L’Hermione : son association placée en redressement judiciaire

Cette décision pourrait sceller la fin d’une aventure dédiée à l’Histoire et au patrimoine.
@Wikimedia commons
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L’annonce a retenti comme un coup de tonnerre, dans le monde du patrimoine maritime français : l’association Hermione–La Fayette, qui dirige la restauration de la réplique de la célèbre frégate, vient d’entrer dans une procédure de redressement judiciaire avec une période d’observation à compter du 18 septembre 2025. Cette décision, prise par le tribunal judiciaire de La Rochelle, marque peut-être le crépuscule voire la fin d’une aventure humaine au service de la transmission d’une Histoire et d’un patrimoine.

Le redressement judiciaire

La justice, ce 18 septembre 2025, a décidé de placer l’association en redressement judiciaire avec période d’observation. Le tribunal judiciaire de La Rochelle retient néanmoins que le projet est encore viable, ce qui évite la liquidation immédiate, mais souligne par sa décision que le temps est compté.

Du point de vue juridique, cette procédure offre ainsi un cadre de protection provisoire qui suspend les poursuites des créanciers pendant le temps imparti tout en imposant à l’association de proposer un plan de redressement crédible.

François Asselin, dirigeant de l’entreprise Asselin SAS, qui avait participé à la construction de la frégate, a confié à Boulevard Voltaire être « malheureux de ce qui arrive à l’Hermione ». Pourtant, l’association insiste, dans un communiqué, sur le fait que cette procédure apporte, au contraire, un espoir car, « loin de signifier la fin d’une aventure, cette procédure de protection permet de nous donner le temps nécessaire pour consolider nos soutiens et en obtenir de nouveaux pour finir les travaux ».

Déjà, près de 50 % des travaux ont été réalisés depuis 2022, pour un montant dépassant les 5 millions d’euros, mais il manque encore 4,5 millions pour espérer remettre le bâtiment en état de naviguer.

Un enjeu territorial, économique et culturel

Au-delà des difficultés juridiques et financières, le sort de l'Hermione touche directement son territoire et son écosystème socio-économique. À Rochefort comme à Bayonne, la frégate est un moteur touristique, culturel et identitaire. Chaque escale attire des milliers de visiteurs, génère des retombées économiques pour l’hôtellerie, la restauration et les commerces, et participe à l’image de marque du littoral atlantique. Selon la radio Alouette, depuis sa création, l'Hermione a ainsi généré près de 70 millions d’euros de recettes.

Le chantier constitue aussi un haut lieu de savoir-faire artisanal. Charpentiers de marine, gréeurs, forgerons et voiliers y perpétuent des compétences rares, héritées de plusieurs siècles. Abandonner le projet reviendrait à affaiblir cette filière d’excellence et à rompre la chaîne de transmission de métiers qui font partie intégrante de notre patrimoine. Comme le déclare Marc de Briançon, président de l’association, « il n’est pas imaginable que le travail réalisé par nos artisans français ne soit pas reconnu ».

L'Hermione est, enfin, un vecteur de mémoire collective et de diplomatie culturelle. Sa traversée de l’Atlantique en 2015, reliant la France et les États-Unis, fut suivie par des milliers de personnes. L’association espère même pouvoir renouveler cet exploit en 2028, à l’occasion des Jeux olympiques de Los Angeles, mais cet horizon dépend désormais entièrement de la réussite du redressement judiciaire.

Une histoire forgée dans les flots

Pour comprendre l’émotion que suscite son avenir, il faut revenir à l’histoire de l'Hermione. La frégate originale, construite à Rochefort et lancée en 1779, conduisit le marquis de La Fayette vers l’Amérique en 1780 afin de soutenir les insurgés contre l’Angleterre. Elle devint alors le symbole vivant de l’alliance entre la France et les États-Unis.

Une réplique moderne fut lancée dans les années 1990 à Rochefort, sous l’impulsion de l’association Hermione–La Fayette. Pendant plus de vingt ans, artisans, bénévoles, collectivités et mécènes unirent ainsi leurs forces pour reconstruire le navire. La frégate fut mise à l’eau en 2012 et, trois ans plus tard, réalisa sa traversée triomphale vers les États-Unis.

Cependant, les années récentes furent marquées par de lourdes difficultés. En 2021, la coque fut attaquée par des champignons xylophages, nécessitant un carénage complet à Bayonne. Face à l’ampleur du chantier, l’association lança alors, le 20 mai 2025, un appel au secours. En quelques mois, plus de 500.000 euros furent récoltés et plus de 4.000 signatures, dont celles de personnalités publiques, ont apporté leur soutien au projet via un manifeste.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

52 commentaires

  1. Pourquoi ne lancent ils pas une souscription publique pour nous a fonds perdus cela pourrait aller de la pièce de 1 euros au billet de 200 euros .Il Faudrait qu’ils se magnent rapidement sur les chaines de Télé et autres. Et surtout oublier les écologistes.

  2. C’est surtout, encore une belle réussite des responsables qui avaient décidé de ne pas traiter les bois suivant les normes actuelles … résultat… les champignons…. Tellement réussie cette reconstruction est attaquée jusqu’à la quille qui va devoir être remplacée par une réplique en lamellé/collé …. Bonjour l’authenticité…

    • Je connaissait depuis des années le refus des écologistes du Conseil d’Administration de l’Hermione, de traiter les bois. A Lorient dans une des anses il y a toujours encore des pieux , datant de Louis XVI pas encore pourrit . Les ultra-écologiste vont nous faire crever !

  3. « En 2021, la coque fut attaquée par des champignons xylophages ». Imprévisible? Ca pue l’amateurisme, cette histoire, et le socialisme aussi puisque les dégâts seront réparés, s’ils le sont, grâce à l’argent des autres.

  4. « il n’est pas inimaginable que le travail réalisé par nos artisans français ne soit pas reconnu ».: lors d’un redressement judiciaire il est bien rare que les créanciers soient payés, alors qu’en sera t-il des artisans qui viennent d’y travailler, seront t’il payé en reconnaissance de leur travail? J’ai le même sentiment que bien des commentateurs: ou sont les priorités?

  5. Oui, il est consternant qu’on maintienne une aide au développement à l’Algérie qui nous crache dessus et à la Chine en passe d’être la première puissance économique mondiale et qu’on n’ai pas de sous pour entretenir Chambord et sauver l’Hermione.
    Ceci dit, sans mettre en cause l’admirable travail de tous les artisans qui l’on réalisé, je trouve impensable la désinvolture des promoteurs de l’Hermione quand au choix du bois utilisé sans traitement fongicide !…

  6. Peut-être qu’il faudrait contacter la Maison Blanche, je dis çà et je ne dis rien, comme on dit. Et si on dit que le macron n’a rien à voir dans l’affaire, Donald fera peut-être un geste…

  7. 70 minions de recette et pas fichus de se maintenir à flots, ils ont du recevoir des leçons de gestion par un certain Jupiter et une certaine  » elle motte » ça va passer comme cela ?

  8. On ne peut pas financer le centre ville et le métro de Yaoundé et sauver notre patrimoine, une fois de plus, les priorités voyons, les priorités !!!

  9. Une idée pour trouver de gentils mécènes…. en faire un bateau de secours aux migrants en Méditerranée ou dans la Manche….

  10. Pour une fois qu’il ne s’agit pas de vieilles pierres dont notre pays regorge et qui coutent un travail monstrueux à rénover…
    L’hermione représente réellement un patrimoine historique de grande valeur et un symbole de la dynamique France.
    Le pire c’est qu’on distribue par dizaine de millions d’euros les ressources du peuple Français pour entretenir le centre ville de quelques pays Africain qui vont comme les autres nous virer manu-militaris dès que la pompe à pognon sera coupée alors que nous sommes riches d’une dette colossale et qu’on ne trouve pas le minimum pour entretenir cette magnifique réalisation qu’est l’Hermione ?
    Je suis scandalisé !

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