Les sous-marins nucléaires français seront livrés avec un an d’avance…
Il est bien facile, et parfois tentant, de désespérer des capacités de la France à « être fort pour être craint », selon les mots qu’Emmanuel Macron voulait performatifs, il y a quelques mois. Incapable de faire entendre une voix originale à l’international, incapable de s’opposer à la toute-puissante Union européenne dans des domaines pourtant cruciaux pour sa souveraineté (typiquement, l’accord avec le Mercosur…), incapable de faire régner l’ordre dans un bon millier de territoires perdus gangrenés par le narcotrafic, la France semble en bien piteux état. Et pourtant, la nouvelle du jour est excellente et concerne directement notre souveraineté et notre puissance régalienne.
Alors que nous étions tous en train de festoyer, au tournant de l’année 2025, on apprenait en effet que le programme de sous-marins nucléaires de classe « Barracuda », projet porté conjointement par la Marine nationale et Naval Group, allait être livré avec un an d’avance sur le calendrier prévisionnel. Nul besoin d’avoir déjà passé des marchés publics pour savoir que la livraison d’une commande en avance n’est pas un cas habituel, d’autant plus quand il s’agit d’un sous-marin nucléaire d’attaque (SNA).
La France vient de réaliser une avancée majeure en livrant ses sous-marins nucléaires d'attaque de la classe Barracuda un an plus tôt que prévu !
Ce programme, fruit de la collaboration entre la Marine nationale et Naval Group, prévoit la construction de six unités… pic.twitter.com/f5lR1AMRxX
— Alex Xplore (@AlexXplore) January 4, 2026
Cocorico !
Le programme de modernisation de notre flotte sous-marine, lancé en novembre 2020 avec la sortie du Suffren, prévoit à terme la livraison de six bâtiments. Le Duguay-Trouin a été achevé en août 2023, le Tourville en novembre 2024. Pour le troisième, le De Grasse, des essais devraient avoir lieu début 2026. On apprend donc que les deux derniers sous-marins, baptisés Rubis et Casabianca, seront prêts en 2029 au lieu de 2030. Ce tour de force a été rendu possible par le rythme de production : la réalisation du dernier SNA français de ce programme devrait demander sept ans seulement. La construction du Suffren en avait demandé treize.
À terme, les SNA de la génération précédente, la « classe Rubis », devraient être démantelés (on dit « déconstruits », dans le jargon, comme pour le patriarcat), certains à Cherbourg. Avec ce changement de technologie, les forces sous-marines françaises, qui sont déjà parmi les meilleures du monde, vont conserver leur avantage et demeureront fortes, donc craintes. On rappelle, ici, que les SNA, contrairement aux SNLE (les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins), n’ont pas vocation à lancer de missiles nucléaires. Ce qui est nucléaire, c’est leur propulsion, qui les rend aptes à la plongée de très longue durée, donc très difficilement détectables, et leur offre une vitesse de déplacement avec laquelle un sous-marin classique ne peut pas rivaliser. Très franchement, et une fois n’est pas coutume, c’est le moment de pousser un salutaire cocorico.
Mais, pour quoi faire ?
Cela dit, une petite question, loin d’être anodine, demeure dans un coin de la tête. Formulons-la ainsi : tout ça pour quoi faire ? Nous sommes, certes, l’un des seuls pays d’Europe à ne pas nous être désarmés, à ne pas nous être craintivement réfugiés derrière le bouclier américain de l’OTAN et à ne pas découvrir avec Trump que dehors, c’est le vrai monde, comme dit OSS 117. D’accord. Mais n’est-ce pas là l’ultime survivance du gaullisme, plutôt qu’un succès des politiciens des cinquante dernières années ? Ces sous-marins seront ultramodernes. Ils seront servis par des équipages ultra-qualifiés. Après tout, un pacha de sous-marin, c’est « tout simplement » un homme qui commande une centrale nucléaire en mouvement, à des dizaines de mètres sous l’eau, en autonomie et relié, dans le cas du SNLE, à un ordre (un seul !) qui lui fera déclencher l’arme atomique n'importe où sur Terre.
La fine fleur de l’industrie française, emportant à son bord la fine fleur de la jeunesse française, et tout ça aux ordres d'une poignée de responsables politiques interchangeables et pusillanimes : si ça ne ressemble pas à la chute de Rome…
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
Popular Posts



































24 commentaires
C’est une bonne nouvelle pour la France. Tout comme le lancement de la construction du futur porte-avion. Si on veut pouvoir peser un minimum, il faut des outils adaptés.
L’auteur Arnaud Florac rappelle à juste titre que « les SNA, contrairement aux SNLE (les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins), n’ont pas vocation à lancer de missiles nucléaires ». C’est exact, mais comme toute doctrine militaire, rien n’est figé, c’est évolutif et ça peut changer du jour au lendemain en fonction de nos impératifs tactiques ou stratégiques. Ainsi, nos SNA de la classe Suffren sont-ils équipés du missile de croisière naval MdCN de MBDA comportant une charge explosive conventionnelle de 250 kg. Mais sur décision politique, ce vecteur peut être facilement et rapidement converti en arme atomique par le montage d’une tête nucléaire océanique (TNO) de 100 kT, puissance considérable d’environ 6,6 fois Hiroshima. Nos trois SNA Suffren actuellement en service à la mer (Suffren, Duguay-Trouin, Tourville) peuvent embarquer un panachage de 24 armes (torpilles F21, missiles antinavire Exocet SM39 et MdCN). Sur ce lot, on peut par exemple panacher 8 MdCN entre 3 à tête atomique TNO et 5 de type conventionnel. Ce changement de doctrine améliorerait sensiblement notre dissuasion nucléaire en apportant souplesse d’emploi et valeur ajoutée à la massive force de frappe de nos SNLE, armes d’apocalypse d’ultime recours.
Félicitons-nous d’avoir ce type de SNA très performants, à la pointe de la technologie et à mon sens supérieurs en matière de profondeur de plongée et en discrétion acoustique (furtivité) à son homologue SNA américain de la classe Virginia souffrant de graves problèmes de fiabilité de coques construites pat Huntington Ingalls Industries avec des normes falsifiées ne répondant pas au cahier des charges de l’US Navy. De ce fait, les 22 SNA Virginia US ne plongent pas au-delà de 230-240 m pour éviter le flambage de coque pouvant causer la perte du submersible, au lieu des 350 m de nos SNA Suffren, ce qui est un avantage opérationnel déterminant. Moi, je ne fais pas la fine bouche, et suis fier de nos ingénieurs et techniciens qui ont produit des SNA d’une telle qualité.
« À terme, les SNA de la génération précédente, la « classe Rubis », devraient être démantelés (on dit « déconstruits » C’est Sandrine Rousseau qui fait le boulot ?
Vivement que LFI préside le pays, on va bien rigoler.
et tout ça aux ordres d’une poignée d’irresponsables politiques interchangeables, pusillanimes et traitres à la nation.