[POINT DE VUE] Un chauffeur de bus sanctionné pour… avoir été tabassé !

La victime, Jean-Christophe Colombo, a annoncé porter plainte et saisir les prud’hommes pour contester cette décision.
Capture écran Keolis Île-de-France
Capture écran Keolis Île-de-France

Mercredi 7 mai dernier, Jean-Christophe Colombo assure la liaison Bordeaux-Villenave dans son autobus qu’il conduit depuis plus de 28 ans. Mais, en fin de matinée, alors qu'il dit « bonjour » à tous les usagers qui entrent dans l’autobus, l'un d’entre eux ne lui répond pas. Le chauffeur se lève, pose sa main sur l’épaule du passager et répète son « bonjour ». Immédiatement, l’homme se retourne et agresse verbalement Jean-Christophe : « J’ai rien à te dire, fils de p… » Jean-Christophe, qui est un être civilisé, demande alors au passager malpoli de descendre. C’est encore son autobus. Mais à peine a-t-il commencé à lui indiquer la sortie que le délinquant lui assène deux coups de poing et un coup de tête, de toutes ses forces. Pris par surprise, Jean-Christophe Colombo est sacrément amoché : le médecin lui prescrit 45 jours d’ITT. Il a notamment subi une opération de l’épaule. L’agresseur, lui, est tout bonnement descendu de l’autobus, il a marché jusqu’à l’arrêt suivant et a pris un autre bus pour arriver à destination.

Plus sévèrement puni que son agresseur ?

Mais les ennuis ne s’arrêtent pas là, pour le chauffeur bordelais. Quelques jours après l’incident, alors qu’il rentre de l’hôpital, Jean-Christophe Colombo reçoit un courrier de convocation pour un entretien préalable à une sanction disciplinaire. Motif : il serait sorti de son siège de chauffeur, un geste interdit selon la société Keolis… En effet, sa direction estime que « Monsieur Colombo s’est mis en danger en allant voir ce passager. Il n’y a pas d’ambiguïté sur sa qualité de victime, mais ce n’est pas la mission d’un conducteur de bus d’éduquer les gens. » Au mois d’août, il reçoit la sanction : c’est une mise à pied de 15 jours.

Une sanction qui dénote, d’ailleurs, avec celle que la Justice a infligée à l’agresseur. Celui-ci est passé en comparution immédiate et a reçu la terrible peine… de 6 mois de prison avec sursis, soit 0 minute en prison. Il est habituel (et nécessaire) d’être consterné par le laxisme judiciaire en France. Ce laxisme qui laisse des dizaines de milliers de personnes dangereuses en liberté (il y a, par exemple, 180.000 condamnés qui ne sont pas en prison), met en danger les citoyens honnêtes et encourage les moins honnêtes à persister dans leur vie délinquante.

En l’occurrence, il y a fort à parier que l’agresseur est – ou sera - un récidiviste… D’ailleurs, c’est ce que dit la victime, Jean-Christophe Colombo, annonçant porter plainte et saisir les prud’hommes pour contester cette décision : « La société française ne peut pas continuer comme cela : désormais, la peur s’est installée, il ne faut pas faire de vagues et courber l’échine face aux incivilités... Il faut rétablir l’autorité. » Et il a mille fois raison.

Une inversion des valeurs

Mais, en réalité, les valeurs de la justice et de la société française ne sont pas uniquement laxistes, elles sont… inversées. Nous avons ici un chauffeur de bus qui s’est fait agresser gratuitement, et c’est lui qui est sanctionné ? Suivant cette logique, est-ce aux commerçants braqués de s’excuser de trop bien réussir leur activité ? Est-ce aux femmes victimes de vols à l’arraché de s’excuser de porter un bijou dans la rue ? Ou encore, est-ce aux grands-mères en maisons de retraite de s'excuser auprès des squatteurs d’avoir laissé leur maison inoccupée ?

Cette affaire est emblématique de l’inversement de la culpabilité qui est à l’œuvre dans l’ensemble de la société française : de nos tribunaux aux salles de rédaction de médias traditionnels en passant par les direction des grandes entreprises. La lutte contre le laxisme judiciaire est une lutte pour le rétablissement profond des valeurs de notre civilisation.

Picture of Pierre-Marie Sève
Pierre-Marie Sève
Directeur de l'Institut pour la Justice

Vos commentaires

100 commentaires

  1. J’aimerais tout de même savoir le nom de l’impoli. Vous voyez ce que je veux dire. Dans le pays d’Amérique Latine où je vis il n’es pas rare de croiser un inconnu dans la rue qui dit bonjour ou fait un sourire.
    Question de mentalité.

    • @Carole Bloch

      Sans connaître le nom de, je vous cite: « l’impoli » je pense qu’il n’a pas d’accointance avec l’extrême droite. Si les médias avaient pu établir un quelconque lien avec Bardella, MLP ou Zemmour, ils n’auraient pas manqué de nous en parler en long, en large et surtout de… travers!

    • Je ne peux m’empêcher de vous demander : et si vous ne répondez pas à l’inconnu cité, si vous ne dites pas « bonjour » en retour, est-ce qu’il vous agresse ?! Il y a quelque chose qui m’échappe dans cette histoire. Est-elle au moins complète ?

  2. Dans ce monde ou tout peut, hélàs vous arriver, sans réponse à un bonjour, vaut mieux ne rien dire. Entièrement d’accord n’anmoins avec ce chauffeur.

