[MUNICIPALES] Macronisme ou union des droites ? À Nice, le choix fatal de Christian Estrosi

Lâché par Bruno Retailleau, le maire sortant de Nice est soutenu par Xavier Bertrand et Gérard Larcher. Tout un symbole.
Copie écran France TV
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À Nice, Christian Estrosi fait feu de tout bois pour rattraper son retard. Mais le maintien de la liste de gauche rend la remontada particulièrement ardue, alors qu’Éric Ciotti l’a devancé de plus de douze points au premier tour. Dans un des bastions traditionnels de la droite, Christian Estrosi a choisi, avec l’énergie du désespoir, de s’adresser aux « électeurs de gauche » et aux abstentionnistes. Celui qui dirigea Nissa la Bella durant 18 ans fait marcher à plein régime le « barrage contre l’extrême droite » pour éviter à « sa ville » de « plonger dans le précipice ». Son adversaire ? Pour en parler, il n’utilise plus que le sobriquet menaçant de « lieutenant de Madame Le Pen ».

Christian Estrosi a choisi son cheval depuis plusieurs années : le grand centrisme, incarné par Emmanuel Macron et son ancien Premier ministre Édouard Philippe. Après avoir été un des plus fervents supporters du premier, l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy a choisi de suivre Horizons, le parti du second. Dans cet âpre combat pour un quatrième mandat, Christian Estrosi avait même obtenu le soutien du parti LR. Mais coup de tonnerre, ce mercredi 18 mars : Bruno Retailleau a refusé de renouveler le soutien de son parti au maire sortant à cause des « appels à la gauche et au communautarisme » de celui-ci et du « climat délétère » de la campagne niçoise.

Le macronisme en cheval de bataille

Alors qu’Éric Ciotti s’engouffrait dans cette brèche, remerciant le président des LR de « retirer son soutien au candidat macroniste », c’est tout l’écosystème parisien qui s’est insurgé. Michel Barnier a pris l’exact contre-pied de l’ancien ministre de l’Intérieur pour réaffirmer, sur X, le soutien de sa « famille politique » à Christian Estrosi.  « Nous l’avons soutenu au premier tour, nous le soutenons sans ambiguïté au second tour », a écrit l’ancien Premier ministre. « Des repères fondamentaux disparaissent », s’est ému Gabriel Attal, alors que Jean-François Copé et Xavier Bertrand se sont empressés de voler au secours de l’homme que les Niçois appellent volontiers « Estro ». Le président de la région Hauts-de-France a reproché à Bruno Retailleau « d’apporter insidieusement son soutien à Éric Ciotti », pendant que Gérard Larcher, le président du Sénat, rappelait que « l’accord politique entre les familles de la droite et du centre doit être respecté ».

« Aujourd’hui, il y a un rejet important du macronisme, souligne, auprès de BV, le sénateur LR des Alpes-Maritimes Henri Leroy, je ne suis pas convaincu que les propos de Gérard Larcher ont un impact sur l’électeur. » Voilà certainement une des principales clefs de ce scrutin niçois. Et cela saute aux yeux dans cette séquence : tout ce qui s’apparente de près ou de loin à la Macronie vieillissante vole au secours de Christian Estrosi. Tout ce qui provoque, justement, un profond dégagisme chez les Français qui penchent, comme le démontrent les études d’opinion, de plus en plus à droite.

L'union des droites traditionnelle et nationale

Éric Ciotti a choisi la stratégie parfaitement inverse. Celle de s’allier à Marine Le Pen et au Rassemblement national en 2024, en affichant son souhait de créer une union des droites, dont il tirera le nom du parti politique qu’il fondait dans le même temps. En fédérant la droite traditionnelle et la droite nationale, Éric Ciotti a épousé une stratégie électorale en passe d’être gagnante. Et le succès est éclatant dans les Alpes-Maritimes, qui était la fédération LR la plus importante, en termes d’adhérents, après Paris et les Hauts-de-Seine. « À Nice, Éric Ciotti fédère l’électorat de droite traditionnelle qui votait Jacques Peyrat et celui du RN », analyse Henri Leroy. Au premier tour, Éric Ciotti a dépassé les 43 %.

Outre le positionnement politique, plusieurs dossiers compliqués sont venus perturber cette fin de campagne. Christian Estrosi et son épouse ont été entendus, ces derniers jours, comme témoins et victimes dans l’affaire de la tête de porc qui défraie la chronique dans la cité méditerranéenne. Il y a une semaine, Nice-Matin et Mediapart dévoilaient la désastreuse gestion du Grand Prix de France du Castellet épinglée par la chambre régionale des comptes. En quatre ans d’existence, le groupement d’intérêt public que présidait Christian Estrosi affiche 28 millions de pertes nettes, alors que 102,9 millions d’euros étaient engloutis dans le Grand Prix. Éric Ciotti, lui, se permet le luxe de décliner le débat du second tour. « Il est sur la bonne pente, inutile pour lui de s’exposer », nous explique un fin connaisseur des milieux politiques maralpins. Deux personnalités, deux stratégies politiques. Dans quatre jours, les Niçois trancheront.

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Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

97 commentaires

  1. Les 2 éléphants LR, l’un du haut de son fauteuil perché, l’autre du haut de la France ! Mais qu’ils continus d’hiberner ! Ils sont loin de nos problèmes ! Ils ne parlent que pour dire des ………….es ! Ils finiront au musé de la préhistoire et seront très vite oublié n’ayant jamais rien créer !

  2. Christian Estrosi n’est pas fondamentalement mauvais, car c’est un motard et même ancien champion de moto, signe d’un courage caractérisé.
    Au-delà de l’usure du pouvoir, ce qui pèse aujourd’hui c’est son ralliement au macronisme qui ne veut plus rien dire.
    Ainsi Gérard Larcher illustre cette trahison qui sera probablement sanctionnée.

  3. Les LR ? Un « parti » » qui va de Lisnard à Bertrand, de Bellamy à Copé. Un célèbre magasin parisien avait avait autrefois pour pub : « on trouve tout a la Samaritaine » (On a vu comment il a fini : faillite). Les LR pourraient reprendre ce slogan : on trouve tout a LR…  » Que vous soyez de Droite, de Gauche, du Centre ou d’ailleurs, venez comme vous êtes « … Je commence à me dire que l’euthanasie aurait du bon, il faut abréger les souffrances de ce parti qui n’en fini plus de mourir… Quant à Retailleau, incapable de le diriger, il est comme La Bruyère :  » je me jette et me réfugie dans la médiocrité ».

  4. Toutes les casseroles sont au chevet du maire sortant de Nice. Quelle chance cet estrosi. S’il n’arrive pas à être reconduit avec ces «  »tetes de gondole » » c’est que vraiment il n’aura pas eu de chance…

    • Quand on pense que Philippe et Bayrou sont en passe d’être reconduits à la tête de leurs villes respectives, on se dit que « la nuit qui s’est abattue sur la France » n’est pas tombée toute seule, pas plus que Macron n’a été réélu sans qu’une majorité de Français n’aie voté pour lui. Et, quand on a vu la queue des adorateurs de Sarkozy, prêts à attendre plus de 2 heures pour faire dédicacer leur exemplaire de la dernière œuvre littéraire de l’ancien détenu, on n’a plus de doute sur le fait que l’état actuel de la France doit bien plus à une majorité de Français qu’à ceux qu’ils se sont choisis pour la ruiner.

  5. Mr Retailleau s’est placé au dessus de la salade niçoise entre Benito et Cricri.
    Il ne peut qu’en sortir grandi. Étant actuellement déjà un peu à l’étroit dans l’ancien fauteuil du petit Éric, il serait préférable qu’il occupe l’année prochaine celui que laissera Emmanuel le grand architecte du France libre.

    • Vous plaisantez ? Ce monsieur n’a pas seulement reussi a demander a sa candidate a Marseille de se desister en faveur de franck Allisio pour sauver la seconde ville de France ! Il est aussi laid que depourvu d’honneur et de clarete dans ses ambitions .

      • Estrosi Bertrand Larcher Coppe les traîtres lâches qui se sont prétendus de droites seule la gamelle dicte leurs actes

      • Vous êtes dur avec escroci qui est déjà bien usé par le pouvoir de retourner sa veste pour garder ses privilèges

    • Retailleau à la place de Macron ? Quand on voit comment « il tient son parti en main »… Il a commencé par prendre parti pour Ciotti et devant la Bronca des has been, Bertrand, Copé, Barnier, Larcher et son fauteuil à 40 000 euros, il s’est mis « au dessus de la mêlée : « Niçois, en fin de compte, votez comme vous voulez, je ne veux fâcher personne »… Ça, c’est un chef ! Avec ça, la France aurait un grand avenir…

    • Retailleau « s »est placé au dessus… » quelle rigolade! ce type est sans vertèbre, sans courage et a gouverné avec les fossoyeurs de la France, ceux qui ont tout détruit: l’économie, l’identité Française, la souveraineté, la sécurité, et qui veulent continuer dans leur idéologie macabre! les soutiens à Estrosi : Barnier qui n’en fini plus de perdre, mais qui s’accroche comme une arapède au rocher du pouvoir malgré son âge..(la place est bonne!), Bertrand qui voterait pour le parti qui a l’histoire la plus criminelle au monde plutôt que le RN…puis Mr Larcher…quelle équipe! bref, avec des soutiens pareils, vaut mieux être seul!

    • ejalladeau.
      Oui, évidemment c’est ce qu’il vise, en faisant quelques coups à droite et à gauche, pour faire plaisir à tout le monde, mais je suis entièrement d’accord avec Knyr. On sait maintenant ce que vaut le « en même temps »

  6. Il fallait entendre Estrosi se défendre pitoyablement sur RTL hier matin. Pas étonnant qu’il soit soutenu par Larcher et Bertrand qui chiraquiens jusqu’au bout sont dans l’anti RN. Retailleau n’insulte pas l’avenir.

  7. Depuis 2022 et surtout depuis la dissolution de l’AN, les masques tombent et ne sont pas beaux à voir !
    C’est donc le moment de faire le tri pour les prochains élections mais je crains que la manipulation des esprits de la jeunesse soient favorables au gauchisme. Vu leur médiocrité intellectuelle, il n’ont pas développé d’esprit critique

  8. Estrosi soutenait y a 40 ans un certain jean marie lepen lors des élections .
    D’autre part .
    La taxe foncière a Nice a augmenté de 20 % .
    Les retraités niçois, qui s’appellent Nicolas en ont marre de payer pour la démolition d’un palais des expositions. Pour en reconstruire un autre .
    Les retraités par nature ayant un train de vie moindre que les actifs .
    Des procédures judiciaires sont encours contre sa femme et estrosi sur ses sociétés de production de films de télévision…et risquent de lui éclater a la figure

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