[LIVRE] « La liberté d’expression est menacée » : le cri d’alarme de Georges Fenech

Dans son dernier livre, le célèbre chroniqueur de CNews revient sur son parcours et alerte sur le débat public.
ITW_FENECH copie

Il y a des livres qui racontent un parcours. Et puis il y a ceux qui sonnent comme un avertissement. Avec Ne dites pas à mère que je suis chroniqueur à CNews, elle me croit toujours juge à Hazebrouck, publié aux Éditions Fayard, Georges Fenech, ancien magistrat et député, aujourd'hui chroniqueur à CNews et Europe 1, livre un texte à la fois personnel et profondément politique. Un récit traversé par une inquiétude centrale : celle d’une liberté d’expression qu’il juge désormais menacée.

« C’est un cri d’alerte, d’alarme sur cette menace qui pèse aujourd’hui sur la liberté d’expression », confie-t-il à BV. Le ton est donné. Dès les premières pages, dans cette scène de TGV où l’auteur hésite à écrire librement, Fenech décrit une société où « le soupir devient soupçon », où l’on s’autocensure presque instinctivement.

Justice et politique : les impasses du système

Le livre revient d’abord sur ses années de magistrat, marquées par une certaine idée de la justice : ferme, protectrice, au service de la société. À rebours de ce qu’il décrit comme une dérive idéologique, Fenech dénonce une « culture de l’excuse » qui, selon lui, a progressivement affaibli l’institution judiciaire. Son combat contre le Syndicat de la magistrature, les pressions subies, les entraves à sa carrière : autant d’épisodes qui nourrissent la vision critique d’une Justice qu’il juge politisée.

 

Georges Fenech s'est confié à Boulevard Voltaire. Retrouvez son entretien sur YouTube :

 

Le passage par la vie politique n’apparaît pas comme une solution. Bien au contraire. À l’Assemblée, Georges Fenech découvre un pouvoir contraint, parfois impuissant, dominé par l’exécutif. Là encore, le constat est sévère : la décision publique semble freinée, diluée, entravée. De cette double expérience émerge une conviction simple : « On peut agir avec intégrité, avec honneur. Il faut juste le vouloir. » Mais encore faut-il que cette volonté existe réellement dans les sphères de pouvoir.

CNews ou la reconquête de la parole

C’est dans ce contexte qu’intervient son basculement vers les médias. Et c’est sans doute le cœur du livre. Sur CNews, Georges Fenech dit avoir retrouvé ce qu’il avait perdu : une parole. Une capacité à intervenir dans le débat public, à porter des idées qu’il estime partagées par une partie des Français. « CNews, c’est une bouffée d’oxygène dans le paysage audiovisuel », affirme-t-il. Une formule qui résume sa vision d’une chaîne devenue, selon lui, un espace d’expression alternatif, face à des médias qu’il juge plus contraints.

Il insiste également sur l’adhésion du public : « Les Français se sont approprié cette chaîne. C’est la leur et on ne doit pas y toucher. » Mais cette liberté revendiquée s’accompagne d’une pression constante. Régulateurs, critiques médiatiques, accusations politiques : Georges Fenech décrit dans son livre un environnement hostile où la parole reste possible, mais sous surveillance. Une « épée de Damoclès » permanente qui nourrit, selon lui, un climat d’autocensure.

Au fil des pages, une autre dimension affleure : plus intime, presque existentielle. Celle d’un homme confronté à la perte de sa parole publique après 2017, puis à sa reconquête par les médias. « Cette parole publique, pour moi, elle est très précieuse », explique-t-il encore. Ce n’est plus seulement un témoignage, mais un engagement. Celui d’un homme qui entend continuer à « agir par la parole ».

Enfin, le livre se referme sur une réflexion plus large, presque civilisationnelle. À travers la citation d’Ernest Renan - « Une patrie n'existe que si chacun consent à l'habiter » - où Georges Fenech interroge ce qui fait encore nation. Son combat, dit-il, n’est pas abstrait. Il est concret, presque familial : transmettre une société encore vivable « à ses enfants et petits-enfants ».

On pourra discuter ses analyses, contester ses positions, mais une chose est certaine : ce livre n’est pas neutre. Il est écrit depuis un point de tension, là où l’expérience personnelle rencontre le débat public.

Et dans une époque où la parole devient suspecte, Georges Fenech, dans son ouvrage, pose une question simple : qui, demain, osera encore parler librement ?

Picture of Yann Montero
Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

Vos commentaires

29 commentaires

  1. Il est drôle le Fenech. Parler de liberté d’expression quand on se fait humilier depuis des années par le censeur Pascal Praud ne manque pas de sel !
    Est ce que CNews a relaté l’incident entre le patriarche de Jérusalem et les autorités israéliennes ?

    • Oui, bien sure que CNEWS à parlé et expliqué pourquoi les autorités de Jerusalem ont freinés l’arrivées des pélerins du tombeau : Une bombe venait juste de tomber près du tombeau du christ . Vous auriez sans doute préféré avoir des morts .

  2. Comme quoi ceux qui nous expliquent que l’audiovisuel publiques est dans la volonté de présenter la France plus par ce qu’ils désirent qu’elle soit que par ce qu’elle est est complètement incompatible avec une information juste, ils se donnent une liberté nocive pour le pays car un jour ou un autre la réalité s’impose.

