Lecornu, champion du jeu du Premier ministre sans gouvernement. Et déjà censuré ?
Comment Sébastien Lecornu peut-il réussir là où Barnier et Bayrou ont échoué ? La question, dans toutes les têtes depuis sa nomination il y a dix-sept jours, rebondit encore plus fort depuis qu'il a dévoilé, ce vendredi, dans une interview au Parisien, une part de ses choix budgétaires : pas de rediscussion de la réforme des retraites, pas de retour de l'ISF, pas de taxe Zucman.
Lecornu câline le PS... qui fait monter les enchères
Or, celle-ci est devenue le nouvel étendard de la gauche, en particulier du PS et des écolos. Et il se trouve que le PS est l'objet de toutes les attentions du nouveau Premier ministre. Dans cette même interview au Parisien, il ravive la rhétorique de la « main tendue à tous les parlementaires, et en particulier à ceux du Parti socialiste, parti qui a donné deux Présidents à la France ». Flatter l'histoire révolue et les ambitions démesurées d'un vieux parti de gouvernement qui ne pèse plus grand-chose, si ce n'est une soixantaine de députés indispensables à la survie du macronisme, est-ce cela, la méthode de rupture de Lecornu ? En tout cas, les éléphanteaux dudit parti ne cessent, depuis vendredi, de rejeter cette main. Pour Olivier Faure, « si on devait aujourd’hui se poser la question de savoir si l’on censure ou pas, je vous réponds très sincèrement, nous censurerions parce qu’aucun effort n’a été réalisé ».
Même refus chez Boris Vallaud, le patron de ces si précieux députés PS : « Le jusqu’au-boutisme macroniste conduira le gouvernement Lecornu aux mêmes conséquences que les autres. » Et samedi, c'est depuis une réunion de toute la gauche non LFI lancée par Carole Delga, dans l'Aude, rassemblant Marine Tondelier et Raphaël Glucksmann, qu'Olivier Faure a réitéré son refus et ses conditions : « On va lui dire que nous sommes prêts à l’effort, prêts à faire des économies, prêts à faire des compromis, prêts à renverser la table, mais pas à passer sous la table. S’il ne l’entend pas, nous le censurerons sans hésitation. » Tout n'est donc pas mort pour Lecornu et l'avenir de la France pour les mois qui viennent se décidera, vendredi, entre Lecornu et Faure. Voilà où nous en sommes... D'ailleurs, Lecornu n'a pas d'autre choix possible que de se tourner vers le PS. Attal lui a rappelé, ce samedi, qu'il souhaite « un compromis avec le PS ». Est-ce bien raisonnable ? Combien de temps, encore, allons-nous subir ces jeux de rôle du PS et des macronistes, deux partis en plein déclin ? À moins qu'eux-mêmes n'aient déjà acté l'idée d'en finir et de renvoyer à Macron la responsabilité du désordre qu'il a lui-même créé tout en se donnant chacun le beau rôle aux yeux de leurs électeurs en vue de nouvelles élections ?
La censure d'un Premier ministre sans gouvernement est-elle possible ? À quoi joue Lecornu ?
Donc, nous nous dirigerions vers une censure rapide de Lecornu. C'est la position de Mélenchon et de LFI, qui ont déclaré vouloir déposer leur motion de censure dès le 1er octobre. Mais le 1er octobre, c'est mercredi, et mercredi, il y a peu de chances pour que le gouvernement ait été formé. Or, pas de motion de censure contre un Premier ministre sans gouvernement, comme le rappellent plusieurs constitutionnalistes, au Parisien ! Lecornu a bien promis que son gouvernement serait formé « d’ici le début des travaux parlementaires ». Mais la formule est suffisamment ambiguë : début de la session parlementaire, le 1er octobre, ou début effectif des travaux des députés, après les élections pour les postes au bureau de l’Assemblée ? Le Parisien a décrypté les raisons d'« un choix qui aurait l’avantage, si des députés sont appelés à devenir ministres, de ne pas faire perdre de voix au socle commun pour ces scrutins ».
Voilà donc à quoi joue le nouveau Premier ministre... Déjà recordman du plus long bail de Premier ministre sans gouvernement depuis sa nomination (on va vers les vingt jours, cette semaine...), il pourrait se présenter seul devant l'Assemblée pour éviter une motion de censure... En effet, selon Karine Roudier, professeur de droit constitutionnel à Sciences Po Lyon qui cite l’article 49 du texte de 1958 (« L’Assemblée nationale met en cause la responsabilité du gouvernement par le vote d’une motion de censure »), « c’est bien le gouvernement que l’Assemblée peut censurer, pas le Premier ministre seul. Dans notre système, la responsabilité politique est collégiale et non individuelle. » Un distinguo constitutionnel confirmé par Thibaud Mulier, maître de conférences en droit public à l’université Paris-Nanterre : « Le Conseil d’État dit bien qu’un gouvernement gère les affaires courantes tant qu’un autre n’est pas nommé. Donc, la nomination d’un Premier ministre ne suffit pas pour considérer qu’il s’agit d’un nouveau gouvernement. »
Georges Michel a tout dit de l'abaissement inouï, politique, moral et institutionnel que le macronisme finissant fait subir au pays. Mais chaque jour qui passe, que ce même macronisme croit un jour gagné pour sa survie, représente une nouvelle marche qu'il fait descendre au pays. Dans ce jeu institutionnel et politique malsain, le RN, en disant qu'il ne censurerait le gouvernement qu'après avoir connu sa formation et ses orientations, mais en réclamant depuis le début un retour aux urnes, joue la seule partition digne. Et républicaine.
