Le patou, gardien de troupeau et nouvel ennemi du citadin en vacances

Quand il va à la montagne, le bobo des villes veut pouvoir être tranquille sur les sentiers.
@Wikimedia
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Écolo entre tous, le citadin rêve de campagne, de mer et de montagne. Ses semaines de vacances, il veut les vivre sainement, au cœur de la nature. D’abord, il lui faut de bonnes grosses nuits, et pas question d’être réveillé aux aurores par le chant du coq. Il aime aussi à faire la sieste, alors il voudrait faire taire les cigales qui lui vrillent les oreilles. Il va à la mairie demander si l’on ne peut pas tourner le bouton et remettre le son à l’heure de l’apéro, parce que les cigales, hein, c’est juste pour accompagner le pastis. Sinon… un épandage d’insecticide ?

Le bobo des villes veut aussi manger bio. Il va au marché avec son petit chapeau, voir son petit producteur qui fait des petits légumes, mais il voudrait qu’il retourne son champ avec un araire à l’ancienne, pas un tracteur. Ça plairait tellement aux enfants, et puis c’est moins bruyant. Il faudrait aussi décrotter les vaches, parce que ça sent moyen… leur apprendre à faire popo, peut-être, parce que la bouse, pardon... Une grosse litière, ça serait pas une idée ?

La nature doit pouvoir se consommer tranquille

Quand il va à la montagne, le bobo des villes veut pouvoir être tranquille sur les sentiers. Il veut pouvoir contempler en paix la chèvre de Monsieur Seguin et montrer aux enfants les blanches brebis qui paissent dans les alpages. Le soir, il leur racontera l’histoire du loup qui fait « hou  hou » et que les sans-dents avaient chassé de son milieu. Mais voilà, pour garder les troupeaux contre le pauvre loup qui fait « hou hou », les bergers ont dû acheter des chiens. Et c’est là qu’apparaît le nouvel ennemi du bobo des villes : le patou.

Il est beau, le patou. Ce berger des Pyrénées est un bon gros géant que les petits enfants d’hier ont découvert au cinéma, dans Belle et Sébastien, d’abord série télévisée, puis film à succès. Chien de troupeau par excellence, compte tenu de son impressionnant gabarit, c’est une race très ancienne, bien française, originaire des Pyrénées centrales. Selon les données de la Fédération cynologique internationale (FCI), une femelle pèse de 50 à 59 kg et mesure de 65 à 75 cm au garrot. Un mâle, lui, peut peser jusqu'à 64 kg et affiche 80 cm au garrot. Très belle bête, donc, avec un long poil blanc, bien épais, et une bonne bouille de gentil compagnon sous ses petites oreilles en pointe.

On vante d’ailleurs ses mérites comme « compagnon parfait pour les familles avec enfants ». Cela, parce que l’animal est placide, « calme et équilibré » et surtout extrêmement protecteur. Ajoutons à cela qu’il est intelligent, courageux, qu’il apprend très vite, et l’on comprend pourquoi, avec sa stature impressionnante, le patou est, depuis des siècles, le chien de troupeau par excellence.

Mais voilà, les extraordinaires qualités que nous venons d’énoncer font que le berger des Pyrénées colle une trouille bleue aux randonneurs du dimanche. Comme titre Le Dauphiné libéré : « En randonnée, croiser les patous est devenu “anxiogène“ ».

Après le loup, le patou

Pire que le loup aux grandes dents qui croquait le Chaperon rouge, on entend circuler d’horribles histoires de randonneurs mordus. À quoi une internaute qui connaît la chanson répond, rigolarde, sur la page Facebook du journal : « Personne ne s'est fait attaquer. Menacé, pincé, poursuivi, peut-être, mais pas attaqué ! Le jour où quelqu'un se fera réellement attaquer par des patous, on en entendra parler aux infos, parce qu'il ne restera pas grand-chose de la personne... Utilisons les bons mots pour commencer, les patous menacent, pincent parfois... C'est tout. » Exact. Le patou fait sa job, comme disent les Québécois, et sa job est impressionnante, pour ceux qui ne connaissent que le petit toutou qu’on emmène au toilettage et promène de plus en plus souvent en poussette.

