[LIVRES DE NOS MAISONS] J.-L. Foncine et Serge Dalens, éveilleurs de la jeunesse

Ils dirigèrent le Signe de piste à partir de 1954 et lui donnèrent un esprit qui se diffuse encore chez les jeunes.
6a010535dab6b9970c017d3d63df36970c-500wi (1)

Dans les bibliothèques de nos maisons de famille traînent des livres délaissés. Leurs auteurs furent célèbres, peut-être… Leur gloire a passé. Cet été, BV vous propose de découvrir quelques-uns de ces écrivains ou de ces livres.

Dans beaucoup de maisons, il y avait cet alignement polychrome : bordeaux, orange, bleu gris, vert amande, les couvertures des Éditions du Signe de piste (pour être précis, la collection Signe de piste des Éditions Alsatia), dont la tranche était ornée du tipi caractéristique, donnaient envie de lire. On y trouvait toujours un peu la même chose, comme lorsqu’on va voir tel ou tel type de film en sachant ce qu’on vient y chercher : des histoires de dépassement, d’amitié, d’aventure, et tout cela sans mièvrerie, car une bonne partie de ces aventures portaient en elles la promesse de la mort. Beaucoup de ces histoires avaient trait au scoutisme, mais certaines collections ou certains récits abordaient aussi la drogue ou la délinquance. Parmi les auteurs, on trouvait des noms connus, comme Guy de Larigaudie, mais les maîtres incontestés de la collection étaient deux amis de longue date : Yves de Verdilhac et Pierre Lamoureux - en littérature, Serge Dalens et Jean-Louis Foncine. Ils dirigèrent le Signe de piste à partir de 1954 et lui donnèrent un esprit qui se diffuse encore dans les jeunes générations.

Dalens était magistrat, Foncine journaliste ; tous les deux furent profondément marqués par le scoutisme et se rencontrèrent à la vingtaine. C’est à eux que l’on doit l’âme de cette collection. Foncine inventera le « pays perdu », qu’il situe en Haute-Saône, autour du magnifique village de Malans. Auteur scout avant tout, il n’avait pas son pareil pour poétiser l’adolescence et donner à cet âge - celui des grands choix - les couleurs de l’idéal.

La saga grandiose du Prince Éric

Dalens, lui, écrira la saga du Prince Éric - une saga grandiose qui, à la différence de beaucoup de livres pour la jeunesse, se termine volontairement mal, parce que respecter un jeune lecteur, c’est aussi le confronter au tragique de la vie. Plus tard, Foncine (avec la collection « Rubans noirs ») et Dalens (avec La Blanche, notamment) creuseront encore ce sillon de sincérité face à la jeunesse en la confrontant (on est dans les années 60 et la collection est considérée, même pour l’époque, comme réactionnaire !) aux vrais problèmes qui sont sous ses yeux.

Foncine et Dalens, en plus de leurs obligations professionnelles, familiales et éditoriales, s’offriront même le luxe, en Signe de piste toujours, d’une série policière à quatre mains, pleine d’humour et de légèreté : Les Enquêtes du Chat-Tigre. Leur héros, Michel Mercadier, dit Mik, est un lycéen qui, par la force des choses, se trouve toujours en position de résoudre des énigmes.

Évidemment, les récits de Dalens et de Foncine sont peut-être datés. Ils sont peut-être réactionnaires, féodaux, élitistes. Et tout cela est peut-être répétitif. Si vous voulez. Il n’empêche : ce qu’ils ont créé, avec une collection dont les titres sont aujourd’hui particulièrement recherchés, a fait le bonheur de trois générations de jeunes gens et jeunes filles qui trouvaient tout, dans leurs romans : le souffle qui fait si souvent défaut à une jeunesse rien qu’ordinaire, des raisons de se hausser au-dessus de soi-même et la satisfaction d’être considérés comme des adultes à qui on pouvait tout dire, pourvu qu’on y mît un peu de charité.

Dalens et Foncine, les deux scouts, ne vieillirent jamais vraiment. La preuve : l’un comme l’autre sont enterrés à Malans, en littérature Malaiac, épicentre de ce pays perdu qui vit passer la bande des Ayacks, le relais de la chance au roy, les chevaliers du foulard de sang et les demoiselles de la forêt qui n’en finit pas.

Éveilleurs de la jeunesse, à l’âge incertain où elle peut basculer pour longtemps dans la torpeur, les auteurs du Signe de piste sont aussi, symboliquement, des taches de couleur, sur les bibliothèques de maisons de vacances, dans les allées beiges de vieux livres aux pages coupées.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 15/08/2025 à 10:19.

Picture of Arnaud Florac
Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

9 commentaires

  1. J’en avais pas mal mais les déménagements successif sont venus à bout de ces livres…..d’aventures de qualité…. Dommage mais le temps passe trop vite

  2. Très dur de retrouver les Signes de Piste qui ont enchanté mes années scoutes. Tempête Nampilly, Le Grand Duel…

  3. Lus et relus, ces romans ont-ils vieilli ? Je ne le pense pas et leur évocation me semble un contrepied judicieux aux débats, plus ou moins désintéressés et bienveillants (sic !) sur la récente élection suivie de sa démission de la Présidente des SGDF.
    ShugiK et gracchus ont raison de mentionner l’illustrateur Pierre Joubert qui a donné à ces romans un style spécifique, suscitant l’intérêt, l’enthousiasme, l’optimisme et l’humour.

  4. Que de souvenirs. La saga du Prince Eric, le pays perdu et également un livre qui date des années 70 et écrit par Daniel Vaillant et dont le titre est « Ciel des Sables ». Surtout ne pas oublier le troisième membre du groupe qui de par ses illustrations magnifia les romans de ses deux compères et de bien d’autres auteurs de Signe de Piste. Je parle bien sûr de l’inoubliable Pierre Joubert.

    • Vous avez raison de mentionner Pierre Joubert, dont les illustrations ont donnés des visages aux jeunes héros des romans.

  5. Des lectures pour vous tirer vers le haut. Pas vous faire tomber vers le bas.
    Un compte-rendu de lecture sur une aventure du prince Eric m’avait valu une mauvaises note de mon professeur de français, sans doute de gôche, alors que j’étais plutôt bon dans l’exercice.

    • Cela m ‘est arrivé aussi , en ayant évoqué « La Lumière des Justes » au bac de français alors que j ‘avais été bien noté toute l ‘année de première….

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

J’ai dénombré dix coups portés à la tête de Quentin Deranque par des antifas
Jean Bexon sur Sud Radio

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois