[POINT DE VUE] Mort de Chuck Norris : une certaine idée de l’Amérique

Celui qui avait rejoint, en 2011, le deuxième volet de la saga Expendables était un fervent patriote.
Capture d'écran YT
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Toute sa vie, Carlos Norris, dit Chuck (1940-2026), s’est fait une certaine idée de l’Amérique. Ou n’est-ce pas plutôt l’Amérique qui s’est fait une certaine idée de Chuck Norris ? Le comédien était devenu une célébrité mondiale, au début des années 2000, avec une série d’aphorismes qui caricaturaient, au second degré, les héros de films d’action qu’il n’avait cessé d’interpréter. Exemple : « Superman et Chuck Norris ont fait un bras de fer, un jour. Le perdant devait mettre son slip par-dessus son pantalon. » On le croyait donc d’autant plus immortel qu’il l’avait si souvent affirmé et prouvé, sur le grand ou le petit écran.

L'antagoniste de Bruce Lee

Né avant Pearl Harbour, mort au début d’une guerre contre l’Iran qui risque d'être longue, Chuck aura, en quelque sorte, connu à sa naissance comme à sa mort une Amérique éternelle, celle qui fait la guerre, a une grande gueule et se prend pour le cow-boy du monde. Il en aura aussi été l’une des figures cinématographiques. C’est d’ailleurs grâce à l’armée américaine qu’il avait découvert les arts martiaux : jeune soldat dans l’armée de l’air, affecté sur une base en Corée, il se met au tangsudo (un art martial local) puis au karaté. De retour aux États-Unis, au début des années 60, il ouvre une salle de sport qui attire des stars et rencontre Steve McQueen. Le « king of cool » lui conseille de prendre des cours de théâtre : il a décelé chez le jeune homme un certain potentiel. Champion du monde de karaté, dans la catégorie poids moyens, entre 1968 et 1974, il démarre donc en parallèle une carrière d’acteur. En 1972, choisi pour être l’antagoniste principal de Bruce Lee dans La Fureur du dragon, il accède à la notoriété.

Stallone, Schwarzenegger, Seagal… et Norris

Les décennies 70 et 80 lui sont favorables : la mode, aux États-Unis, est au cinéma d’action qui, pour compenser la débâcle du Vietnam et la contre-culture hippie, valorise les héros taiseux, capables de violence mais préférant l’éviter, patriotes sans excès de naïveté, solitaires mais empathiques. Après John Wayne, il y aura donc toute la génération des héros de films d’action : Stallone, Schwarzenegger, Seagal… et Norris. Après un petit passage à vide, le héros karatéka se réinvente avec la série Walker Texas Ranger, dont il interprète le rôle principal de 1993 à 2001. Exeunt les uniformes de commando et les kimonos de ninja : cette fois, Norris interprète un « ranger », sorte de flic texan aux prérogatives étendues, avec santiags, Stetson, gros 4x4 et tout le toutim. Pas vraiment un rôle de composition pour ce patriote fervent, électeur républicain, partisan du port d’arme, fervent chrétien baptiste, qui aura eu cinq enfants et treize petits-enfants.

La saga Expendables

En 2011, dans le deuxième volet de la saga cinématographique Expendables, Norris avait accepté de rejoindre toute la bande des héros de films d’action de jadis ou de naguère, aux côtés de Stallone, Statham, Vandamme, Lundgren, Schwarzenegger et les autres. Dans ce film aussi sympathique au premier qu’au second degré, il se moquait de lui-même en racontant, d’un air austère, qu’un cobra l’avait mordu une fois et qu’après cinq jours d’atroces souffrances… le serpent était mort.

Avec Chuck Norris, 86 ans, disparaît une partie du mythe américain – ce mythe kitsch, artificiel et démonstratif que nous adorons détester. Il laisse derrière lui des écrits très divers, sur la philosophie ou la politique par exemple, qui montrent que, comme presque tout le monde, il était plus profond et plus complexe qu’il n’en avait l’air. On conseillera en particulier aux amateurs Against All Odds: My Story (2004), dans lequel il raconte sa jeunesse et offre un bel exemple de résilience et de volonté.

La mort a fini par avoir Chuck Norris, on dirait. Mais peut-on vraiment gagner contre Chuck ?

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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

4 commentaires

      • vous avez tort : je répète ce que j’ai écrit.
        il a gagné un championnat exclusivement américain.
        PS, en 72, j’étais à Coubertin, et je connaissais bien les gars de l’équipe de France, championne du monde (Valéra, Gruss, Sauvin, Petitdemange, Setrouck, et aussi Paschy et Didier…)

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