Les films consacrés au Christ : florilège pascal
Qu’on le tienne pour incarnation divine ou simple personnage historique, le Christ n’a finalement que peu inspiré le septième art. Sa filmographie terrestre est donc modeste. Pour autant, elle remonte presque aux tout débuts du cinéma. Ainsi sort, en 1903, La vie et la Passion de Jésus-Christ, de Lucien Nonguet et Ferdinand Zecca, film inspiré des gravures de Gustave Doré, tout d’abord divisé en dix-huit tableaux qui deviendront vite trente-deux, devant le succès de cette production Pathé Frères.
Il faut ensuite attendre 1923 pour que le sujet soit à nouveau abordé par Robert Wiene, cinéaste allemand, dans I.N.R.I., lequel, loin de l’imagerie pieuse de son prédécesseur, aborde la question sur un angle pour le moins inattendu. Là, un anarchiste emprisonné pour tentative de meurtre se fait conter, par l’aumônier de la prison, la Passion du Christ, lequel tente au passage de le convaincre que vaut mieux se sacrifier pour autrui que d’ôter la vie d’un ennemi. Pourquoi pas. Mais, histoire d’en rajouter dans l’incongru, Robert Wiene dépeint un Judas révolutionnaire qui, déçu de ne pas voir le Christ prendre la tête d’une insurrection contre les forces d’occupation romaine, l’aurait trahi pour n’avoir pas été à la hauteur de ses espérances politiques.
La première fois que le Christ parle, c’est en français…
Il faut ensuite attendre la fin du muet pour que le Christ puisse enfin se faire entendre sur grand écran. C’est chose faite en 1935 avec le Golgotha de Julien Duvivier. On notera la prestation passablement hallucinée de Robert Le Vigan en Jésus-Christ et de Jean Gabin qui incarne ici Ponce Pilate. On dit que ce film fut l’une des inspirations de Mel Gibson pour sa Passion du Christ (2004) ; mais n’anticipons pas. Une fois la Seconde Guerre mondiale passée, le Christ revient, quoique ce soit de manière détournée, en guest star, si l’on peut, en la circonstance, employer ce langage trivial.
En effet est-il au cœur de La Tunique (1953), d’Henry Koster, sans jamais y apparaître. L’histoire est celle d’un jeune tribun (Richard Burton) qui, après avoir humilié l’empereur Caligula, se retrouve muté à Jérusalem où il doit diriger, contre son gré, la crucifixion du Christ. Il récupère la tunique de ce dernier et épouse vite la religion chrétienne au péril de sa vie. Le film est un énorme succès. Puis vient le Ben-Hur (1959), de William Wyler. Une fois de plus, le Christ n’y apparait qu’en ombre ou filmé de dos ; comme si le rôle était aussi lourd à porter qu’une croix.
Des stars comme s’il en pleuvait…
Pourtant, deux ans plus tard, avec Le Roi des rois, de Nicholas Ray, un acteur, Jeffrey Hunter, se risque enfin au grand saut en incarnant le Sauveur. Et c’est une réussite. Le grand public suit, la critique un peu moins, mais le film deviendra un immense succès sur le long terme. Toujours en 1961, Richard Fleischer réalise Barabbas, film italo-américain qui imagine la vie du célèbre brigand des Évangiles, incarné par Anthony Quinn. Dans le même registre hollywoodien sort La Plus Grande Histoire jamais contée, de George Stevens, en 1965. Le spectacle y est, la spiritualité un peu moins. Mais peut-être le film a-t-il été écrasé par son casting de stars : Max von Sydow en Christ, Charlton Heston en Jean le Baptiste et John Wayne en centurion romain.
Un an auparavant, les Européens s’étaient emparés du sujet - l’argent en moins, mais l’inspiration en plus -, tel qu’en témoigne L’Évangile selon saint Matthieu, de Pier Paolo Pasolini. A priori, ce cinéaste se présentant comme athée, marxiste et homosexuel n’a pas tout à fait le profil idoine pour se lancer dans ce genre de film. Et pourtant… Pour commencer, il s’en tient au texte de saint Matthieu ; les seuls dialogues ajoutés étant extraits de la Bible. Mieux : le film est dédicacé à titre posthume au pape Jean XXIII : « À la chère, tendre et familière mémoire de Jean XXIII ». Tout d’abord, la presse vaticane accueille l’œuvre sans grand enthousiasme ; il est vrai que la réputation sulfureuse de Pasolini le précède depuis longtemps. Néanmoins, en 2015, L’Osservatore Romano estimera qu’il s’agit du « meilleur film religieux de tous les temps ». Drôle de paroissien, que ce Pasolini qui, lors d’une conférence de presse, à un journaliste s’étonnant qu’un non-croyant ait pu signer une telle œuvre, a cette réponse lapidaire : « Si vous savez que je suis incroyant, alors vous me connaissez mieux que je ne me connais moi-même. Je suis peut-être un incroyant, mais je suis un incroyant qui a la nostalgie d’une croyance. »
Puis, le mouvement hippie aidant, Jésus-Christ devient une figure à la mode ; ce qui entraînera nombre de films plus ou moins comiques. D’où Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (1972), de Jean Yanne, qui raille les zozos faisant du Christ une figure révolutionnaires, pour le haut du panier, Jésus Christ Superstar (1973), de Norman Jewison, La Vie de Brian (1979), des Monty Python, La Folle Histoire du monde (1981), de Mel Books, sans oublier celui qui fit scandale, Le Dernière Tentation du Christ (1988), de Martin Scorsese.
