Municipales : un « Malien » élu à la mairie de Saint-Denis ?

Pour SeneNews, média sénégalais, la victoire de Bally Bagayoko est une « conquête » hautement symbolique.
@JULIEN DE ROSA / AFP
@JULIEN DE ROSA / AFP

Une victoire aux allures de prise de guerre. Dimanche 15 mars, le candidat LFI Bally Bagayoko a remporté l’élection municipale à Saint-Denis avec 50,8 % des voix. Cet ex-basketteur de 52 ans est parvenu à ravir la ville au Parti socialiste dès le premier tour. Une performance qu’il s’était donnée comme objectif, quelques jours avant le scrutin : « Le 15 mars, nous pouvons gagner, et nous allons gagner ! », prédisait-il, mardi, à l’occasion d’un meeting avec Jean-Luc Mélenchon. Quelques instants après son sacre, le nouveau maire a été porté en triomphe dans l’une des salles de l’hôtel de ville sous les acclamations de ses soutiens.

La France insoumise a remporté la mise alors qu’elle affrontait quatre listes de gauche et d’extrême gauche. Deuxième au classement, le maire socialiste sortant Matthieu Hanotin n’a recueilli que 32,7 % des suffrages. Loin derrière suivent Elsa Marcel pour Révolution permanente avec 7,12 %, Pascal Kouppé de Kermartin (UDI) avec 3,54 %, le centriste Quentin Gutierrez avec 3,45 %, Lutte ouvrière représentée par Agnès Renaud avec 1,50 % et, enfin, Jérémie Daire (extrême gauche) avec 0,91 %.

Sans appel, la victoire de Bally Bagayoko ? Il faut nuancer. La participation à ce scrutin a été historiquement faible - 15 points sous la moyenne de participation à une élection municipale entre 1959 et 2014 – de manière générale en France, mais en particulier à Saint-Denis : 42,8 % de participants seulement. Le candidat d’extrême gauche a ainsi été élu par 13.500 résidents d’une ville qui se targue par ailleurs de compter plus de 150.000 habitants…

La victoire du communautarisme

Dans l’euphorie de la victoire, M. Bagayoko a tenu quelques propos fort instructifs. Il a vanté les mérites des populations immigrées vivant à Saint-Denis – « celles et ceux qui ont quitté des continents énormes pour pouvoir bâtir une société humaniste » - et a exclu toute « gentrification » de la population locale. Interrogé plus tard sur l’expression « nouvelle France » largement employée par des élus LFI, l’édile n’a pas tergiversé : « Ce sont celles et ceux qui sont héritiers de l’immigration », a-t-il affirmé, sur RMC, ce mardi matin. Est-ce donc le sens de cette élection ? La victoire des communautés importées sur le peuple historique ? Il faut croire que oui.

Certains médias étrangers vont même plus loin et voient dans le succès de Bally Bagayoko la prise de pouvoir d’un Africain en France. « Municipales à Saint-Denis : le Malien Bally Bagayoko élu maire dès le premier tour », titre ainsi SeneNews, média « n° 1 de l’actualité sur Mobile au Sénégal ». Dans l’article en question, le candidat LFI n’est pas présenté comme un Français mais comme un « Malien » dont la « conquête » de la plus grande ville d’Île-de-France derrière Paris représente « un symbole politique important ». On ne saurait mieux dire.

Il est sûr que la dimension ethno-culturelle de sa candidature est difficile à ignorer. On se souvient du discours que Sébastien Delogu avait donné en décembre 2025, alors qu’il était venu spécialement à Saint-Denis pour appuyer la candidature de la tête de liste LFI locale. « Vous avez aujourd’hui une opportunité en or qu'enfin un racisé dirige cette ville et fasse en sorte que le réel peuple de France reprenne le pouvoir ici », avait-il lancé, devant un public acquis aux thèses racialistes.

Le fruit du basculement démographique

Face à cette nouvelle donne identitaire qui pèsera de manière croissante à chaque élection, certains préfèrent mettre la tête dans le sable. « Comment expliquer la percée historique de La France insoumise au premier tour des municipales ? », se demande, en vain, France Info, qui énumère à peu près toutes les explications secondaires (la multiplication des réunions publiques, la diabolisation de LFI après la mort de Quentin Deranque, une forte mobilisation des jeunes) mais évite soigneusement la raison première.

Et si les bons scores de LFI à Saint-Denis, Roubaix ou La Courneuve étaient liés à l’augmentation de la population d’origine étrangère qui y réside ? Et si le « Grand Remplacement » vanté par Jean-Luc Mélenchon était une réalité qui avait des conséquences, non seulement en matière d’insécurité, mais aussi sur le plan électoral ? Allez savoir.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

11 commentaires

  1. Je suis Belge blanc.
    Autrefois j’étais Belgo Zaïrois (né au Congo avant qu’il s’appelle Zaïre) mais quand le Zaïre est redevenu le Congo ces gens ont saisi l’ occasion de « déblanchir » leur terre et m’ont retiré ma nationalité congolaise
    J’ai longtemps mieux parlé Kikongo et lingala que le français ( je suis – au départ – flamand de langue familiale en dépit de mon patronyme francophone).
    Aussi simple que cela : tu te réveilles et tu n’es plus chez toi dans le pays que tu as toujours connu.
    Puis tu subis une série de tracasserie, puis tu apprends que tu as sept jours pour quitter le territoire sans quoi c’ est l’incarcération pour chaque membre de la famille sans égard pour l’âge.
    Pas de pitié : il faut serrer tous les boulons !

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