[POINT DE VUE] Canicule : quid de la Journée de solidarité, 22 ans plus tard ?

Toutes les générations versent au pot... et l'État empoche.
vieux 3ème âge personne âgée
Photo de CDC sur Unsplash

C’est officiel : il fait chaud. C’est un « épisode de chaleur », qu’on appelait autrefois tout simplement l’été, comme il y a maintenant des « épisodes neigeux » qui portaient autrefois le prosaïque nom d’hiver. La France est en vigilance orange, voire rouge. C’est l’occasion de se souvenir de la dernière canicule à avoir défrayé la chronique, celle de 2003 – et de ses conséquences sur nos « journées de solidarité ».

Dégager de l'argent pour les vieux

À cette époque, Jacques Chirac était président de la République. C’est vous dire si ça remonte. À l’été 2003, du fait des très fortes chaleurs, du fait de la solitude croissante des personnes âgées aussi, plus de quinze mille de nos anciens étaient morts, déshydratés, abandonnés, soumis à des caprices climatiques que la simple solidarité familiale aurait pu leur épargner. Or, comme il était plus simple de dégager de l’argent pour les vieux que de pousser leurs descendants ingrats à s’occuper d’eux, le gouvernement Raffarin décida, en juin 2004, qu’une journée de sept heures serait dorénavant non rémunérée pour les salariés français, tandis que les entreprises devraient verser une contribution financière. En 2006, Dominique de Villepin, qui était alors Premier ministre de la France, jugea que cette journée portait ses fruits, tout en reconnaissant que les résultats concrets « n’étaient pas calculables ». Joli tour de force rhétorique.

La journée de solidarité a maintenant 22 ans, l’âge d’une certaine maturité. Elle rapporte chaque année environ trois milliards d’euros à l’État. On a voulu imposer jadis, dans un élan d’anticléricalisme bien républicain, que cette journée soit celle du lundi de Pentecôte, mais, comme on est en France, on est encore plus bordélique qu’anticlérical et chacun s’arrange un peu comme il veut. Deux points clés nous aident, pour finir ce tour d’horizon, à comprendre à quoi rime cette loi : d’abord, depuis 2013, même les retraités cotisent de manière équivalente aux salariés, via un prélèvement sur leurs pensions ; ensuite, les parlementaires ne sont pas astreints à cette forme de solidarité, car leur traitement est une indemnité, non un salaire. En d’autres termes, cette loi est une gigantesque imposture, qui exclut la représentation nationale et taxe même les vieux, « en solidarité » avec eux-mêmes, on imagine.

Par un effet de cliquet désormais bien connu, il est probable qu’on ne reviendra pas sur cette journée de solidarité qui porte si mal son nom. Trois milliards qu’on pique dans la poche des Français en les faisant culpabiliser, vous parlez d’une aubaine !

Quid de la vraie solidarité entre générations ?

Il reste toutefois une question de fond : la solidarité entre les générations, la vraie, que devient-elle ? Les jeunes gens, de la génération de « Nicolas qui paie », reprochent aux « boomers » leurs « retraites géantes ». La majorité des plus âgés, qui ont l’impression de s’être sacrifiés toute leur vie (mais savent bien que ce n’est pas tout à fait vrai), votent massivement pour Macron afin de préserver leur patrimoine. Il y a une archipellisation des générations comme il y a une archipellisation de la société. Les anciens ont désormais la clim', mais leurs enfants et petits-enfants ne s’occupent pas beaucoup plus d’eux en période de fortes chaleurs. En revanche, pendant ce temps, l’État se sert dans les poches des uns et des autres sans que la situation des personnes âgées n'ait vraiment changé pour autant…

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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

24 commentaires

  1. « même les retraités cotisent de manière équivalente aux salariés, via un prélèvement sur leurs pensions ; ensuite, les parlementaires ne sont pas astreints à cette forme de solidarité, car leur traitement est une indemnité, non un salaire »
    Les pensions sont donc « un salaire » ?? Première nouvelle !

  2. Arnaud Florac merci pour votre article excellent comme toujours. La différence de traitement entre peuple et privilégiés du système existait même sous la révolution sensée abolir les « privilèges ». Ainsi lors de la levée des 300 mille hommes de février 1793 étaient dispensés les municipaux et leurs fils.
    En 1976, hautes températures de mai à septembre ; Raymond Barre, 1er ministre, fait voter l’impôt sécheresse dont le seul impact a été météorologique : il a plu comme vache qui pisse de mi-septembre au début décembre !

  3. Sure que pas un centime n’a été pour les personnes âgées et vulnérable, on fait payer en plus ceux qui bossent mais c’est tout !

  4. C’est la France. En été : « holala y fait chaud… », en hiver :  » holala y fait froid »… En été « holala y pleut pas, les nappes phréatiques se vident »… En hiver « holala y pleut trop y a des inondations »… Se plaindre, encore se plaindre, toujours se plaindre…

  5. Ben voyons, c’est comme pour tout le pignon de dingue qu’on prend aux honnêtes gens. Ou passé ce pognon ? A quoi, ou à qui, sert-il ? Et bizarrement là on ne parle jamais de détournement de fonds publics.

  6. L’hécatombe de 2003 qui s’est abattue sur « les vieux » est essentiellement due à l’abandon de ces derniers par leurs enfants partis …. en vacances !!

  7. Si je me rappelle bien, la vignette auto était aussi pour les vieux. Et ils n’en ont jamais vu la couleur non plus.

    • Excellente analyse qui reflète le rackett voire l’escroquerie de l’état et l’ingratitude des descendants vis à vis de leurs vieux parents qui auront droit à des pleurs d’hypocrites lors de leur mort avant de s’inquiéter de ce qu’il y aurait à récupérer. Solidarité est un mot à rayer du dictionnaire français.

  8. S’il y a une chose dont on ne manque pas en France c’est d’idées pour faire les poches des contribuables

  9. Oh la la ça fait peur, mais rassurez-vous Macron, Van der Layen et Fizer prépare un vaccin révolutionnaire pour ne plus souffrir de la chaleur. Inscrivez-vous et payez d’avance, Il n’y en aura pas pour tout le monde. J’en vois déjà qui court pour recevoir leur dose du produit magique.

  10. On s’en doutait un peu au départ
    Quand l’Etat invoque un motif généreux en faveur de la solidarité, c’est pour nous faire les poches…
    La cause des vieux après 2003 ? Un traquenard bien huilé.

  11. Votre analyse est toujours juste..En effet, je suis à un moment de ma vie, où j’avoue être un peu négligeant à l’égard de mes parents. Mais lucide, je suis aussi conscient que mes enfants le seront bien d’avantage à mon égard, d’ici quelques années. Après la génération « boomers » à laquelle je n’appartiens pas cependant, les générations « nombrilistes » sont en place, et bien en place..Mais de là à voter MACRON, je vous rassure, je ne l’ai jamais fait et ne le ferai jamais.

    • L’exception ne confirme pas forcément la règle mais les chiffres sont là et bien là, les retraités, mais pas qu’eux et dans une large majorité ont permis à Macron d’être élu par deux fois et ça c’est un fait. Et même si la tendance semble s’inverser aujourd’hui, on peut se demander dans quelle escarcelle le vote des retraités va tomber………..

  12. 15.000 morts en 2003, combien cette année ? chirac, raffarin, de villepin sont remplacés aujourd’hui par d’autres tout aussi incapables: macron, bayrou, retailleau ….. C’est la première année que j’entends autant de sirène de pompiers et d’ambulances ! Le s « sansdents se meurent », il est temps de réagir

    • Il me semble pourtant que, s’il y a bien eu un pic de morts à l’été 2003, les statistiques montrerent qu’à l’échelle de l’année, le nombre de morts était resté relativement stable car on en a compté beaucoup moins au 4e trimestre. En réalité, les statisticiens ont montré que les gens décédés lors des pics de chaleur en juillet-août, étaient les plus fragiles qui seraient de toute façon décédés en octobre-novembre. En lissant les chiffres sur une année, on a pu constater qu’il n’y a pas eu d’augmentation notable des décès en 2003. Ce qui n’à pas été le cas des personnes âgées mortes faute de soins et du réconfort de leurs proches lors du COVID, sous le gouvernement d’Edouard Philippe…

  13. Typiquement francais: quand il fait chaud l’été, c’est caniculaire, quand il fait froid l’hiver, c’est polaire!

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