[POINT DE VUE] Lionel Jospin (1937-2026), précurseur de l’en-même-temps
Ainsi donc, Lionel Jospin est mort à 88 ans. On s’était habitué à son existence spectrale, quelque part dans un coin de notre inconscient politique, comme un souvenir des années 90. « Rigide qui évolue, austère qui se marre, protestant athée », disait-il de lui-même, avec une appréciable autodérision dont il ne se départit jamais : de fait, Lionel Jospin incarna les contradictions de la gauche et fut à l’origine de sa situation actuelle, pour le meilleur et pour le pire.
Bourgeois bolchevique
Né dans une famille militante (de gauche, naturellement), Lionel Jospin fut pourtant scout (sous le nom de totem « Langue agile »), lycéen à Janson-de-Sailly, fit l’ENA, son service comme officier de cavalerie, devint diplomate, se maria à une philosophe détestée par les gauchistes, eut notamment une fille élue à l’Académie des beaux-arts, un fils compositeur, siégea au Conseil constitutionnel et, après une carrière de notable, s’acheta une maison aux Portes-en-Ré, l’extrême pointe chic d’une île déjà très bourgeoise. Avec tout ça, il aurait mérité d’être un salaud de droite. Mais « en même temps », il devint trotskiste en 1965, au sein de l’austère Organisation communiste internationale (OCI), branche fanatique du lambertisme (tout un programme), avec son lot sectaire de pseudonymes (le sien sera « Michel »), rendez-vous clandestins, exclusions, chapelles et contre-chapelles. À sa liste d’oxymores le concernant, Jospin aurait très bien pu ajouter « bourgeois bolchevique ».
Au mitan d’une carrière brillante au Quai d’Orsay, et après être devenu professeur d’université, le trotskiste rejoint les socialistes en 1971 pour faire de l’entrisme sur ordre de l’OCI. Après le congrès d’Épinay, il s’inscrit dans les pas de François Mitterrand, qui fera de lui, en 1981, le Premier secrétaire du PS. Il n’aura pas la poigne nécessaire pour tempérer les emportements stupides du congrès des « furieux de Valence » (comme chante Jean-Pax Méfret), dont Paul Quilès, qui affirme que « des têtes doivent tomber ». Ensuite, il sera ministre de l’Éducation nationale et le grand rival de Fabius au sein du PS, puis, grâce à un indéniable talent oratoire et à un paradoxal charisme, il arrivera en tête du premier tour de la présidentielle de 1995. Déjà, la droite la plus bête du monde avait présenté deux candidats : Chirac, le loup aux idées creuses, et Balladur, le travailleur de style Régence. Chacun avait la moitié de la solution entre les mains, Chirac l’emporta et on sait ce qu’il en sortit : rien du tout.
Réformes sociétales
Jospin, lui, continua de croire en son étoile. Premier ministre de Chirac, il ripolina le cynisme des gamellards de gauche sous l’appellation de « gauche plurielle », que l’on n’appelait pas encore NUPES, NFP ou « fusion technique ». Entre autres désastres, c’est à son gouvernement que l’on doit les 35 heures ou la CMU. Il fit aussi adopter le PACS, ouvrant la voie au mariage pour tous et offrant à la droite réac l’occasion d’ajouter un énième tee-shirt (orange, celui-ci) au placard de ses nombreuses défaites sociétales.
Évidemment, l’Histoire retiendra surtout sa retentissante défaite, au premier tour de la présidentielle de 2002. À l’époque, on pouvait encore faire jouer ce que lui-même appelait le « théâtre antifasciste » : alors, en avant pour la lutte contre la bête immonde, les chansons affolées, les boutonneux qui se prennent pour Jean Moulin ! Du grand spectacle. Chirac, dit « Super Menteur », après s’être fait cracher dessus par les « jeunes » des « quartiers », fut triomphalement réélu. Jospin, lui, était déjà parti pour l’île de Ré, fossoyeur involontaire d’une démocratie parodique à laquelle il n’avait pourtant, sans doute, jamais cessé de croire.
Où est parti Lionel Jospin ? Dans le paradis chrétien de son enfance ? Ou dans un enfer rouge sombre qui lui hurle les noms de tous les innocents que la gauche a assassinés ? On l’ignore, bien sûr. Aussi bien est-il tout simplement en paix, dans une éternelle aurore calme et douce, qui ressemble à celle qui se lève sur la plage, les matins d’été, quand on traverse Les Portes à vélo. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
Popular Posts




































88 commentaires
Sa disparition me touche moins que celle d’Isabelle Mergault.
le roi du peut être oui ou non
Lui et DSK auraient dû profiter d’un alignement des planètes pour entamer les indispensables réformes de structure ( Schroder) qui nous auraient remis dans le bon sens de l’histoire. Mais non, socialiste un jour socialo toujours: ils ont rouvert le chéquier et aggravé les déficits et la dette sans améliorer la situation de la population. LJ ne va pas nous manquer !