Pour d’autres raisons, un autre film à Lui consacré, La Passion du Christ (2004), de Mel Gibson, suscite le scandale à son tour. Contrairement à la relecture de Scorsese, dont il n’y a pas grand-chose à sauver, celle de Gibson, de par son réalisme à la violence aux limites du soutenable, demeure encore difficilement regardable aujourd’hui. Une sorte de chef-d’œuvre jusqu’au-boutiste, dirons-nous. Mais il est vrai qu’à l’instar de Pier Paolo Pasolini, Mel Gibson demeure une personnalité éminemment complexe.
Franco Zeffirelli touché par la grâce…
Finalement, qui s’en est le mieux sorti ? À notre humble avis, Franco Zeffirelli est encore celui qui mérite les honneurs, avec son Jésus de Nazareth (1977), série télévisée de plus de six heures et finalement sortie en salles et en deux volets. Au début, l’argent manque, malgré des fonds italiens et britanniques. Mais Sir Laurence Olivier, catholique fervent, annonce qu’il fera le film pour un cachet de trois sesterces. Du coup, ses confrères affluent : ils veulent en être eux aussi, même payés au strict tarif syndical. Liste non exhaustive : Anthony Quinn, Peter Ustinov, Christopher Plummer, James Mason et Rod Steiger. Elizabeth Taylor doit interpréter Marie-Madeleine ; mais, malade, est obligée, à son grand regret, de laisser la place à Anne Bancroft. Pour la Vierge Marie ? La sublime Olivia Hussey à qui Franco Zeffirelli a permis de crever l’écran dans son Roméo et Juliette (1968). Et pour le Christ ? Ce sera Robert Powell, acteur de série B d’épouvante anglaise, seulement connu des cinéphiles de l’espèce déviante. Bien joué ! Le grand public ignore son visage. Et christique, il l’est indubitablement, avec son regard à la fois empreint de douceur et de détermination. Le film sera un triomphe international. En ces fêtes pascales, il demeure hautement recommandable, même dans sa version courte (plus de quatre heures, tout de même). Mais il fallait le faire, et Franco Zeffirelli l’a fait.
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7 commentaires
» la passion du Christ » de Mel Gibson. Les 12 dernières heures de la vie du Christ. Pas toujours évident à suivre ( dialogues en Araméen) ; dur ( violences infligées au Christ ) mais une interprétation magistrale.
Le roi des rois, un grand film à redécouvrir avec en prime une excellente musique de Miklos Rozsa .
La violence de ce qu’a subi le Christ est en effet insoutenable. Je ne reprocherai jamais à Mel Gibson de nous l’avoir si bien montrée. Je ne comprends pas que ce film ait suscité un scandale. Le scandale, c’est la réalité qu’il nous met devant les yeux, pas sa narration.
Le Zefirelli est tres beau et Powell ne sera jamais egale …Mais zucun film ne fut autang habite et inspire que celui de Mel Gibson qui provoqua nombre de conversions .Jim Caviezel connut d’ailleurs une quasi passion et une reanimation miraculeuse sur son tournage …! Il est le seul a avoir compris comment ce sacrifice supreme fut une victoire totale contre le Demiurge Absolu ou Prince de ce monde . Vivement le film suivant sur la resurection .
Mais il faut voir aussi l’excellent film avec l’acteur Fienes parlant de l’enquete confie a un centurion romain sur la disparition du Christ et son retour d’entre les morts …
Les diffusions de ces films sur Jésus aux environs de la fête de Pâques ont disparu remplacées par bon nombre de navets.
Merci pour cette synthèse. Très belle idée en ce dimanche de Pâques.
Je me souviens qu’à la sortie du film » La passion du Christ » de Mel Gibson, dans le couloir du cinéma, il y avait une femme qui s’était effondrée en pleurs. Elle était entourée d’amies.