[POINT DE VUE] Bayrou pose la question de confiance : le précédent de 1955

Le 23 novembre 1955 , l’Assemblée refusait la confiance au gouvernement Edgar Faure, qui était donc renversé.
Par Moncef Mestiri — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=15594868
Par Moncef Mestiri — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=15594868

Le Premier ministre va poser la question de confiance alors que rien ne l’y oblige et qu’il sait pertinemment qu’il n’a pratiquement aucune chance de l’obtenir. Il n’y a qu’un seul précédent : le 23 novembre 1955, l’Assemblée refusait massivement (par 318 voix contre 218) la confiance au gouvernement Edgar Faure, qui était donc renversé.

Les deux épisodes sont très similaires : dans un cas comme dans l’autre, le Premier ministre n’était nullement obligé de solliciter un vote de confiance. De plus, les enjeux sont très techniques : le retour au scrutin d’arrondissement en 1955 et, aujourd’hui, l’endettement public excessif. Autre similitude : les articles 49 de la Constitution ont été assez identiquement rédigés sous la IVe et la Ve République ; et, en 1955 comme en 2025, de nombreux députés qui auraient hésité à voter une motion de censure ne pouvaient pas décemment voter la confiance à un gouvernement qui n’était pas de leur bord. Dans les deux cas, on retrouve donc une bonne dose de provocation.

Suicide gouvernemental : mode d’emploi

Reste à analyser les motivations d’Edgar Faure comme de François Bayrou, qui ne sont quand même pas des perdreaux suicidaires de l’année.

Dans le cas de M. Bayrou, il s’agit de tomber à droite pour rebondir en 2027 : il souhaite apparaître comme le successeur de Pierre Mendès France et le fils adultérin d’Antoine Pinay. Il veut être celui qui aura essayé de sauver nos finances publiques, ce qui est faux : son projet de budget ne réduisait le déficit que de 24 milliards d’euros là où il en fallait 90.

Pour ce qui est du précédent de 1955, il faut se rapporter à l’article 51 de la Constitution de 1946. La dissolution de l’Assemblée nationale ne peut être prononcée par le président de la République sur proposition du Premier ministre qu’à une condition très restrictive : il faut que deux gouvernements aient été renversés en moins de dix huit mois… et cela, dans les conditions de l’article 49. Les députés faisaient donc tomber les ministères par d’autres méthodes : rejet de tous leurs projets, démissions successives des principaux ministres, etc.

Mais, le 23 novembre 1955, du fait d’une crise ministérielle récente, les conditions d’une dissolution étaient pour la première fois réunies. Edgar Faure annonça à l’Assemblée : si vous me renversez, je vous dissous - une première depuis 1877 ! Ce message était principalement adressé à Pierre Mendès France, alias PMF, qui était son principal adversaire au sein du Parti radical.

En effet, « cher Edgar » avait remplacé PMF à Matignon lorsque ce dernier avait été renversé le 23 février 1955. Mendès ne l’avait pas digéré et passait son temps, tel un ambitieux aigri, à déstabiliser le gouvernement Edgar Faure qu’il mit en minorité au congrès radical de mai 1955, avant de le faire exclure. La dissolution de l’Assemblée prononcée le 23 novembre 1955 eut bel et bien pour effet de couper les ailes à PMF.

Fin de régime

La suite est connue : les législatives du 2 janvier 1956 amenèrent une vague poujadiste ; et le 1er février 1956, un gouvernement Guy Mollet. Avec des souvenirs cuisants : l’enlisement en Algérie, la journée des tomates, l’humiliant renoncement à Suez et le rationnement de l’essence.

De cette période date l’agonie de la IVe République dont les subtils jeux de pouvoir avaient fini par lasser nos compatriotes : nous sommes certes passionnés par le débat politique, mais nous nous lassons vite des ministères qui occupent le pouvoir et... ne gouvernent pas.

Picture of Pr Jean-Richard Sulzer
Pr Jean-Richard Sulzer
Agrégé des Facultés de l'Université Paris Dauphine. Président du Cercle national des économistes

Vos commentaires

20 commentaires

  1. Bayrou a de bonnes idées mais je crois qu’il s’y prend mal. –
    Par exemple : il envoie 2 lettres de recadrage à « nos partenaires sociaux » … sensés nos représenter. -Nous ne pouvons pas dire que depuis qu’ils font partie des négociations : La France avance. –
    Au contraire, elle recule… sauf pour certains … dont eux.

    C’est pourquoi nous devrions demander à Monsieur Bayrou, notre Premier Ministre, –
    De bien vouloir nous donner un accès direct à ces lettres pour voir : –
    -comment elles ont été formulées –
    – Comment elles vont être interprétées, et –
    – Où ils (Ces adversaires syndicaux) vont se défiler en refusant de prendre leurs responsabilités.

    Ne pensez-vous pas qu’il est temps de les sortir du jeu de la Démocratie ?
    Merci de votre attention

  2. Il donne tout simplement sa démission ! Il en a marre, il va avoir sa retraite de 1er ministre puisqu’il a fait le temps minimum. Il veut juste se casser et peu importe si il met la France entière dans la merde. C’est ça les hommes politiques en France, ils en ont rien à foutre du pays, ils sont juste là pour prendre du fric et le travail qui rapporte le plus en faisant presque rien c’est politicien. Après on s’étonne que le pays part en cacahuète et que la fraude est une norme? Ne cherchez pas pas, les politiques nous montre l’exemple et spéciale dédicace à toutes les gauches qui eux sont les champions

  3. Le fond de l’article est éminemment documenté et il convient de reconnaître sa qualité. Il n’empêche, pour compléter, on peut ajouter 2 commentaires. Lorsqu’ils se sont retrouvés dans une situation similaire à celle de Bayrou aujourd’hui, en tant qu’occupants de Matignon, Edgar Faure tout comme Pierre Mendès-France n’avaient pas 50 ans. Monsieur Bayrou en a 74 ! Son avenir est derrière lui. Cela se confirmera d’ici quelques jours. Ensuite, quelle que soit l’opinion que l’on peut avoir sur l’un et l’autre, Faure et Mendès-France n’avaient pas d’ambitions personnelles, mais pensaient simplement à la France. Qui peut croire que cette belle motivation est aussi celle d’un « carrièriste » comme Monsieurt Bayrou ? Les circonstances paraissent similaires. Mais les contextes sont totalement dissemblables.

  4. Il faut se rendre à l’évidence, si on veut vraiment un total changement, remettons tout à plat en passant à la 6ᵉ république, pour la Vᵉ est morte.

    • Tout le monde parle de VI république, je veux bien mais en quoi elle consisterait ? Le premier à en parler fut melanchon, alors comprenez mon scepticisme !!!
      Si c’est pour supprimer tous ces conseils, comités onéreux, diminuer le nombre de députés et sénateurs , car ils sont trop nombreux pour ce qu’ils font, quand ils sont présents et quand on voit ce qu’ils nous coutent , pour un député j’avais lu 22.000 euros, entre les assistants , les diverses enveloppes, c’est ahurissant et honteux, plus leurs avantages, trajets sur la SNCF, et autres, pour les sénateurs désolée je n’ai pas les chiffres mais ça doit être équivalent voire plus
      Ne pas oublier qu’ils se sont augmentés de 500 et 700 , A S et Sénat, et nous sur les pensions on a tout juste 20 euros d’augmentation, l’an prochain si on s’en tenait au budget de bayrou(desecours), aucune augmentation pour les retraités et sans doute les pension d’invalidité , ce n’est pas un plaisir d’être handicapée !!! Et abattement de 10% supprimés pour les retraités
      Donc qu’on fasse un grand ménage et là on pourra faire la VI ème république
      Revoir aussi le découpage des circonscriptions toujours favorables à la gauche, pourquoi autant de députés LFI dans le 93 entre autres ?
      Ne mettre que deux députés par département serait entièrement suffisant
      Cela nous ferait faire des économies en plus
      Ne plus mettre des partis qui font peu dans les urnes à des postes importants
      Supprimer des ministères qui ne servent à RIEN sinon faire plaisir aux copains, (écologie par exemple) et d’autres dont j’ai découvert à mon grand désarroi l’existence, en plus des « doublons », resserrer le nombre de ministère c’est faisable et ça ferait des économies
      Faire un ministère de la remigration et des fraudes sociales et fiscales, en supprimant tous ces comités inutiles et mettre les fonctionnaires à ces postes de traque des fraudes, avec salaire au smic et prime pour chaque fraude découverte et montants revenant dans nos caisses, ils seraient bien motivés !!

      • macron a dénaturée la 5ème république (il n’a plus de majorité, il part) comme sarkozy (référendum de 2005 sur la constitution européenne refusée par le peuiple – et traité de lisbonne)
        la constitution a été établie pour des hommes d’état par des hommes d’état.
        Les freluquets politicards n’ont en rien respecté l’esprit et l’honneur qui la préside
        la 5ème est très bien mais ce sont ceux qui sont chargés de la rerspecter qui ne sont pas la hauteur
        ne confondons pas

  5. Merci de ce rappel. On voit là les défauts de l’excès de démocratie. En Russie, en Turquie, en Chine, et maintenant aux States, la démocratie y est plus dirigiste et permet d’avancer plus efficacement.

  6. si la RN arrive en tête que pourra-t-il faire contre les traites de gauche –
    Le + important c’est de changer de système de gouvernance –
    et de leur retirer tous leurs moyens de nuisance. –
    La Vème est morte … Vive le VI ème….. surtout pas celle de Mélenchon.

  7. Antisysteme voit juste : Bayou va prendre une retraite enviable et renflouer son élevage en perdition.

    • Chaque dissolution va couter 3 milliards à la France et la fin le FMI va dicté au président ce qu’il faut faire (Grèce) et çà fera très mal à tous les niveaux.

  8. Bayrou joue hypocritement son rôle pour partir avec les honneurs d’un pauvre calimero politique et surtout toucher au maximum les avantages et les privilèges que la république française va lui octroyer. Profiteur un jour Profiteur toujours. Le vrai changement sera l’abolition de tous ces privilèges attribués de manière exorbitante à tous ces politicards devenus les Gamellards de la république.

  9. bayrou n’avait qu’une seule idée: tenir six mois et un jour, pour bénéficier des avantages indus de la fonction !

    • Parce que ces gens là, m’sieur, peuvent cumuler, eux… La carrière de Bayrou, c’est « à la godille » : un coup à droite, un coup à gauche. Il a commencé avec le centriste Lecanuet, puis il est passé a l’UDF, se fait élire en 86 sur une liste RPR, travaille avec Philippe Seguin, revient au CDS, se présente aux election européennes de 1989 sur une liste contre le RPR et l’UDF, puis passe à l’UDF dont il devient le secretaire general, qu’il quitte bientot pour retourner au CDS où il se fait elire Président, avant de soutenir Balladur (RPR). En 2006 il votera, avec la gauche, une motion de censure contre la droite. En 2007 , à l’élection presidentiel candidat contre Sarko, il est soutenu par une partie de la gauche… il n’en fini pas de zigzaguer pour exister. Ancien ministre (2 fois), président de communauté d’agglo, maire de Pau, ancien haut commissaire au plan, ancien député, ancien député européen, ancien president de Conseil général, et bientôt ancien premier ministre… avec le cumul de toutes les retraites acquises au cours de ce chemin plus que sinueux et les avantages conférés par sa dernière fonction, il peut partir en retraite sans soucis du lendemain et continuer à dire que le « boomers » qui eux ont,réellement travaillé à la reconstruction de la France d’après guerre sont de vilains profiteurs….

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