[ÉDITO] Mépris de classe : Jordan Bardella moqué pour avoir cité Chateaubriand

Comme le normalien Bruno Le Maire, il aurait sans doute fallu qu'il voie « l'esprit français » dans Aya Nakamura.
© JB-BV
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La scène se passe sur LCI, au micro de Darius Rochebin. Celui-ci interroge Jordan Bardella : « Quels personnages historiques ayant fait la France vous inspirent ? » Le favori des sondages répond : « De Gaulle pour la grandeur, Bonaparte, Louis XIV, Richelieu pour le sens de l’État, Napoléon Bonaparte pour son héritage et, à titre personnel, j’ai beaucoup à la fois de fascination et d’admiration pour Chateaubriand, qui a produit le plus grand chef-d’œuvre de la littérature française, Les Mémoires d’outre-tombe. » Il termine sur une citation de De Gaulle : « Je ne lis que la Bible et Chateaubriand. »

 

Mépris de classe

Cet extrait, que Jordan Bardella a posté sur ses réseaux sociaux, lui a valu un tombereau de railleries. On le met au défi d’en citer une seule ligne, on l’accuse d’inventer, on prétend qu'il récite une leçon apprise sur ChatGPT.

Le socialiste André Vallini fait montre d’une commisération méprisante, parle de « ce pauvre Jordan Bardella », qui « essaie de faire illusion » mais dont « l'inculture le trahit à chaque fois ». « Comment la politique a-t-elle pu tomber à ce niveau ? », se désole-t-il. Venant d'un ancien ministre de François Hollande, la question ne manque pas de sel.

Étienne Klein, philosophe et physicien sévissant sur France Culture, se gausse également, d’un ton très supérieur : « Monsieur, j’aurais aimé que vous nous expliquiez, même de façon brève, ce que vous avez personnellement retenu de votre lecture des Mémoires d’outre-tombe. »

Claude Weill, ancien directeur de la rédaction du Nouvel Observateur et chroniqueur sur le service public, telle une institutrice revêche de la IIIe République, corrige sèchement la copie du cancre : « Toujours cette impression pénible qu’il récite des fiches mal digérées. » Selon lui, Bardella n'aurait pas assez souligné la détestation de Bonaparte par Chateaubriand, preuve de sa méconnaissance des Mémoires d'outre-tombe.

Frantz Laurent, docteur en histoire de la Sorbonne, chercheur en histoire politique et sociale, traite le président du RN de « cuistre » et l’accuse de ne pas maîtriser la concordance des temps.

Le journaliste José Biosca, ex-directeur de l’info de La Dépêche du Midi et administrateur de l’école de journalisme de Toulouse, se prend, smiley explicite à l'appui, la tête dans les mains de désespoir : « Tout cela me semble d’une banalité affligeante, lisse à en mourir et d’une platitude désespérante. Un exercice convenu, poli jusqu’à la stérilité, vide de toute substance… et ça vous met en tête des sondages. »

On continue ?

Marqueur politique

En revanche, quand Emmanuel Macron chante les louanges d’Aya Nakamura et qu’il la propulse comme LA star des Jeux olympiques, quand le normalien Bruno Le Maire trouve que ce choix « montre de l’audace et du panache » et même « l'esprit français », quand Amélie Oudéa-Castéra, aussi rougissante qu’une Valérie Lemercier joignant sa voix pointue de soprano à celle de Jacquouille la fripouille pour entonner Le Bailli du Limousin, chante « Oh djadja ! » en dodelinant de la tête, c'est merveilleux.

Que Jordan Bardella n’ait pas la culture d’un Villiers ou d’un Zemmour est plus que probable. Sa jeunesse en est une raison. Son cursus universitaire peut en être une autre, encore qu’il y ait dans ce domaine bien des autodidactes. Mais peut-on sérieusement lui reprocher de citer en exemple de grands personnages historiques français et des monuments de notre littérature ? Comment ne pas voir dans sa supposée illégitimité du mépris de classe ? Le même que nourrit le bobo dépenaillé - l’antifa du VIIe arrondissement à capuche noire déguisé en émeutier du 9.3 - à l’endroit de l’apprenti pâtissier endimanché dont la cravate achetée chez Leclerc est trop luisante. C'est la caractéristique de la gauche : faire croire qu'elle est en bas de l'échelle sociale quand elle est tout en haut et empêcher quiconque de la grimper.

Dans le même registre, sur X, il y a quelques jours, la Macronie (ou ce qu'il en reste) se moquait des nouvelles dorures bling-bling à la Maison-Blanche choisies par Donald Trump, raillant avec dédain cette grossière contrefaçon du style Louis XVI. Mais elle se pâme devant les atroces et criards aménagements « contemporains » des salons de l’Élysée.