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58 commentaires
Malin mais si il ne fait pas un pas en avant vers un parti. Il va droit dans le mur, mais bon il aura sa retraite… de suite alors saut dans le vide ou pas il sera payé lui…
Comment ne pas approuver la suggestion de TASSERGAL ci dessous ce matin à 8h53 ..?
qui sont les deux présidents socialiste pour moi il y en à trois.
ENCORE un « Maux zare » de la finance ! …
(presque) TOUS les français veulent des suppressions de dépenses comme « France Télévision » … ET LUI, il claironne que son ministère n’augmentera pas ses dépenses ! …
Il ne comprend pas la différence entre « supprimmer » et « ne pas augmenter » ! …
Quand vous avez 100 € sur la table et que vous devez « ventiler » cette somme, vous ne commencez pas par aller faire un crédit pour dépenser encore plus que le mois dernier ! …
Retailleau et tous les LR vont embarquer avec joie dans le navire. Les voitures avec Cocarde, chauffeurs etc… C’est trop bon.
Il consulte tellement qu’il va finir par comprendre que la formation d’un gouvernement est impossible. Qui sont les kamikazes qui voudraient monter dans le paquebot MACRON en perdition ? Qui pourrait penser que le nouveau capitaine LECORNU a la moindre chance de colmater les brèches en cale, de redresser le navire qui prend de la bande et embarque paquets de mer sur paquets de mer, de mater les mutineries dans les machines, d’éteindre les incendies en cuisine, de calmer les passagers de toutes les classes qui se battent entre eux, de rappeler à l’ordre les matelots de la passerelle qui veulent changer le pavillon du navire pendant que d’autres voudraient mettre l’armateur aux fers ? Ah que la mer était belle aux temps bénis qui voyaient Jupiter portés par les vents complaisants d’Eole. Pauvres marins croyant trouver un salut électoral en sautant d’un pédalo sur ce maudit paquebot. Les Néréides se sont barrées et Poséidon en furie déchaîne son courroux ! . . . – – – . . .
Mr Lecornu aplique les directives de son patron, en attendant de sauter, ce qui ne devrait pas tarder. les casseroles le concernant vont sortir, une est déjà sur le Figaro aujourd’hui.
Ils prennent la France pour de la pâte à modeler, on écrase, on on étire, on malaxe, on aplati, et on range bien soigneusement pour éviter que tout sèche pour recommencer inlassablement le même travail
Le petit jeu consiste à faire durer, cela laisse le temps à la gauche de se remplumer pour les municipales, et à l’ue d’imposer de nouvelles inepties. Sans vouloir le plaindre, Lecornu doit regretter son petit boulot de fourrier. Entre la gauche qui ne doit pas le lâcher, pour obtenir quelques marocains, et l’excité de l’Élysée, les journées doivent être longues. Ne parlons pas du coup de grâce qui pourrait être porté par le RN.
Bien vu pour le « fourrier ». Malgré 22 ans d’armée, j’avais déjà oublié ce mot et c’est vrai que c’était un peu celui dont on ne savait pas trop ce qu’il faisait à part compter les vêtements….Il est vrai que Macron n’a même pas connu çà et le Général Lecornu non plus!
Plus sérieusement, j’espère que le RN ne va pas se laisser endormir par son « pas de censure à priori », car les urgences sur tous les fronts en France ne permettent plus d’inutile « antépénultième saga gouvernementesque ».
La jurisprudence LFI nous permet de mieux comprendre le monde actuel (c’est de l’humour):
Emmanuel Macron est un Président à « exécution immédiate » et Sébastien Lecornu un premier ministre à « exécution provisoire »…ce qui revient au même mais il faut savoir lire un agenda (c’est encore de l’humour).
Ils sont forts ces « juges du fond »(humour toujours), c’est bien le mot.
J’ignore pourquoi BV censure des simples remarques: « Le 7ème premier ministre de la 7ème compagnie », c’est tellement vrai et moins révolutionnaire islamiste que d’imposer la charia à Paris comme certains, non?
Bah, cela arrive souvent et c´est inadmissible. De toutes façons, ce sont des paroles non suivies d’action, comme toujours, alors…