  3. On ne nous donne pas l’origine de ce passager très violent et très mal poli !!! Tout mon soutien à ce travailleur chauffeur de bus qui croyait bien faire mais c’est trop tard…. Trop tard !!! La politesse n’existe pas avec des gens incultes…..

  4. Sur le moment j’ai été scandalisé par la décision de la direction de Kéolia, mais à la réflexion je reste un peu plus réservé…
    Ce n’est effectivement pas le rôle de ce conducteur que de vouloir imposer un comportement « civique » qui devrait être naturel dans une société civilisée.
    En se levant et en voulant faire descendre le passager il a effectivement outrepassé son rêole.
    Pour moi il aurait du être convoqué et méritait juste un rappel règlementaire sans autre sanction…
    Le gros bourrin de passager aurait dû être lourdement sanctionné pour son agression physique, mais dans la mesure où il était en règle ne pouvait être contraint de descendre de ce bus !

  5. Pro-amateur en mobilité, ( j’ai été conseiller en la matière) je tiens à expliquer qu’il faut s’en remettre aux conditions des relations interpersonnelles pour s’éviter ( et encore) le soucis genre coups et blessures.
    Le conducteur du bus est responsable de son bus et aussi de sa population, ainsi il doit respecter le code de bonne conduite ( sur la route. Ainsi, pas de freinage brusque inutile, aller voir ce qui se passe avec des moutards dans le fond du bus, relever le piéton qui s’est cogné sur la carrosserie me dont dire qu’il doit quitter son siège si nécessaire, sinon, il ne bouge pas quand Iryna est égorgée sur la plate-forme ?
    En règle générale, je dirais pour le mode courant, quand les passagers montent, on regarde les gens avec le sourire et ceux qui disent bonjour, on leur répond bonjour. J’habite « en région » et sur ma ligne régionale , on dit même au revoir en descendant ! Si c’est sale gueule en montant, c’est la gueule du type et il est audacieux de lui de mander des comptes, surtout à l’heure actuelle. Sur la route, c’est pareil, un regard et hop ça y est !

  6. Oui, la peur s’est installée, chez les gens honnêtes. Il va falloir renverser la tendance et la réinstaller chez les crapules, à la base. C’est toute une morale et une politique à changer. Ne parlons pas des crapules tout en haut de la société. Ils ne prennent pas l’autobus.

  7. Je trouve que c’est un grand risque de la part du chauffeur en ces temps troubles de poser la main sur l’épaule d’un inconnu.
    Pas normal qu’il soit sanctionné par son patron, mais c’est une conduite dangereuse qu’il a eue quand on sait que pour moins que ça certains se font égorger dans nos rues !

    • Donc pour vous il faut courber l’échine et laisser faire. Nous sommes une société de pleutres et les délinquants le savent. Qui est prêt à se lever lorsque une femme est importunée dans les transports en commun ? Qui?
      De temps en temps il y a un homme, un vrai,qui ose. Ce chauffeur bordelais en fait parti.

      • @Jo, vous avez raison « ils » sont forts et se sentent forts car nous sommes faibles, que la justice est de leur côté et contre nous, si nous nous défendons et blessons l’agresseur, ce sont nous qui aurions de gros ennuis
        Nous n’avons même pas le droit d’avoir une bombe lacrymo ni autre
        Je me suis faite insultée dans une rame de RER en 2002, ça m’a vraiment marquée
        Insultée de sale blanche, sale Française et bien pire encore, personne n’a bougé, certains ont même souri, ils n’étaient même pas armés , des petites racailles de 13 14 ans environ, j’ai appelé mon ami pour qu’il m’attende à la sortie de la gare et un avait mimé un geste d’égorgement à mon égard
        Je suis sortie de la gare en état de choc, en larmes et commençant une crise de tétanie, personne ne s’est arrêté !!!
        Mon ami a eu peur, le lendemain j’ai du aller bosser, j’ai craqué au boulot et suis repartie chez moi et grosse dépression après
        Ce n’était pas ma première agression mais celle ci fut de trop
        Et la rage de n’avoir rien pu faire aussi m’avait achevée

    • un simple entretien entre la direction et le chauffeur qui s’est exposé un peu inutilement aurait suffit, il ne faut pas en venir aux sanctions ! Et un papier invitant les chauffeurs à ne pas faire la morale aux passagers est sans doute de mise. En plus on ne connait pas les gens, on ne peut reprocher à un mal-entendant de ne pas comprendre, à un individu qui vient des perdre sa mère d’être joyeux en montant dans le train, un mal-voyant
      qui se trompe de ligne de bus en montant et veut descendre, tout le monde ne gagne pas au loto, tout les gens ont des misères, imaginez Emmanuel Macron qui monte dans le bus …

  8. BRAVO à cet article lucide et courageux.
    Quand le simple bon sens reviendra t il dans la gestion quotidienne de notre société ??? iL EST INCOMPREHENSIBLE que l’agresseur n’ait pas été sanctionné à la hauteur du préjudice qu’il a causé au conducteur du bus !!!!!

  9. La commission européenne de justice travaille à créer un nouveau permis ; celui d’être autorisé à tabasser ou à tuer. Il faut clarifier les lois sur les agressions.

  10. Les choses sont inversées. La justice y oeuvre chaque jour.
    Keolis a choisi entre, virer un chauffeur et avoir un bus incendié.
    La loi de la jungle s’impose. Ils s’y soumette faute de magistrats responsables.

    • Il n’a pas à se plaindre, ce chauffeur. D’habitude la sanction immédiate est un coup de couteau dans le ventre.

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