[MUNICIPALES] Toulouse : François Piquemal, un profil radical aux portes du Capitole

Dans la ville rose, le candidat LFI interpelle : parcours militant, entourage controversé et fractures à gauche.
Capture écran LFI
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20h01, dimanche soir. À peine les résultats du premier tour connus, la machine à fusion de la gauche se met en marche. À Toulouse, elle ne traîne pas. 37,23 % pour Jean-Luc Moudenc. 27,56 % pour François Piquemal. 24,99 % pour François Briançon. Le premier tour a tranché : seule une union peut faire basculer Toulouse.

Officiellement, il ne s’agit que de « fusions techniques locales », selon Olivier Faure. Mais à Toulouse, la technique a bon dos. « Si j’étais habitant à Toulouse, je voterais François Piquemal », assume-t-il désormais sur France 2.

Derrière cette ligne, un accord limpide : la mairie pour Piquemal, la métropole pour Briançon. Un partage de pouvoir net. Sans détour. D’ordinaire, les socialistes se vendent pour un plat de lentilles. À Toulouse, à voir les départs en cascade et le profil du candidat Insoumis, le plat semble particulièrement indigeste.

Un militant avant d’être un maire

François Piquemal n’est pas un candidat de compromis. C’est un militant. Ancien du DAL (Droit au logement), il s’inscrit dans une tradition d’activisme revendiqué. Il défend la réquisition des logements vacants comme l’avait révélé Boulevard Voltaire à l’été 2025, une ligne de contrainte radicale qui interroge sur sa conception de l’action publique.

Son parcours le confirme. En août 2023, il s’affiche publiquement aux côtés du rappeur Médine, au cœur d’une polémique après un tweet antisémite visant Rachel Khan et de l'épisode du jet de fléchettes sur des élus. Un choix qui avait déjà suscité des critiques.

En septembre 2025, il participe à la flottille pour Gaza. Ce positionnement alimente aussi des critiques plus politiques. Dans un entretien accordé à Boulevard Voltaire, le candidat RN et eurodéputé Julien Léonardelli alerte sur « le danger que représente La France insoumise notamment sur l'antisémitisme », rappelant qu’il s’agit « d’une ville qui a connu de nombreux actes antisémites et notamment les assassinats à l’école Ozar Hatorah ». Il pointe également les positions de François Piquemal : « Il s’affiche avec le drapeau palestinien devant le Capitole […] et souhaite remettre en cause le jumelage de Toulouse avec Tel-Aviv. »

@francois_piquemalNous suspendrons le jumelage entre Toulouse et Tel Aviv aussi longtemps qu'Israël ne respectera pas le droit international. *Petite correction suite à la publication précédente, il s'agit bien d'une suspension et non d'une suppression, comme le mentionnait correctement la description. Et en cas de doute, retrouvez notre programme complet sur piquemal2026.fr/le-programme/ 😉♬ son original - François Piquemal

Autant d’éléments qui, dans une ville encore marquée par les attentats de Mohamed Merah, nourrissent les inquiétudes d’une partie de la population, notamment d'origine juive. Piquemal ne compose pas. Il assume.

Une liste qui alimente les doutes

Autour de lui, la composition de la liste renforce encore les interrogations. Selon les enquêtes du média Frontières, Alice Çelik s’est distinguée par des prises de position militantes très marquées sur des sujets identitaires. Anissa Benyoub est, elle, pointée pour son soutien à une association qualifiée d’islamiste et pour des propos contestant ou minimisant certaines accusations d’antisémitisme.

D’autres profils comme Hadrien Clouet ou Ismaël Youssouf-Huard complètent une équipe qui donne le sentiment d’un engagement idéologique assumé, voire revendiqué.