Tout un symbole Macron qui cite et encense deux des pires ministres de la 5eme republique dans un discours jospin et lang..ses modèles sans doute..méprisants incompétents et gameuleurs…
Paix àson âme et condoléances à sa famille.
Les 35h ont été de loin la pire et la plus significative des décisions politiques de ces dernières décénies tant sur le plan économique que socétale avec des jeunes français qui ne veulent plus travailler entrainant une immigration massive qui elle même devient fainéante entrainant de nouvelles vagues. Combien de faillites, de découragement des entrepeneurs, de délocalisations? Difficile à quantifier, mais le résultat est là , 3 500 milliads de dette, chute libre au classement Pisa, insécurité à son comble…
Le mal n’a pas seulement commencé à Mitterrand ni en mai 68 mais quand la bourgoisie s’est emparée de la Révolution pour la faire au nom du peuple et piller sa foi, sa crédulité, son honneur, son intégrité, son coeur. Le moteur est toujours le même : le goût du pouvoir, et le pouvoir de l’argent. Au fond, tout cela est hautement moral et se résumerait à une balance des comptes : je compense la puissance de ma position de classe en me faisant l’avocat des humbles que j’arrose de ma générosité puisée dans les caisses de l’Etat. Ainsi naquit le « bourgeois bolchévique », ainsi mourut Lionel. Mais aucun acquis, si flamboyant soit-il, aucun titre, aucune gloire ne peut compenser l’échec final d’un homme qui s’est vu coiffer par un gueux sur la ligne présidentielle. C’était à n’y rien comprendre. A moins de comprendre aussi les haines féroces agitées au sein de la famille socialiste. Je ne parle pas seulement de Fabius ou de Chevènement qui ont toujours su peaufiner leurs motions enfoncées jusqu’à la garde. j’ai écouté de la bouche même de Jospin : « Rocard, c’est pire que Giscard. » Quand il était Ministre de l’Education nationale, et qu’il s’était vu doublé par Mitterrand, qui tenait les laisses de tous ses ministres dont il n’avait qu’une courte estime – pour ne pas parler de Béregovoy, ouvrier fraiseur, caution et martyre – Jospin avait bondi violemment à l’Elysée. Le président, secoué, n’avait pas eu le temps de s’en défaire que la démission avait été anticipée par Jospin lui-même. Certes, son intégrité n’a jamais été prise en défaut, mais c’était son glaive. Pas exactement de même nature que celle de Badinter, qui comptait sur elle pour assurer ses ambitions. N’était sa soumission à Mitterrand, appelée fidélité indéfectible. Bousquet était devenu un fou qui avait eu l’excellente idée de mourir assassiné avant son procès. L’oeuvre de Jospin sera sans doute soulignée par notre président en quête d’éloges funèbres à se mettre sous la dent et qui trouvera une nouvelle fois l’occasion de nous persuader de ses talents récitatifs toujours très appuyés. La création sémantique de « gauche plurielle » restera un clou, l’oxymore de la motion de synthèse anesthésiante, qui donne toute sa noblesse à un fourre-tout bien singulier.
En a t-il fait du mal au pays , ce chef de file de ceux qui deouis 50 ans ruinent la France !
Beaucoup non pas le souvenir de ce bolchevique au soir des élections de 81 qui allait devenir Ministre de l’Enseignement ,il a ouvert la nullité dans l’enseignement ,encore une fois je ne comprend pas que Macron Oblige l’ensemble des Français a rendre un hommage national ,car en plus les 35 heures ont fait perdre a la France une partie de sa compétitivité ce type il faut vite l’oublier comme celui qui est entrain de l’encenser.
Et bien sûr Macron va rendre hommage à l’échec.
Il n’était qu’un trotskiste pratiquant l’entrisme .
Même pas un quart de larme .
Idem
Sa mort , peu me chaut ! (Ne crachons pas sur son cadavre comme l’on fait les gauchistes sur Jean-Marie Le Pen ou Quentin Deranque)
Paix à son âme. Que celui qui ne s’est jamais trompé lui jette la première pierre !
Encore un qui se verra paré de toutes les vertus grâce à son linceul.
on refait pas les faux cul
Premier ministre, il a bénéficié d’une incroyable embellie économique jamais connue depuis. En aurait-il profité pour assainir les finances publiques ? Pas du tout ! À l’inverse ! Pomblant un peu plus les finances avec le retournement de conjoncture qui a suivi…
Tant que ce n’est pas leur fric et qu’ils s’en mettent plein les poches sans aucun contrôle ni responsabilité les choses ne changeront jamais. Il serait temps de les responsabiliser de leurs actes et conséquences sur leurs biens personnels, idem pour la haute publique et les juges qui ne se privent pas de le faire pour les petits entrepreneurs. Désolé mais pour moi ce n’est qu’un monde d’escrocs à col blanc.
Là, on n’aurait plus grand monde à la candidature… quelle qu’elle soit !