[POINT DE VUE] Trump et la guerre en Iran : tout ça pour ça ?
Après avoir menacé la « civilisation iranienne de disparaître », Donald Trump a décidé, ce 8 avril, vers une heure du matin, heure française, de ne pas « réduire en cendres la civilisation iranienne » et a décrété une trêve de deux semaines dans sa guerre en Iran. De mystérieux négociateurs iraniens auraient, via le Pakistan, accepté un plan en cinq points ou en dix points, on ne sait plus vraiment combien, mais, en tout cas, auraient promis de laisser aux navires de commerce dans le détroit d’Ormuz la liberté de circuler de nouveau. Israël aurait aussi accepté de se joindre à ce principe de cessez-le-feu, sauf au Liban, où les hostilités se poursuivraient. De fait, les cours du pétrole se sont détendus de 15 % et le prix du baril a chuté en dessous de 100 dollars, autour de 85 dollars, ce mercredi matin.
Une réouverture durable du détroit d’Ormuz ?
Le détroit d’Ormuz, jusqu’alors partiellement bloqué par la République islamique d’Iran, devrait d’ici peu permettre de nouveau aux navires commerciaux de circuler. Actuellement, il y aurait encore un millier de navires commerciaux bloqués dans le détroit d’Ormuz. En outre, la grande compagnie de transport allemande Hapag-Lloyd continuerait de s’abstenir de vouloir faire traverser le détroit à ses propres navires commerciaux, et ce, malgré les promesses de trêve du président Trump. Le problème est que les actuaires de la société allemande de Hambourg n’ont aucune confiance dans la réalisation, sur le terrain, de cette promesse de cessation d’activité violente à l’encontre de navires pétroliers ou porte-conteneurs.
Si les États-Unis acceptent de cesser leurs frappes sur la zone du détroit, il faudrait également que l’Iran puisse « rouvrir immédiatement la liberté de circulation dans le détroit d’Ormuz ». Parallèlement, les pays arabes menés par le Qatar, qui demandaient une résolution de l’ONU pour pouvoir rouvrir par la force ce détroit, ont été bel et bien déboutés par la Chine et la Russie. Alors, aujourd’hui, que faire ? Car si la force ne peut être utilisée par les pays riverains du sud de ce détroit pour, de nouveau, permettre un passage du détroit, il faudra alors faire une entière confiance au gouvernement des mollahs pour que les navires se remettent à circuler comme avant la guerre.
À quoi sert donc la trêve ?
La trêve annoncée par le président Trump doit durer quinze jours, côté américain, ce qui veut dire que les armes vont provisoirement cesser de parler mais que les armes ne vont pas pour autant déserter la zone des opérations. Cette trêve sert tout d’abord à rétablir le fil des négociations, si tant est que ces négociations aient vraiment existé, et à discuter le contenu du plan en dix points proposé aux Américains par le gouvernement des mollahs via le Pakistan. Ainsi, ce plan contiendrait, notamment, « le maintien du contrôle iranien sur le détroit d'Ormuz, l'acceptation de l'enrichissement et la levée de toutes les sanctions primaires et secondaires », selon un communiqué publié par la République islamique. La demande relative à l'enrichissement d'uranium ne figure toutefois pas dans la version en anglais de la déclaration de Téhéran partagée par l'ONU. Elle est, en revanche, incluse dans la version en persan diffusée par les médias d’État iraniens. Toutefois, on n'imagine pas que le gouvernement américain puisse lever les sanctions sur le régime des mollahs avant que ceux-ci ne se soumettent aux trois principes présentés depuis le début des négociations : l’arrêt de l’enrichissement de l’uranium à des fins militaires, la fin de la fabrication des missiles balistiques et, enfin, la fin du soutien aux mouvements terroristes d’inspiration chiite partout au Moyen-Orient et dans le monde.
En outre, parmi les autres exigences de l'Iran, on trouve le retrait des forces américaines du Moyen-Orient, la fin des attaques contre l'Iran et ses alliés, la libération des avoirs iraniens gelés et une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU rendant l'accord contraignant. Dans un tel contexte, il paraît peu probable que ces conditions conviennent aux négociateurs américains, les inoxydables Steve Witkoff et Jared Kushner, qui accompagneront au Pakistan le vice-président J.D. Vance, chargé de conduire la délégation américaine. Un Vance qui est resté, jusqu'à présent, très discret sur cette guerre.
Ces négociations sont en fait un nuage de fumée qui permet aux deux belligérants de se préparer à la continuation des hostilités et à l’obtention d’une éventuelle victoire tactique et, de fait, stratégique. Depuis les batailles de Marathon et de Salamine, le vainqueur est celui des deux adversaires qui reste sur le terrain et, donc, pas de match nul en vue au plan militaire. Durant les négociations de Paris en 1973, les Américains avaient commis l’erreur d’évacuer précipitamment leurs troupes du Sud-Vietnam alors que les troupes nord-vietnamiennes poursuivaient leur progression en dépit de la résistance de l’armée sud-vietnamienne… On connaît la suite : l'occupation de Saïgon deux ans plus tard.
Alors, rien ne change pour que tout puisse continuer
En réalité, la pause partielle des combats dans ce Moyen-Orient compliqué ne pourrait être qu’une occasion, pour les Américains comme pour les mollahs, de fourbir leurs armes pour de futurs combats en perspective. Ces combats viseront, pour les Américains, à renverser ou à remplacer le régime politique iranien en accord avec leurs alliés israéliens, et, pour le gouvernement islamique, ou plutôt ce qu'il en reste, à poursuivre le harcèlement de l’ensemble de leurs voisins arabes du sud du détroit. En vue de rejouer le coup que Nasser avait réussi, soixante-dix ans plus tôt, c’est-à-dire chasser de la région l’ensemble des troupes occidentales de la région, françaises et britanniques comprises, et imposer leur leadership politique et religieux à l’ensemble de la péninsule. L’affaire du détroit d’Ormuz, avec ses répercussions sur la stabilité économique du monde, démontre une chose : l'arme la plus redoutable détenue actuellement par les mollahs est l'arme économique.
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2 commentaires
Le détroit d’ormuz appartient aussi en sa partie sud au sultanat d’oman.
Mais la navigation y est plus délicate a cause de 2 îles qui peuvent constituer un obstacle a la navigation.
Bientôt, ce sera à la Chine d’envahir Taïwan, sans que cela ne dérange personne. C’est ainsi qu’ils ont dû se partager le monde, du moins ses ressources naturelles. A la Russie l’Ukraine, aux USA le Venezuela et l’Iran, à la Chine Taïwan, et au reste du monde le droit de s’organiser avant que la guerre froide annoncée ne commence. C’est reparti pour un tour de foutage de g*, comme à l’époque soviétique.