[POINT DE VUE] Incarcération de Nicolas Sarkozy : notre Edmond Dantès à nous ?

On a compris qu’il assimilait son destin à celui d’Edmond Dantès, victime des lâchetés des uns, des jalousies des autres
Capture écran  BFMTV
Capture écran BFMTV

Nicolas Sarkozy va être incarcéré, ce mardi, à la prison de la Santé. On a eu du mal à y croire, mais le luxe de détails donnés par les tabloïds du pays ne laisse plus aucune place au doute. La cellule de Sarkozy fera onze mètres carrés. Elle comprendra des toilettes, une plaque chauffante, un lit et un bureau. Il ne pourra pas porter de bleu marine (c’est la couleur des gardiens, rappelle son ami Balkany, ancien taulard lui aussi) ni se parfumer à l’eau de Cologne (les produits alcoolisés sont interdits). La télévision est en option et les quelques numéros qu’il pourra appeler seront sur écoute. On est loin des ors de la République ou du confort de la villa Montmorency, où il résidait en famille depuis son départ de l’Élysée.

Il emporte avec lui le roman de Dumas

Nicolas Sarkozy annonce son intention de rédiger un livre pendant sa détention, qui est censée durer cinq ans. Il emporte avec lui Le Comte de Monte-Cristo, d’Alexandre Dumas, sous couverture souple évidemment, puisque les couvertures rigides lui sont interdites. Pas besoin de sous-titres : on a compris qu’il assimilait son destin à celui d’Edmond Dantès, victime innocente des lâchetés des uns, des jalousies des autres, qui reviendra vingt ans plus tard, richissime et ténébreux, accomplir une vengeance implacable.

Sarkozy, comte de Monte-Cristo ? Voire. Le cliché, bien français, du héros mystérieux qui revient, des années après la déchéance, se venger de ceux qui l’ont trahi est déjà celui de la première vie du Président. Fils d’un Hongrois et d’une Française de confession juive, enfant de divorcés largué dans une bourgeoisie parisienne conformiste et cruelle, adolescent ingrat et pauvre, Sarko, même s’il n’a pas eu une enfance à la Dickens, a eu, pour conquérir le monde, la rage d’un du Guesclin. S’il a moissonné les succès politiques, les amitiés mondaines et les amours flatteuses, c’est peut-être parce que l’idée du coup d’éclat permanent, de la revanche qui n’en finit pas, face à un monde qui s’était jadis moqué de lui, était déjà l’un de ses moteurs. Des convictions, l’homme en eut très peu, à part celle qu’il avait un destin. Ceux qui, à droite, lui prêtent une grandeur antique ont oublié le traité de Lisbonne, le Kärcher™ qui n’arriva jamais, les ministres de gauche et tout le reste. De courage, physique et moral, en revanche, il ne manqua jamais. Comme Antée, frère du cyclope Polyphème dans la mythologie grecque, Sarkozy ne fut jamais aussi revigoré que quand on le jetait à terre.

Reçu à l'Élysée avant la prison

Alors que l’Histoire lui donne la possibilité d’une renaissance romanesque, que fera Nicolas Sarkozy de cette incarcération ? Il a soixante-dix ans. D’un strict point de vue littéraire, on aimerait qu’il soit plus jeune, pour lui laisser l’occasion de méditer l’un de ces déferlements impitoyables de justice immanente, d’actionner l’une de ces mécaniques longtemps réglées dans le secret dont fourmillent les feuilletons du XIXe siècle. Il est cependant plus probable, malheureusement, que l’ancien Président s’attaque à la rédaction de mémoires d’exil, dans le genre gaullien ou napoléonien. Condamné pour n’avoir rien fait (le prononcé du jugement est un trésor d’ignominie soviétique), Sarko a été reçu, vendredi dernier, à l’Élysée par le Président Macron. On ignore ce qu’ils se sont dit.

Les juges rouges aménageront-ils la peine du septuagénaire, comme l’autorise la loi ? Sans doute pas. La gauche est le parti du ressentiment. La joie mauvaise devant l’humiliation des adversaires, l’écrasement des anciens puissants font partie de son ADN vicié. Il n’y a plus qu’à souhaiter bon courage à un ancien Président qui ne méritait pas cela… et à tenter d’espérer que les institutions d’une Ve République moribonde relèvent un peu la tête.

Picture of Arnaud Florac
Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

115 commentaires

  1. Les 3 chefs d’accusation principaux ont dû être abandonnes faute de preuves. Ne pas mettre Sarkozy en prison était impensable pour ces juges « honnetes » qui ne peuvent se permettre de dire (pour qui les prendrait-on ?) « on s’est trompes, il n’y a rien », après 12 ans d’enquêtes, de recherches, des milliers de pages de remplies en vains, des heures de travail de greffiers et le « pognon de dingue » que tout cela à coûté. Comme déjà dit par une magistrate sur une autre affaire politique : « il n’y a rien dans votre dossier, mais ça me ferait mal de ne pas vous. condamner « … ils ne voulaient pas punir un delinquant puisqu’ils n’ont rien trouvé, ils voulaient humilier un homme qu’ils haissent, les juges « intègres ». Ils ont eu la peau de Sarkozy, et se font un peu plus détester… Mais ils s’en moquent. Et le plus écœurant c’est Philippe Bilger sur CNews.