  3. Contrairement à ce qui est dit et écrit, la liberté d’expression n’est pas le point le plus positif sur C NEW. Sur cette chaine que j’avais découvert avec intérêt, mon espoir de liberté c’est vite désagrégé. Un  » patron aux cheveux blanc  » qui n’admet pas la contradiction au point de changer de sujet. Le maintien  » forcené  » de son avis sur N. ST Cricq lors du débordement  » humoristique  » sur E. Ciotti. Je ne parles pas des refus d’avis de ses chroniqueurs. Je ne regardes plus désormais que Gauthier et Christine. C’est moi qui censure !

  4. Je n’accorderai pas plus de crédit que ça à monsieur Fenech suite à une émission de Europe1 où je l’ai perçu très ambigu et très hésitant lorsqu’il lui a été posé la question de savoir en tant que sympathisant du LR qui il choisirait entre un RN et la gauche,et bien il a tergiversé avec de la redondance en commençant à se féliciter de la victoire de Ciotti à Nice jusqu’à ce que Gilbert Collard l’accule en lui demandant quel serait son choix en cas d’un RN et d’un taliban et il répondu que la question n’en était pas encore là jusqu’à se faire moquer par Pascal Praud,c’est dire l’ambiguïté du personnage qui semble vouloir plaire à certains mais qui reste en réalité dans le politiquement correct dans ses véritables intentions,alors son bouquin il peut se le garder bien au chaud. Surtout ne pas prendre les vrais patriotes nationaux pour des lapins de trois semaines. Je rappelle qu’un nouveau maire LR chahuté par la gauche a appelé à une non récupération par l’extrême-droite. Et comme la confiance n’exclut pas le contrôle,je sais à qui j’ai affaire avec Monsieur Fenech.

  5. En soi ce n’est pas vraiment une découverte!
    Dès l’élection de François Hollande,la liberté d’expression avait subi quelques attaques menées avec un peu plus de discrétion qu’aujourd’hui tout en se révélant efficaces.
    Le processus se voulait feutré,mesuré,avec d’autant plus de prudence que ses principaux meneurs appartenaient et sont encore,les représentants de ceux qui,en principe,sont chargés de la défendre,en l’occurrence la presse écrite et audiovisuelle!
    Le mécanisme symptomatique d’une autocratie ne supportant pas que des voix discordantes se fassent entendre s’est mis en marche et s’est ensuite fortement développé avec la prise de pouvoir d’Emmanuel Macron.
    Nous sommes pratiquement au niveau d’une dictature assumée!!!

  6. La liberté d’expression est sous le joug de l’union européenne, merci Sarkosi….merci Hollande, et merci Macron! la France disparait sous contrôle de lois scélérates européennes et le la CEDH qui baillonnent la parole et bientôt même la pensée!

  7. Cette chronique est bienvenue , et Georges Fenech est un résistant , un défenseur de la pensée et de la parole libre …. Mais Georges Fenech a bien conscience que la dictature de la pensée veille, les journalistes de Cnews également qui ont l’air de marcher sur des oeufs , de s’excuser en permanence … ils s’autocensurent face à la police politique de l’Arcom et du ministère de la culture ( téléguidé du sommet de l’état )

    • Mr FABRE, vous avez totalement raison raison, il n’y a que CNews qui s’autocensure, alors que toutes les dérives sont permises sur dans les autres médias, et sert de cache à lait pour l’ARCOM. D’ailleurs, à qui sont versées les amendes par cette chaîne ? On sait très bien que si par malheur la gauche venait à prendre le pouvoir (officiellement, car elle l’a déjà) les jours de CNews seraient comptés !

  8. Oui mais lorsqu’on le voit côtoyer un Julien Dray, qui a son rond de serviette sur le plateau de Cnews, et qui nous fait sans vergogne sa petite leçon sur la liberté d’expression on s’étrangle..
    Je rappelle ici L’Express 2014:
    « Le dirigeant socialiste fustige les chaînes, « la pensée réactionnaire est devenue tendance depuis une dizaine d’années sur les plateaux télé. Je dirais même que le service public lui a sacrément servi la soupe avec des émissions où, soit-disant, c’est la liberté d’expression », a déclaré Julien Dray lors du « Forum ».
    Bref, faut pas pousser mémé dans les orties …

  9. Bientôt un guide de survie de la liberté pour occuper ce gouvernement dépensier et inactif quand il n’est pas impuissant et moraliste, et qu’il voit des nazis partout au lieu de nourrir ses poules (etats de service connus de Madame Braun Pivet aussi malvenue par les copains sur son perchoir que mal pensante sans CRS).
    « C’est la profonde ignorance qui inspire le ton dogmatique », Monsieur Macron qui n’a pas lu non plus La Bruyère.

  10. La liberté tout court, quand des tribus font régner la loi du plus barbare en menaçant les citoyens.
    La prestation de serment pour les élus s’impose autant qu’à d’autres métiers: Respect, Dignité, Considération, Probité, Intégrité….etc…sinon révocation!

Laisser un commentaire

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Raphaël Arnault est à la violence ce qu’Andy Kerbrat est à la drogue

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois