date pas d'hier. « M'occuper des gens est naturel », nous avoue-t-il. L'auteur du Zèbre a même, un temps, songé se présenter aux élections présidentielles (en 2017, projet qu'il abandonnera faute de parrainages suffisants). En 1999, il crée l'association Lire et faire lire, pour lutter contre l'illettrisme : « Un programme d'intégration pour réduire l'échec scolaire, intégrer et prévenir les violences en remplissant les têtes des enfants de mots », précise-t-il. Avec son mouvement citoyen Bleu Blanc Zèbre créé en 2014, il rassemble « des "faiseux" - 450 acteurs engagés -, c'est-à-dire des gens qui passent à l'acte pour réparer les fractures dans la société : aider des chômeurs longue durée en trouvant des solutions de transport, rebancariser des interdits bancaires, utiliser la gymnastique pour réduire les chutes dans les maisons de retraite qui entraînent souffrances et aggravation des dépenses de santé, etc. » La liste est non exhaustive, car notre homme n'est pas en panne d'idées. Un réseau de bénévoles est ainsi organisé sur tout le territoire, mais il ne cache pas sa déception : « Je pensais que c'était comme cela qu'il fallait agir, mais je me suis trompé ; je voulais faire un accord avec l'État ; ces gens avaient prouvé leurs compétences sur le terrain, il aurait fallu les utiliser mais je n'ai pas trouvé cet accord. »

« On va continuer, cause après cause »

L'actualité politique lui fournit l'occasion de mettre son énergie ailleurs. Après la mise en échec des ZFE grâce à une convergence des luttes unissant motards en colère, conducteurs, artisans et commerçants, c'est au projet législatif de la PPE3 qu'il s'attaque désormais. Une cause qui « transcende les clivages politiques car les #Gueux se battent pour un principe et non un courant politique : ne pas exclure les gens de la société ». Pour prouver l'existence de ce combat transpartisan, Alexandre Jardin avance un chiffre : 62 %. C'est la proportion d'électeurs Renaissance opposés aux ZFE, signe incontestable de cette déconnexion totale entre les élites et le peuple.

Reste l'organisation des #Gueux, mouvement qui est en train de se structurer - « au début, j'étais tout seul avec mon téléphone portable, je n'imaginais pas le succès que nous allions emporter », tient-il à souligner. Sa filiation avec le mouvement des gilets jaunes saute aux yeux, mais Alexandre Jardin y tient : « Il y a une très très grosse différence : les #Gueux avancent main dans la main avec les maires, ce qui veut dire qu'il n'y aura jamais de débordements incontrôlés, car les élus locaux sont autour de nous. Nos rapports avec l'État seront différents puisque la base de la République est avec nous. »

Pour le patron des #Gueux, l'avenir est tout tracé : « À présent, il s'agit de faire tomber cette loi complètement folle sur les énergies renouvelables. Ensuite, on va continuer, cause après cause, jusqu'à ce qu'on fasse à nouveau gagner le peuple. » Après la PPE3, ce sera à n'en pas douter les DPE des #Gueux (ces diagnostics de performance énergétique que le gouvernement impose et qui « empêchent les Français de se loger »). Alexandre Jardin et ses Gueux ne sont pas près de déposer les armes.

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Sabine de Villeroché
Journaliste à BV, ancienne avocate au barreau de Paris

Vos commentaires

69 commentaires

  1. Cet altruisme désintéressé réchauffe le cœur au milieu de fette froideur minérale progressiste.

  2. Bravo et merci Monsieur Dujardin ! Attention, nos services de renseignements seront lancés à vos trousses afin de trouver un motif pour vous mettre hors d’état de nuire. Les méthodes staliniennes ont laissé des traces, je dirais même qu’elles sont en pleine floraison dans notre pauvre France. Espérons que le peuple de France vous soutiendra et ne gardera pas ses pieds dans ses pantoufles, voire dans sa piscine.

  3. Curieux personnage, en effet. À suivre et à aider, tant qu’il ne fait pas de politique…

  4. Au fait, qu’en est il des éoliennes devant des résidences secondaires de nos politiques, Touquet par exp. ou autour de la maison de mélenchon ? juste pour savoir…

  5. Qu’a donc voté mon député(e) ? (qui est censé être notre représentant)
    Regardez et faites lui part de votre avis !

  6. Quand les politiciens, de quelques bords qu’ils soient, ne font plus recette, le bas peuple se rebelle et se manifeste.
    Alexandre Jardin est son porte parole.

  7. Il est indéniable que lorsqu’on voit à quelles bassesses politiciennes en est venu le RN , son mouvement a de l’avenir mais le mur de la presse officielle et du monde bureaucratique sera très difficile à lézarder.

  8. macron s’en contrefiche des gueux car il n’a pas terminé sa destruction de notre pays et de notre civilisation.

    • peut-être, mais, nous les gueux, sommes les plus nombreux……Peyrefittes a écrit « quand la chine s’éveillera », attention que les gueux « ne se réveillent pas » ….avec des armes dans les mains (nos chasseurs pour commencer)……appelant la police et les militaires à se joindre à notre horde en colère..
      quelque fois, la fin justifie les moyens….

  9. La filiation avec les GJ est effectivement évidente. Un socle de l’ordre de 2/3 des Français est d’accord sur l’essentiel, que l’on retrouve dans tous les mouvements spontanés : retraites, agriculture, demain immigration. La différence nette que je vois d’avec les GJ, n’est pas tant l’absence de débordements ou la proximité d’avec les maires, mais la structuration du mouvement. Le talon d’Achille des GJ était l’anarchie. L’absence de perspectives politiques. À. Jardin est peut-être en train d’y mettre bon ordre.

    • L’absence de perspectives politique des gilets jaunes mais pas l’absence de récupération par la gauche.

  10. Le gouvernement a déjà oublié les gilets jaunes ? Si la loi PPE3 passe, les gilets jaunes feront pâle figure. Il existe des gilets oranges qui sont très seyants. J’en ai un dans ma voiture et je pense bien m’en servir si le besoin s’en fait sentir.

  11. Je souhaite juste une chose,c’est que si ce monsieur est amené à prendre une position politique lors du second tour de 2027, que ce ne sera pas celle de nos adversaires, mais comme je suis devenu vraiment très très méfiant, je reste sur mes gardes et je n’accorderai un crédit total à cet homme que lorsque je serai vraiment certain qu’il a choisi le camp national. On va dire que l’opinion politique n’a rien à voir là-dedans or je dis au contraire que cela à tout à voir. Monsieur Jardin doit faire ses preuves s’il donne des consignes de vote ou alors qu’il s’abstienne surtout d’en donner. Pour l’instant,son action est bien. Mais…

    • Oui quelque part la politique a à voir et cela n’a pas échappé à LFI qui a récupéré sans vergogne le mouvement des gilets jaunes qu’il méprisait totalement à son début .

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