    • Philippe Bilger !!!!! il est celui qui représente toute la honte qu’on éprouve pour la justice
      il me semble qu’il a commencé sa carrière….syndiqué au syndicat de la magistrature
      s’il s’en est écarté officiellement….pour sa carrière…..il n’a pas pu changer radicalement d’idée….et il nous le prouve à chaque fois qu’il intervient sur CNEWS…

  2. Avec empathie pour N.S victime des juges rouges; ceci étant il n’est que l’arbre qui cache la forêt dans une France dictatoriale, devenue dangereuse pour ses propres citoyens. Citoyens qui ont encore le souci de vivre dans un pays digne de ce nom, un pays qui retrouve(ra) sa vraie place dans un monde devenu vraiment fou.

  3. Cnews est en dessous ce matin avec tout ce ramdam. Cnews fait de la désinformation en annnonçant qu’il a sorti des enfants d’une école mais Cnews oublie de dire qu’il a trahi son peuple en 2005 . Images en direct mais sa femme a oublié sa guitare. Ce show est navrant.

  4. La France va aussi bien que durant la révolution : un président en prison, les bijoux de la couronne envolés et les finances exsangues.

  5. Pour paraphraser ce vieux proverbe dont l’origine serait arabe « bats ta femme tous les matins ; si tu ne sais pas pourquoi, elle le sait » on pourrait dire « mets ton Sarkozy en prison; si tu ne sais pas pourquoi, lui le sait »

  6. Que dire de ce triste mélodrame, qu’un chef se concertant avec ses collaborateurs directs constitue selon certains juges une association de malfaiteurs. Donc, pas coupable mais il aurait du l’être. C’est assez original comme manière de raisonner.

  7. « Ceux qui, à droite, lui prêtent une grandeur antique… » Ceux-là, doivent avoir bien des choses en commun avec les 15% de Français qui continuent à apprécier Macron. Il faut n’avoir aucun souvenir des ravages provoqués par cet individu ou en avoir été bénéficiaire pour lui conserver la moindre estime.

  8. Louis XIV Furieux après les Juges il leur dit : Vous êtes une autorité, vous n’êtes pas le pouvoir. Le pouvoir c’est moi ! Il faut passer au-dessus des Juges.
    L’Etat devrait protéger les citoyens des Juges…….. il faut que ça change et les rendre responsables de leurs erreurs ! Ils ne doivent pas être des  »intouchables  » !

  9. Edmond Dantès est un peu exagéré. Je n’ai aucune sympathie pour Sarkozy, qui a trahi et les électeurs et le référendum de 2005. Mais j’aurais préféré qu’il fut incarcéré sur un dossier solide, étayé, avec de vraies preuves.

  10. Il aurait dû prendre la Princesse de Clèves. Mais c’est d’un registre difficile à atteindre pour le « pauv’ con, casse-toi ». 

  11. Un ancien chef d’Etat de droite en taule, la droite devrait bien réfléchir et se rassembler. Les gauchos, ces zigoteaux pas beaux, ces tyranneaux qui ont déjà beaucoup de pouvoir rêvent de museler toute la droite. Ils ne cessent d’exercer leur pouvoir en ce sens. Et ils rêvent d’étendre leur pouvoir. (Une partie de la justice en fait partie).

  12. Certes l’incarcération est brutale, certes la juge a manifesté contre lui, certes les juges ont subi son antipathie en tant que ministre et président, mais la collection des affaires pour lesquelles il a été jugé ou le sera laisse entrevoir une propention à tangenter la ligne droite de la loi. Alors au final, il est rattrapé !

    • Est-ce que ça vaut ce traitement, qui ressort plus de la basse vengeance que de la vrai justice ? Les juges sont si peu sûrs qu’il ne soit pas blanchi en appel tellement le dossier est vide qu’il n’ont été inventer cette « association de malfaiteurs » et ressortir clause « d’exécution provisoire » (qui’n’est utilisée que pour les gens de droite) que pour être sûr de l’humilier. L’appel va peut être trouver qu’il n’est pas coupable, « mais au moins, on se frotte les mains », il aura fait de la taule. Grandeur et décadence de la Justice en France. Quoi qu’il ait fait la « Justice n’à pas été équitablement rendue. Et ce n’est la magistrate qui l’a condamné et qui, en 2011 participait activement à des manif contre lui, ou était adhérente du syndicat qui l’a collé sur le mur des cons qui peut jurer de son impartialité. Come mes voyous de banlieue qui ruent de coup un policier sur le sol, elle s’est réjouie de piétiner un homme à terre. C’est grand.

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Jean Bexon démonte les FAKE NEWS sur la mort de Quentin Deranque au micro de Christine Kelly
Jean Bexon sur Europe 1

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois