[POINT DE VUE] De quoi l’affaire Maduro est-elle le nom ?

Une affaire controversée, et qui fait polémique, opposant légalité et légitimité.
Capture d'écran Fox News
Capture d'écran Fox News

Passée la première stupéfaction, l’affaire Nicolás Maduro a provoqué des hésitations sémantiques, des appréciations militaires, des réactions politiques ou géopolitiques, mais aussi quelques propos se voulant juridiques.

« Capture » et « enlèvement » pour la gauche, « arrestation » pour l'administration américaine

Le vocabulaire est important : d’une part, il relève déjà d’une pré-qualification juridique (voire d’un préjugé) ; et, d’autre part, il imprègne et colorise, souvent pour longtemps, tous les discours tenus sur un sujet donné. Dans la hâte et par facilité, les journalistes, chroniqueurs et politiciens finissent par adopter et figer ce vocabulaire. Et façonner, en catimini, l’opinion. À gauche on trouve beaucoup les termes de « capture » et d’« enlèvement » pour mieux flétrir le procédé. Mais dans l’esprit de l’administration américaine, il ne s’agirait que d’une arrestation, puisqu’un mandat d’arrêt avait été lancé dès 2020 contre Nicolás Maduro, des chefs notamment de narco-terrorisme. En outre, la CPI enquêtait au Venezuela sur les crimes contre l'humanité commis lors des manifestations de 2017.

Même s’il est souvent défloré par le choix du vocabulaire, le fond est le plus important : et le fond, c’est la géostratégie et le droit.

En matière géostratégique, chacun y va de son explication, parfois même complotiste. Sous les discours officiels, on voudrait déceler les « raisons véritables » (sic) de l’arrestation-capture. Le narcotrafic et les 100.000 morts par an de cocaïnomanes aux USA ne seraient pour les complotistes qu’un prétexte. En réalité, le président Trump est accusé de vouloir mettre la main sur le pétrole vénézuélien (premières réserves du monde) et de chasser les Chinois qui peu à peu prennent des positions économiques dominantes en Amérique latine. Et aussi priver l’Iran, la Russie postcommuniste, Cuba d’un point d’appui stratégique sur le golfe du Mexique... Enfin, peut être, de mettre la main sur les systèmes permettant la fraude électorale (les machines Smartmatic, conçues par le Vénézuélien Antonio Mugica). On nage dans les supputations et même le complotisme de gauche, l’anti-atlantisme primaire, traduisant une angoisse, une peur confuse. Pour faire bonne mesure, on suspecte les USA de Trump de vouloir envahir ou annexer Cuba, le Groenland, le Canada. En fait, c’est mal discerner, en « trumpologie », le discours de deal (le fameux push and pull) du programme annoncé qui, lui, est appliqué.

En droit : beaucoup de non-juristes profèrent des réquisitoires au nom du droit international, invoquant pêle-mêle la Charte des Nations unies. Je propose ici, sur ce sujet, deux brèves réflexions en tant que docteur en droit et philosophe. Le droit international est une branche du droit et il répond donc, malgré quelques spécificités, aux fondements philosophiques du droit. Parmi lesquels ce fondement essentiel du droit qu’est le respect de la parole donnée. Si une partie ne respecte pas ses engagements (internationaux), une autre partie ne saurait, évidemment, être tenue de les respecter (c’est l'exceptio non adimpleti).

D‘aucuns invoquent la souveraineté des États mais oublient que les États ne sont que les expressions juridiques des nations. Or, bien au-dessus de la souveraineté de l'État, il y a la souveraineté de la nation : au Venezuela, Maduro a mis la main par fraude et terreur sur l'État et s'en est servi pour martyriser la nation vénézuélienne et tenter de saper les USA par un trafic massif de cocaïne, ôtant toute légitimité à son pouvoir dictatorial. Y avait-il encore un État de droit, au Venezuela ? Chacun sait bien que non : une dictature répressive, une fraude massive aux élections présidentielles, un quart de la population poussée à l’exil en 25 ans et la pauvreté pour le reste, dans un pays pourtant très riche. Maduro était illégitime démocratiquement, recherché pour crimes narco-terroristes contre la population américaine, et il avait délibérément placé son pays hors du droit. On reprochait aussi à Maduro ses liens avec les terrorismes islamiques.

Enfin, la devise de la Charte des Nations unies, c’est « paix, dignité et égalité sur une planète saine ». Et l’article 1er énonce les buts des Nations unies : « maintenir la paix et la sécurité internationales [...] prévenir et écarter les menaces à la paix [...] réprimer tout acte d'agression ou autre rupture de la paix [...]/|...] développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures propres à consolider la paix du monde ; la coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux d'ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire... » Qui, de Trump ou de Maduro, en est le plus proche ?

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 11/01/2026 à 11:51.
Picture of Henri Temple
Henri Temple
Henri Temple est universitaire, juriste, théoricien de la Nation (auteur de :  Essai sur le concept de ‘’Nationisme’’, Sphairôs, 2024)

Vos commentaires

33 commentaires

  1. Le régime Chavisto maduriste a plongé le Venezuela dans la profonde misère. Plus de huit millions de vénézuéliens ont fui, votant ainsi avec leurs pieds. Les assassinats des opposants se sont multipliés, ainsi que les arrestations arbitraires. Les deux dernières élections présidentielles ont été truquées, et pour la dernière les PV fournis par l’opposition ont démontré que l’opposant a maduro avait été élu par 68-% des voix. La communauté internationale n’a pas reconnu la réélection de Maduro. Du point de vue de souveraineté le Venezuela Chaviste s’est donné aux narco trafiquants, aux mollahs iraniens, aux communistes chinois, cubains et nicaraguayens. Tous ceux qui désapprouvent l’action salvatrice de Trump, saluée par une grande partie du peuple et par toute la diaspora, oublient allègrement tout cela.

  2. Evidemment rien à redire, à moins d’être faux derche comme fous les gauchistes (dont Mélenchon mais il n’est pas le seul), à cette analyse parfaitement claire et étayée.

  3. le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes !!!!!! que c’est beau comme formule…..dans une dictature où c’est justement un systéme pour imposer aux peuples ce dont ils ne veulent surtout pas !
    une dictature c’est le droit d’une caste de disposer de tout un peuple par la force

  4. Éternel dilemme entre la loi et l’humanitaire. Un homme peut mettre le feu chez lui, c’est sa maison. C’est le droit. Mais si cet incendie peut se communiquer aux maisons voisines et SURTOUT si l’on sait que sa femme et ses enfants se trouvent dedans qui refusera d’intervenir pour les sauver. Devra-t-on les laisser brûler au non du droit ? Maduro avait parfaitement le droit de faire ce qu’il voulait dans son pays. Mais quand ce pays utilise les moyens de l’état pour devenir narco trafiquant et déverse sa drogue dans les pays voisins, quand on constate que le peuple est brimé, qu’un tiers de la population à du fuir pour ne pas être tuée ét que ceux qui restent sont assassinés, emprisonnés et muselés. Qui doit primer du « droit » ou de l’humanitaire ? Ça devient de la non assistance à personne en danger.

  5. Je n’ai pas d’opinion tranchée sur la capture de Maduro. J’aurais voté Trump si j’avais été citoyen us, mais qqchose me met mal à l’aise sur la méthode, surtout quand il annonce ensuite son projet de conquête du Groënland. On commence par l’Anchluss, on continue avec les Sudètes …, où est-ce que ça s’arrête ?

  6. « au Venezuela, Maduro a mis la main par fraude et terreur sur l’État, Y avait-il encore un État de droit au Venezuela ? Chacun sait bien que non : une dictature répressive, une fraude massive aux élections présidentielles »
    Dans ce cas, que pense M Temple de la france, des EU, de l’UE?…

    « la devise de la Charte des Nations-Unies, c’est « paix, dignité et égalité sur une planète saine  » etc..(je ne vais pas recopier tout le paragraphe)… Qui, de Trump ou de Maduro, en est le plus proche ? »

    Je me pose la question et aurais tendance à écrire = ni l’un ni l’autre!
    Je me demande ce que M Trump a fait pour que les habitants du Donbass aient pu avoir le « respect du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », si le fait de bombarder l’Iran qui n’a rien fait d’autre que d’avoir du nucléaire civil est « réprimer tout acte d’agression ou autre rupture de la paix… »
    Et si les droits de douane augmentés de façon faramineuse correspond à  » la coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux d’ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire.. »

    Certes M Maduro n’a rien fait, mais dans ce cas, ce n’a pas augmenté les problèmes.

    Quant aux problèmes de drogues, j’ai pu constater (oui constater) lors de mon parcours professionnel que le problème des opiacés venait des E.U. et non du Vénézuela, par exemple. Je n’irais pas plus loin, pour cause de modération, la vérité n’étant pas bonne à dire en démocrassie française.

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Vider les églises de leurs trésors à cause des vols, c’est s’adapter à l’impunité
Gabrielle Cluzel sur CNews

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois