Palestine : ces chrétiens dont personne ne parle
« Pas un journaliste ne parle de Taybeh » alertait Terre Sainte.net. dans un article posté le 27 juin. Depuis la situation ne semble guère s'apaiser. Ce 8 juillet, dans un communiqué commun adressé aux médias arabes, les prêtres des trois confessions chrétiennes de la petite ville - grecque orthodoxe, latine et grecque-catholique melkite - appellent « les Églises à travers le monde, les diplomates en poste à Jérusalem et en Palestine et les organisations internationales à sortir de leur réserve » concernant les « série d'attaques menées par les colons israéliens contre leur village, ses habitants, ses terres agricoles et ses lieux saints » parmi lesquels « l'incendie provoqué le 7 juillet aux abords du cimetière et de l'église Byzantine Saint-Georges ». Quelques jours avant, BV avait pu joindre le père Bachar, curé de l'église catholique romaine de Taybeh qui témoignait d'autres violences commises dans la nuit du 25 au 26 juin : « les colons israéliens ont incendié les maisons à l'entrée du village près du rond point de Karamelo; ce n'est pas la première fois que l'occupation attaque les maisons des habitants ».
Une situation devenue insoutenable pour les 1 300 habitants de cette dernière localité entièrement chrétienne de Cisjordanie, située à 30 kilomètres de Jérusalem et placée sous contrôle de l'Autorité de Palestine. Qui devrait être un symbole pour les chrétiens du monde entier car Taybeh a connu le passage du Christ et de ses disciples avant sa Passion. Seules, les associations de défense des chrétiens d'Orient - parmi lesquelles L'Oeuvre d'Orient - relaient l'information.
Témoignage du Père Bashar sur l’attaque de Taybeh
Le Père Bashar, prêtre de Taybeh en Cisjordanie, témoigne des violences perpétrées par des colons israéliens contre son village chrétien. pic.twitter.com/3vHxtnK6u2— L'Œuvre d'Orient (@OeuvredOrient) June 26, 2025
La tension est à son maximum
En Palestine, les chrétiens victimes collatérales et oubliées du grand conflit israélo-palestinien vivent en réalité depuis des années sous pression constante, prises en étau entre expansion israélienne et attaques dramatiques que l'on sait. Le drame du 7 octobre n'a rien arrangé. Car depuis « Israël montre ses muscles, la tension est à son maximum » selon l'expression de Thomas Oswald, responsable de l'information pour l'AED que BV a interrogé. Pour le père Bachar : « les colons sont présents dans notre région depuis les années 1970. Ils ont occupé les terres du peuple de Taybeh et y ont construit des colonies : Ramonim, Ofra, Kokop HaSab et Amona, en plus d'une nouvelle colonie en construction » . Dans un entretien donné en 2022 à l'AED , Mgr William Shomali, alors vicaire général du Patriarcat latin de Jérusalem évoquant ce « mouvement de judaïsation qui existe depuis la guerre des 6 jours (5-10 juin 1967 ndlr) et se poursuit » expliquait : « les chrétiens de Terre sainte continuent à vivre la même situation qu’il y a 75 ans, avec les hauts et les bas de la politique locale et internationale ».
« En Palestine, l'hémorragie des chrétiens se poursuit depuis plus d'un siècle »
Extrêmement minoritaires dans cette partie de l'Orient (moins de 2 % de la population), ils seraient aujourd'hui 175 000 chrétiens répartis essentiellement en Cisjordanie ou sur la bande de Gaza et à Jérusalem. Une population en décroissance dramatique : « l’hémorragie des chrétiens se poursuit depuis plus d’un siècle : ce sont pour les mêmes raisons politiques, économiques et sociales » expliquait Mgr Shomali à l'AED. En raison, d'abord d'un exode massif dû aux conditions de vie extrêmement difficiles : « le malheur de tous les chrétiens dans ces régions là, est que c'est pratiquement impossible d'avoir une vie normale : les seuls travaux rémunérateurs qui nécessitent le moindre déplacement sont très compliqués du fait des checks point et des franchissements de frontières, la vie de famille y est très difficile d'autant que s'ajoutent des coupures d'eau régulières notamment à Taybeh décidées par le gouvernement israélien » précise Thomas Oswald à BV. D'autres raisons plus sociologiques et religieuses expliquent aussi ce déclin démographique que l'on découvre sur le site CPJMO (pro palestinien) dans un article consacré aux chrétiens. : « les taux de natalité moins élevés chez les chrétiens que chez les musulmans et les juifs » couplés au fait que « les unions interreligieuses entre chrétiens et musulmans donnent lieu généralement à une augmentation de la population musulmane ; lorsqu’un musulman épouse une chrétienne, en vertu de la loi islamique, leurs enfants sont considérés comme musulmans tandis que les musulmanes ne sont pas autorisées à épouser des non-musulmans ».