Faut-il être normalien ou agrégé de lettres pour avoir le droit de parler de Chateaubriand ? Il fut un temps où la culture française classique était le bien commun de tous. Le prix Nobel de littérature Annie Ernaux était fille de cafetier et témoigne, dans La Place (Gallimard), que son père l’aidait, pourtant, quand elle était enfant, en latin (il l'avait appris à la messe, il n’avait sans doute pas le niveau d’un chartiste). Georges Marchais, qui parlait un français châtié, était mécanicien. Quant à Bérégovoy, ajusteur fraiseur, il fut Premier ministre sans que nul ne lui ait jamais reproché un manque de maîtrise de la langue française.

Peut-être Jordan Bardella ne connaît-il pas si bien qu’il le prétend toutes ces figures de notre Histoire et les livres qu’il cite. Mais ce sont eux qu’il met en avant. Ce sont les références qu’il a choisies. Et ce n'est pas anecdotique ; c'est même un marqueur politique.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 08/11/2025 à 15:51.
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Gabrielle Cluzel
Directrice de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

158 commentaires

  1. En tentant d’être poli,je dirais que dans la vie on est jamais sali que par de la boue ou de la crasse afin de ne pas évoquer autre chose en la matière. Ces journalistes véreux,car c’est exactement ce qu’ils sont en réalité, paniquent au plus haut point en voyant la popularité de Bardella monter en flèche ainsi que les sondages le montrant à 35% des intentions de vote, alors, comme ils n’ont plus aucun d’argument pour le contrer ou le destabiliser il ne leur reste que la calomnie, en le comparant à Hitler ou en le snobant en disant qu’il est inculte. Ces gens ont beau être de plus en plus infects,ils récoltent le contraire de ce qu’ils cherchent pour mon plus grand plaisir.

  2. La gauche bienpensante mais inculte tremble sur ses bases actuellement. Pour preuve les attaques répétées contre les personnages de droite, les radios et télé qui ne disent pas comme eux… Mais chien qui aboit ne mord pas. Ils devraient savoir se remettre en cause.

  3. Il ya une chanson ancienne qui disait « je l’aime je l’adore  » la connaissez vous ? Bébé Jordan après le cinique Bébé Macron cela ne vous ouvre pas les yeux ?

  4. Georges Brassens disait dans sa chanson «La mauvaise réputation » : « Qu’je me démène ou que je reste coi
    Je passe pour un je-ne-sais-quoi ».

  5. A observer ce gens de gauche faut bien y voir que c’est la pitié qui se moquer de la charité, c’est pas en quant un LFI embrasse le drapeau d’un pays qui se déclare notre ennemie qu’elle se grandit.
    Depuis que les socialistes ont gouvernés la France qui au début était le pays des lumières sont responsables du niveau présent et que ces partis politiques peuvent se moquer de ceux qui nomment des hommes qui avaient tant grandi notre pays.
    Cette gauche n’a aucun échantillon intellectuel sur elle.

  6. «  la valeur n’attend pas le nombre des années «  et Alexandre comme Napoleon n’étaient pas des vieilllards. Sans doute Bardella a beaucoup à apprendre mais la classe dirigeante actuelle est bouffie d’un tel niveau d’incompétence satisfaite qu’on a tendance à mépriser tout ce qu’ils proposent.

    • Que ces prétentieux fassent preuve d’un peu d’humilité, au mieux ils ont participé et participent encore à l’effondrement de la culture générale des nouvelles générations en détruisant la qualité des enseignements scolaires et supérieurs depuis 40 ans.
      Quant à Bardella, il a malgré tout été capable d’en tirer le plus qu’il pouvait malgré l’environnement peu propice dans lequel il a grandi.
      Sa tête est bien faite et sa jeunesse lui laissera le temps de renforcer sa culture.

  7. c’est une honte pour tous ces français de renier notre culture continuez Jordan vous êtes un ravissement à écouter, merci de vouloir faire vivre notre culture , nos coutumes et notre patrimoine n’en déplaise à tous ces bobos gauchos qui ne pense qu’à détruire notre pays. Mon mari et moi-même avons beaucoup aimé lire vos livres et nos amis les apprécient également.

  8. Monsieur Bérégovoy subissait le même mépris de classe de la part de la miterrandie, il n’a par exemple jamais été invité à Latché où se réunissait toute la cour pour la Saint Sylvestre.

  9. Si vous demandiez à R.Dati qu’évoque 1515, je suis certain que cette ministre de l’inculture vous dirait que c’est sans doute le numéro d’urgence du Louvre…François 1er se retourne dans sa tombe.

  10. Les élites qui se disent intellectuelles et forcément de gauche de notre pays se croient être les gardiens de notre culture nationale et se permettent de mépriser ceux/celles parmi le peuple qui apprécient et s’approprient tant soi peu notre histoire & culture.

  11. Et ils n’ont pas posé les mêmes questions à Delogu, qui se rêve en maire de Marseille, alors qu’il ne sait pas qui est le maréchal Pétain !

  12. Pour des « énarques » ou autres, j’ai plutôt remarqué leur médiocrité intellectuelle ! Ces gens suffisants méritent plutôt notre mépris.
    Petit rappel ; Malraux n’avait pas le bac, Cocteau n’avait pas le bac ! J. London et j’en oublie…. Donc aucune leçon à recevoir de ces gens-là !

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