[POINT DE VUE] Un DPE « climaticide » !
Le diagnostic de performance énergétique (DPE), obligatoire depuis 2006, a changé de nature, en 2021 : il est devenu opposable. Autrement dit, il engage la responsabilité du vendeur ou du bailleur. Cette évolution aurait pu être salutaire si le DPE reflétait fidèlement les performances énergétiques et climatiques des logements. Mais il fait exactement le contraire.
Par un mécanisme opaque et abscons, le DPE pénalise lourdement l’électricité - y compris lorsqu’elle est d’origine nucléaire, hydraulique ou solaire - et valorise, à l’inverse, les systèmes de chauffage au gaz naturel ou au fioul, pourtant bien plus émetteurs de gaz à effet de serre. Un comble, à l’heure où la France prétend réduire de moitié ses émissions, d’ici 2030.
Le cœur du problème réside dans un coefficient : celui qui permet de passer de la consommation finale à la consommation primaire. Pour l’électricité, ce coefficient est de 2,3 - comme si produire un kWh électrique coûtait 2,3 kWh en énergie primaire -, tandis qu’il n’est que de 1 pour le gaz ou le fioul. Or, ce chiffre, hérité d’une époque où l’électricité était produite en majorité par des centrales thermiques inefficaces, ne reflète plus du tout la réalité du mix électrique français, désormais composé à plus de 90 % d’énergies bas carbone (nucléaire, hydraulique, ENR).
Résultat ? Une maison chauffée avec une pompe à chaleur moderne, alimentée par de l’électricité d’origine nucléaire, se retrouve classée E ou F, alors qu’une chaudière gaz peu performante peut prétendre à un C ou D. Ce biais réglementaire est non seulement absurde du point de vue climatique, mais profondément injuste pour les ménages, en particulier dans les zones rurales où l’électricité est souvent l’unique solution.
La Société française d’énergie nucléaire (SFEN) l’a rappelé avec force : ce DPE dissuade les propriétaires d’investir dans des équipements propres, freine les rénovations vertueuses et pousse vers des énergies fossiles sous couvert de sobriété énergétique. Pire, encore : il dévalorise des biens immobiliers performants sur le plan environnemental, tout en donnant un blanc-seing à des systèmes polluants.
Le gouvernement a fini par réagir. À compter du 1er janvier 2026, le coefficient de conversion pour l’électricité sera abaissé à 1,9. Un progrès, certes. Mais encore bien timide. Car ce chiffre reste largement surestimé par rapport à la réalité de l’électricité française et continue de produire des effets pervers : mauvais classement, coûts de rénovation induits, contraintes de location, stigmatisation des logements électrifiés...
Un DPE digne de ce nom devrait reposer non sur des conventions technocratiques mais sur des données objectives et actualisées : contenu carbone réel de l’énergie utilisée, efficacité des équipements, qualité de l’isolation, impact environnemental global. Pourquoi persister à privilégier le gaz, dont les émissions de CO2 sont avérées, au détriment de l’électricité nucléaire, pourtant reconnue comme bas carbone par toutes les instances internationales, y compris le GIEC et la Commission européenne ?
Ce paradoxe n’est pas neutre. Il affecte des millions de Français. Il fragilise les politiques climatiques. Il introduit une distorsion profonde entre le discours public et la réalité réglementaire.
Réformer le DPE, ce n’est pas renoncer à l’ambition climatique. C’est, au contraire, s’en donner enfin les moyens. Cela suppose de sortir des conventions obsolètes, de faire confiance à la science, de cesser de punir ceux qui font les bons choix énergétiques.
En l’état, le DPE est donc « climaticide », pour utiliser le vocable des écologistes cher au ministre Agnès Pannier-Runacher et à son administration ! Il mérite d’être corrigé, non à la marge, mais à la racine. Le temps presse.
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29 commentaires
Cet article est une contre-vérité issue de la bien-pensance qui, je le croyais, n’avait pas encore infecté BV.
En effet, s’il faut parler de bilan carbone global et de pollution il va falloir intégrer la pollution générée par la production des panneaux solaires qui ne produisent quasiment rien et ne servent qu’à déséquilibrer un modèle industriel qui fonctionnait. De plus, les énergies intermittentes ont généré de la pollution puisqu’il faut avoir des centrales thermiques « en attente » pour palier à l’incertitude de production des ENR. Une hérésie monstrueuse.