Sous la pression d'une ennemi commun
Du fait de cette souffrance partagée engendrée par l'expansionnisme israélien et parce que les chrétiens étaient « à Gaza avant l'arrivée de l'islam », des liens étroits se sont noués au fil du temps avec les palestiniens musulmans. Thomas Oswald nous le confirme : « même s'il ya d'énormes différences entre les populations chrétiennes et musulmanes, elles ont le sentiment d'être sous la pression d'un ennemi commun ». À Gaza, où demeurent environ 500 chrétiens - toutes églises orthodoxe, catholique, arménienne... confondues - la petite paroisse de la Sainte Famille maintient une école dans laquelle les enfants musulmans peuvent aller et organise le partage de distributions alimentaires. Selon Thomas Oswald, là-bas « la crainte de la communauté chrétienne présente depuis très longtemps serait de devoir partir à d'autres endroits où elle ne connaitrait pas la population musulmane et où cela pourrait mal se passer ».
Des alliances de circonstance donc - « beaucoup de palestiniens ne se reconnaissent pas dans le Hamas » précise Thomas Oswald- mais sans nul doute fragiles difficilement imaginables côté occidental tant le prisme idéologique de la gauche soutien fervent du Hamas confisque le récit palestinien en le retournant en sa faveur.
« Nous résistons par notre foi »
Mais ces chrétiens là, viscéralement attachés à leur terre - « sinon ils seraient partis depuis longtemps » précise le journaliste de l'AED - n'ont pas le sentiment qu'ils ont un rôle politique à jouer : ils veulent rester des témoins. Sans milice pour les défendre, sans parti politique pour les représenter, sans médias pour les relayer, -l es massacres de chrétiens n'intéressent personne - ils sont, comme tous leurs frères d'Orient, les grands oubliés. Malgré tout, ils ont un message à faire passer : « priez pour nous et revenez nous voir ! Vous n'êtes pas seulement des touristes, vous êtes des témoins de l'Église universelle et nous des pierres vivantes ». À Jérusalem, les activités touristiques et le retour des pèlerinages nécessaires à la survie économique des habitants sont encore bien timides. À Taybeh, le père Bachar ne désarme pas : « Nous vaincrons par l’espoir. Nous sommes des chrétiens palestiniens. Nous résistons par notre foi ».
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32 commentaires
La CNDA, a décrété que tout palestinien, aura d’office droit d’asile, on va encore avoir le haut du panier
N oublions pas qui a condamné le christ à être crucifié
Les israéliens n ont que faire des chrétiens ; ils ont soutenu le régime de
l Azerbargian qui organisait des masacre de chrétiens; je ne voit pas pourquoi nous soutenons sans condition Israël.
Quelle était la population qui vivait dans ces pays avant que l’Islam soit inventé? Avant le 7° siècle?
C’est à la papauté d’avertir et de tout faire pour que cette horreur des crimes commis sur les Chrétiens soient
dénoncés et que les auteurs soient jugés.
Allo léon ?
Pousse-toi que je m’y mette… La religion chrétienne est bien plus ancienne que la musulmane, mais il ne faut surtout pas dire qu’elle est persécutée dans le monde entier, même là où le Christ a vécu.
De toute façon la souffrance des Chrétiens dans certains pays n’intéresse personne !!
Au Nigéria, massacres toutes les semaines, Pakistan ils sont traqués et s’ils ne veulent pas se convertir, supprimés, en Syrie ça ne va pas être mieux, bref la communauté la plus exposée au monde et personne et même le Vatican ne dit mot, c’est désespérant