Une alliance qui fracture la gauche

Dès lors, la fusion avec le Parti socialiste ne pouvait qu’exploser en vol. Les départs se multiplient. Dans La Dépêche du Midi, un colistier socialiste démissionnaire dénonce « l’antisémitisme que l’on n’efface pas par une tractation électorale ». Dans Actu Toulouse, plusieurs membres refusent « la compromission » et dénoncent une alliance « contraire à [leurs] valeurs ». Le PRG quitte lui aussi la coalition. La rupture s’élargit encore. Le Mouvement républicain et citoyen (MRC) a, à son tour, acté sa sortie de la liste fusionnée, refusant de s’inscrire dans cet accord avec LFI.

Mais la charge la plus directe vient de Jacques Lévy, ancien candidat socialiste face à Dominique Baudis, qui dénonce à l’attention de François Briançon : « Tu laisseras le souvenir d’une trahison à nos valeurs. Le courage n’est pas une obligation, mais il élève celui qui le pratique. » Le contraste est saisissant. Il y a trois semaines encore, le candidat socialiste dénonçait les « sous-entendus qui réveillent les pires imaginaires antisémites » de Jean-Luc Mélenchon. Aujourd’hui, il s’efface derrière un candidat LFI, proche du leader maximo d’extrême gauche.

À ces tensions s’ajoutent des divergences de fond. Sur les grands projets structurants, l’accord apparaît fragile. « François Piquemal est clairement opposé à la LGV [Bordeaux-Toulouse], François Briançon est clairement favorable à la LGV », souligne Julien Léonardelli. Un désaccord majeur, révélateur d’un attelage dicté par les circonstances plus que par une vision commune du développement toulousain.

Une inquiétude qui dépasse Toulouse

Le malaise dépasse désormais le cadre politique local. Dans Le JDD, Manuel Valls appelle à faire barrage à cette alliance et tranche, y compris en votant pour le candidat de droite : « La France insoumise joue avec les braises de l’antisémitisme. »

Dans le même temps, le monde économique se mobilise. La CPME de Haute-Garonne appelle à voter Jean-Luc Moudenc. Le MEDEF exprime également ses inquiétudes en cas d’arrivée d’une liste conduite par LFI au Capitole. Dans une ville structurée par Airbus, il alerte sur « les usines et les emplois qui pourraient filer à Hambourg » (La Dépêche du Midi).

Ce climat est palpable jusque sur le terrain. « On sent une crainte réelle de la victoire de La France insoumise », observe Julien Léonardelli, évoquant une mobilisation électorale et économique face à cette hypothèse.

Une victoire à quel prix ?

À Toulouse, la gauche a choisi de s’unir pour gagner. Mais à mesure que le second tour avance, une autre question s’impose : gagner, oui… mais à quel prix ? Reniements, départs, accusations graves, profils controversés : jamais une « fusion technique » n’aura autant ressemblé à un saut dans l’inconnu.

Et au bout de cette équation, un nom : François Piquemal.

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire I Le réél finit toujours par s'imposer I Suivez-moi sur X : @YannMontero

Vos commentaires

2 commentaires

  1. Capitale mondiale de l’aéronautique, titre largement convoité par Hambourg… si lfi passe, les allemands vont pouvoir se réjouir et Toulouse sombrer sans la misère.
    Merci messieurs les socialos, ouvrez un dictionnaire et cherchez la définition du mot honneur…

  2. Un conseil si vous habitez Toulouse. Sortez votre argent et votre immobilier de la ville. D’ailleurs, ce conseil ne concerne pas que Toulouse ; il s’applique à la France entière. Il n’y a plus rien à espérer des français. J’ai compris cela lors du covid (je n’aurais jamais cru que les français se soumettraient au pass avec un tel empressement, juste pour rester dans la norme) et cela se confirme de jour en jour. la norme en UE ressemble de plus en plus à ce que fut l’ ex URSS…elle tend irrésistiblement vers ça et la masse suit au nom de la bien-pensance. On parle de LFI mais Bardella fait peine à voir. Il a un discours qui ressemble de plus en plus à celui de Macron en 2017. Ça sonne faux et c’est assourdissant.

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