De plus, tenir compte d’un coefficient pour l’électricité n’est pas inutile, peut-être pas de 2,3 (quoi que si on intègre tout) mais au moins pour tenir compte des pertes en ligne qui sont considérables.
Alors le gaz rejette du CO2 mais à l’avantage de ne quasiment pas avoir de pertes en lignes (fuites sur le réseau). Si vous avez une chaudière récente c’est de ce fait énergétiquement parlant plus efficace qu’un radiateur électrique et qu’une pompe à chaleur (renseignez vous sur l’efficacité de toutes celles qui ont été installées depuis ces dernières années). Pour peu qu’une part de plus en plus importante de gaz dit vert soit introduit, vous obtiendrez un moyen de chauffage plus vertueux que l’électrique d’aujourd’hui, une fois de plus beaucoup plus polluante qu’il y a 15 ans et que ce que les chiffres officiels racontent.
en fait, vu les pertes sur réseau et à la production, le coefficient de conversion devrait évoluer entre 1,3 et 1,4, car pénalisé par l’éolien qui est un contre-sens en france. Ceci observé, le carbone n’est pas le problème. Le vrai problème, ce sont les dérivés plastiques et pétrochimiques , qui ont tout pollué durablement, alors que le carbone profite à la végétation.
A partir du 1er août 2025, la TVA sur les abonnements d’électricité et de gaz augmentera. En effet, le dernier budget prévoit une hausse du taux de TVA sur les abonnements d’électricité et de gaz de 5,5 % à 20 % à partir du 1er août. Une augmentation qui doit rapporter 1,5 milliard d’euros à l’Etat.
Aucune énergie n’échappe durablement au racket fiscal.
Il y des chiffres que je ne peux pas laisser passer en tant que Physiqcien. Dire que 1kW électrique ne nécessite PAS 2,3kW thermique est faux, et relève même du mensonge. Je peux parfaitement comprendre que le citoyen lambda ne connaisse pas le principe de Carnot, mais pour un Ingénieur de l’École des Mines, là ça ne passe plus. Pour produire 1MW de puissance électrique, il faut au minimum 2,5MW de puissance thermique, et là je parle d’une centrale thermique ou nucléaire moderne ayant un rendement de 40%, ce qui est loin d’être le cas de certaines centrales électriques plus anciennes. Non Monsieur l’Ingénieur, il faut bien 2,5 ou 3 fois plus de puissance calorifique pour produire de l’électricité. Avez-vous seulement remarqué que les centrales électronucléaires ont besoin d’être refroidies pour produire leur électricité ?
Il me semblait que les centrales étaient refroidies par une simple circulation d’eau qui est elle-même refroidie dans ces grandes tours aérofrige et par évaporation de vapeur !
La puissance de production devant être limitée en été lorsque les rivières (souvent la Loire) ont un étiage très bas et que l’augmentation de température risque de devenir nuisible pour la faune et la flore de la rivière. Mais contrairement à ce que vous semblez sous-entendre il n’y a aucune consommation d’hydrocarbures, ni d’émission de CO2 dans la production de courant de nos centrales dont l’énergie est considérée comme verte !
Pour moi rien de comparable entre la production d’énergie nucléaire ou thermiques.
Les maisons chauffées à l’électricité devraient au contraire bénéficier d’un coefficient bcp plus avantageux que toute autre forme d’énergie !
Ce coefficient est effectivement une manipulation grossière au détriment de notre industrie nucléaire !
J’aime bien votre réponse et y adhère beaucoup plus qu’à la critique qui sent un peu le rance et l’écologie mal comprise…
Non, Mr le « physicien » une centrale nucléaire n’est pas une centrale thermique comme les autres !! Mais jusqu’où ira donc se nicher le tour d’esprit « woke » ?!
L’écologie, c’est embaucher des fonctionnaires qui créent des « machins » inutiles qui consomment de l’énergie et nous polluent sous prétexte d’économies.
Avec toujours le même leitmotiv de bisous technocrates « pourquoi faîre simple quand on peut faire compliqué ? »
C’est, hélas, le SEUL domaine où ils sont compétents.