Le patriarche de Jérusalem interdit d’accès au Saint-Sépulcre : tollé international
Le grave incident qui s'est produit, ce dimanche des Rameaux, à Jérusalem provoque l'indignation internationale : pour la première fois depuis des siècles, le patriarche latin, le cardinal Pizzaballa, chef de l'Église catholique en Terre sainte, ainsi que le père de l'église du Saint-Sépulcre ont été empêchés par la police israélienne d'entrer dans les lieux saints pour célébrer la messe du dimanche des Rameaux. Dans un communiqué commun, le Patriarcat latin de Jérusalem et la Custode de Terre sainte dénoncent « un grave précédent [témoignant] d'un mépris total pour la sensibilité de milliards de personnes à travers le monde qui, cette semaine, ont les yeux tournés vers Jérusalem au début de la Semaine sainte ».
On ne respecte plus rien, même pas le Saint-Sépulcre. 💔⛪️
Des images révoltantes montrent les forces d'occupation s'en prendre à des chrétiens palestiniens en plein cœur de Jérusalem.
Face à cette violence, le Vatican ne se tait plus : l'ambassadeur d'Israël est convoqué.… pic.twitter.com/NlomkC5S3O— SAHEL Brut (@sahelbrut3) March 29, 2026
Une interdiction « manifestement déraisonnable et grossièrement disproportionnée »
Cette Semaine sainte s'annonçait bien sombre, pour les chrétiens de Terre sainte déjà privés de leur traditionnelle procession des Rameaux au mont des Oliviers, dans un contexte ultra tendu de reprise du conflit iranien, de missiles qui survolent la région et de retombées d'intercepteurs israéliens. Depuis que, le 16 mars, des débris de missiles interceptés se sont abattus sur plusieurs sites sacrés, c'est toute la Ville sainte qui est menacée et les accès aux trois lieux saints des trois religions - le Saint Sépulcre, l'esplanade des Mosquées et le mur des Lamentations - sont interdits aux pratiquants. Si les églises demeurent ouvertes, les rassemblements y sont limités à 50 personnes.
Des restrictions parfaitement acceptées par les Églises, rappelle le communiqué du Patriarcat et de la Custodie, qui estiment cette fois-ci l'interdiction d'entrer dans la basilique « manifestement déraisonnable et grossièrement disproportionnée ». « Cette décision hâtive et fondamentalement erronée, entachée de considérations inappropriées, représente un écart extrême par rapport aux principes fondamentaux de raisonnabilité, de liberté de culte et de respect du statu quo », poursuit le communiqué, qui précise que les deux responsables qui ont été interceptés par la police israélienne et contraints de rebrousser chemin se « déplaçaient à titre privé, sans procession ni caractère cérémoniel ».
Les réactions indignées témoignent de la gravité de l'incident : même Emmanuel Macron s'en mêle et « condamne la décision de la police israélienne, qui s'ajoute à une série inquiétante de violations du statut des lieux saints à Jérusalem ». Jean-Luc Mélenchon, que l'on imaginait peu soucieux du sort des chrétiens, surenchérit. À l'étranger, Giorgia Meloni évoque « une offense non seulement pour les croyants, mais pour toute communauté qui reconnaît la liberté religieuse ». Le président Joseph Aoun, au Liban, manifeste sa désapprobation et le Vatican a fait savoir qu'il convoquait, ce lundi, l'ambassadeur israélien.
De son côté, la police israélienne se justifie en invoquant des motifs sécuritaires, tandis que Benyamin Netanyahou, qui martèle que le régime iranien « tire délibérément sur des populations civiles et porte atteinte à des édifices religieux de toutes les confessions », se défend de toute « intention malveillante ». Finalement, dans la soirée de ce même dimanche 29 mars, le Premier ministre israélien a fait savoir qu'il instruisait « les autorités compétentes pour accorder au cardinal Pizaballa un accès complet et immédiat à l'église du Saint-Sépulcre ». Faut-il en conclure que la crise qui couve entre les chrétiens de Terre sainte et les autorités israéliennes est terminée ? Ce serait aller un peu vite en besogne.
Dans un climat de tensions accrues qui pèsent sur les chrétiens
En effet, il y a quelques jours, BV avait recueilli l'analyse de Thomas Oswald, journaliste à l'AED (Aide à l'Église en détresse), sur la situation. Il décrivait déjà « un climat de tensions accrues qui pèse sur les chrétiens palestiniens et agit, par ricochet, sur les chrétiens de Terre sainte de la part de l'autorité israélienne, particulièrement depuis l'affaire des professeurs ». Le journaliste faisait ici référence à une décision de la Knesset (le Parlement israélien) interdisant l'emploi de professeurs provenant de Cisjordanie dans les écoles chrétiennes d'Israël . « Nous avons 232 enseignants chrétiens qui viennent chaque jour de Bethléem, car il n’y a pas assez d’enseignants chrétiens à Jérusalem. Or, ils risquent maintenant de ne plus pouvoir venir. Cette situation engendre des difficultés financières pour les familles et met les écoles en crise, car une école chrétienne reste une école chrétienne grâce à ses enseignants chrétiens », s'alarmait, le 15 mars, le cardinal Pizzaballa. Une vexation de plus à laquelle s'ajoute la recrudescence des attaques et intimidations de la part de colons israéliens en Cisjordanie visant, notamment, le petit village chrétien palestinien de Taybeh. Des incursions, d'ailleurs, condamnées par le chef d'état-major israélien, le lieutenant-général Eyal Zamir.
« Un contexte d'imbroglios, d'intérêts mélangés, contraires et paradoxaux »
Sur place, BV a recueilli les témoignage de A*, qui vit au sein de la communauté chrétienne de Jérusalem depuis de longues années. Pour cette Française, « ce sommet de l'année pour tous les chrétiens » est « très dur à vivre pour tout le monde, même si malheureusement cela fait partie du paysage dans lequel, ici, tous sont plongés depuis le début de la guerre ». Cette situation si particulière lui en rappelle une autre : « Ces horribles moments du Covid et ses interdictions de rassemblement. » Pour vivre les jours saints, explique-t-elle, « notre paroisse s'organise avec une autre communauté religieuse. Les processions des Rameaux ont eu lieu dans les églises, dans les petits jardins ou dans les cours. » Jusqu'à ce regrettable incident, aucune cérémonie religieuse ne devait se dérouler dans les lieux saints. L'indignation générale et le rétropédalage de Benyamin Netanyahou permettront-ils d'autres assouplissements pour les chrétiens qui souhaitent vivre cette Semaine sainte ?
« Tout ceci s'inscrit dans un contexte d'imbroglios, d'intérêts mélangés, contraires et paradoxaux », explique A* à BV. Elle ajoute qu'au-delà de la privation des lieux saints, c'est un nouveau désastre économique qui se profile pour la population, dû à l'absence de pèlerins : « Tous les magasins de la vieille ville sont fermés, poursuit A*, cela ajoute de nouvelles épreuves à ces frères arabes qui vivent du tourisme et souffrent beaucoup matériellement. » L'espoir de paix est réduit... « On ne sait plus très bien ce que veut dire la paix dans ce pays, nous n'attendons plus que la victoire du Christ : il faut prier pour les chrétiens de Terre Sainte, pour que cette situation ne dure pas », conclut-elle.
[MISE A JOUR lundi 30/3/2026 à 15h] Ce lundi 30 mars, le Patriarcat latin de Jérusalem et la Custodie de Terre sainte indiquent, dans un communiqué commun : « Les questions relatives aux célébrations de la Semaine sainte et de Pâques à l'église du Saint-Sépulcre ont été abordées et résolues en coordination avec les autorités compétentes. En accord avec la police israélienne, l'accès des représentants des Églises a été garanti afin qu'ils puissent y célébrer les liturgies et les cérémonies et préserver les anciennes traditions pascales. »
Compte tenu du contexte de guerre actuel, les restrictions en vigueur concernant les rassemblements publics restent applicables pour le moment.
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47 commentaires
Il est grand temps que les catholiques fassent preuve de courage .
Je rejoins goethe379 et ceux qui l’ont approuvé. J’estime que l’interdiction de s’approcher de ce lieu -comme par ailleurs d’autres lieux – est justifiée. C’est là une mesure élémentaire de prudence. Je n’y vois aucune malice. Si j’avais autorité dans ce pays l’accès à ces lieux à la fois historiques et sensibles serait interdit et je n’aurais pas cédé. Il n’y a aucune provocation dans ce que j’écris .
Il faut raison garder : l’auteur de l’article a bien fait savoir le 30/3 à 15 heures que ce conflit était réglé…BRAVO et MERCI aux lecteurs de BV qui ne se sont pas laissés abuser et ce, dès le 30/3 à 14h02 ‘Ritounet, à 14h31 Lélue 58, enfin ‘RAVI AU LIT’ à 18h31, suivis de ‘PF 78’ le 31/3 à 8h03, ‘ MFGA’ à 9h32, enfin ‘GOETHE 379’ à 10h01, ci dessous !
Les Israéliens s’étonnent d’être mal-aimés… L’accès aux lieux saints est un signe du malaise dans ce pays. Les colons qui s’installent en dépit des accords et au détriment des palestiniens en sont un autre signe…L’état israélien joue un double jeu et la communauté internationale laisse faire. La situation ne risque pas de s’apaiser dans les années à venir.
Tout ce qui se passe à Jérusalem et autour est plutôt inquiétant. Beaucoup de signes décrits dans la Bible, par les prophètes ou dans l’apocalypse, trouvent un écho dans les événements actuels… Si possible, soyons vigilants, prions, gardons la foi. Le reste n’est pas de notre ressort.
Cette mesure touchait tous les regroupements pour des motifs de sécurité. Que n’aurions-nous pas dit s’il y a avait eu un missile iraniens et de nombreux morts?
absolument
Avec un minimum de bon sens, on en aurait rendu responsable l’Iran … cela paraît élémentaire et je m’en excuse
Mais non, l’Iran responsable ou pas, on aurait accusé Israël d’avoir laissé faire et les Chrétiens de provocation.
Lequel est le plus a blâmer , celui qui par souci sécuritaire interdit les cortèges et processions ou celui qui lance à l’aveuglette des drones frappant sans distinctions d’innocentes victime ? Une question : les rues et les magasins de Dubaï sont-ils toujours aussi fréquentés ?
Ah quand-même…Vous en êtes encore à croire que cette guerre est morale et que ceux qui l’ont déclenchée se soucient de la sécurité des Chrétiens de Palestine et d’ailleurs? Après les Epstein et Bibi Files ?
…Et pendant ce temps là, on célébrait la messe des rameaux à Téhéran, chez les méchants mollahs.
La loi fondamentale d’Israël dit ; « le droit d’exercer l’auto-détermination au sein de l’État d’Israël est réservé uniquement au peuple juif ». C’est une des expressions du caractère religieux de l’État d’Israël.
Les chrétiens sont discriminés dans le pays.
Cet incident en est une illustration.
Il ne fait plus bon être chrétien sur cette terre .