Ce sont d’ailleurs les échanges des internautes qui permettent de cerner au mieux la question. Pour un allumé, très fâché avec l’orthographe, qui écrit « Vous mettez des animaux dangereux (et qui embetes franchement tout le monde autent etre directe) sans que les bergers puissent avoir un réel controle dessus. Il serai bien que l’état fasse passer cette race de chien en categorie 1 (sic) », la plupart soulignent que le problème n’est pas le patou mais bien le loup. « Il faut revenir à la source du problème : c’est le loup, et c’est les citadins qui le veulent », lit-on, dans les commentaires du Dauphiné libéré. « Les bergers se passeraient bien des patous, de ces milliers de kilomètres de flexinet [clôture] et du travail infini supplémentaire, pour ne pas voir décimer le troupeau. La cohabitation avec les prédateurs, c’est beaucoup plus compliqué que les bobos écolos le croient. »

Un autre souligne que « le problème en montagne, c’est qu’il y a bientôt plus de chiens [de compagnie, NDLR] que de randonneurs ! On voit des familles avec 2 ou 3 chiens, et pour les chiens de protection, c’est autant de prédateurs possibles. De plus, lorsqu’ils subissent des attaques de loups, le stress les rend plus agressifs. »

Un peu de bon sens…

Consciente de la difficulté qu’il y a, désormais, à faire cohabiter l’élevage en estive et le tourisme, la Fédération française de randonnée (FFR) édite pour la deuxième année consécutive une carte (MapPatou) qui recense les alpages où les chiens patous sont présents pour protéger les troupeaux face à la prédation du loup. Elle est consultable en ligne et via plusieurs applications comme IGNrando et Visorando.

Et, bien sûr, on vous renseigne sur la conduite à adopter si vous croisez l’un de ces gros chiens blancs : signaler sa présence le plus rapidement possible et contourner au mieux le troupeau, s'arrêter si le chien s'approche sans geste brusque et ne pas fixer l'animal dans les yeux, et faire demi-tour si la situation ne se débloque pas.

Reste que si la présence des patous est aujourd’hui un élément à prendre en compte quand on prépare sa randonnée, « la nature est imprévisible » et les sentiers de montagne ne sont pas les allées d’un supermarché. Un internaute l’écrit avec bon sens : « Le pastoralisme est un acte d'intérêt général, les randonneurs, c'est juste du loisir... Vous avez voulu des loups, vous avez des patous. Si ça ne vous va pas, vous restez chez vous ! » Ça rime, comme dans une fable qui s'appellerait... Le Bobo, le Loup et le Patou.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 01/08/2025 à 9:14.
Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

93 commentaires

  1. Le Patou est un chien de défense, pas un chien d’attaque.
    Il n’est ni plus ni moins intelligent qu’un autre chien, si l’on considère qu’il se prend pour un ovin ou un caprin, avec lesquels il a été élevé, et qu’il protège en tant que dominant.
    Il aboiera jusqu’à ce que l’intrus rebroussé chemin. Le berger sera alerté.
    Le randonneur peut passer largement à l’écart en contournant le troupeau.
    Si la topographie ne le permet pas, attendre l’intervention du berger, ne pas avancer, ni fixer le chien par le regard, cri ou bâton. Se regrouper et garder les enfants derrière vous. Mettre ses bâtons doucement devant soi, pointes en bas, en protection, puis reculer. Encourager le chien, tjrs sans le regarder,  »c’est bien le chien, tu travailles bien, retourne aux brebis » voix ferme mais sans peur ni agressivité.
    On peut aussi discuter du lobby des dresseurs de patous et des facilités accordées aux bergers, en termes de frais de vétérinaires, de frais de transport et de croquettes parfois livrées par hélicoptère.
    Si l’éleveur-berger, a le droit de travailler, le promeneur -randonneur a le droit de profiter de l’estive pour ouvrir ses proches au milieu, et faire travailler guides et accompagnateurs ou colonies de vacances
    Après çà, les bêlements des écolos en rando, çà me fait pousser…des moutons.
    Denis , Accompagnateur en Montagne

    • Beaucoup de personnes son contre et dénigre ces chien mais n’en ont pas eu un seul dans leurs vie. J’ai toujours eu des chiens et j’en ai encore deux a l’heure actuel et je suis sur que ces gens ne savent même pas comment se comporte un chien. Bien sur comme vous dite il faut parfois ce méfier mais bon faire attention et ne pas faire n’importe quoi. Renseignez vous il y a des sites pour cela.

      • Très juste. La Patou a besoin de vous identifier … à sa façon. Il faut absolument rester calme et se tenir à l’écart du troupeau dont il assure la garde et empêcher votre propre chien de s’approcher donc de le tenir en laisse. Une fois que la connaissance est faite vous pouvez continuer votre chemin. A noter que le troupeaux paissent généralement bien au dessus des sentiers et que les cas où le Patou viendra vers vous sont relativement rares. Il faut donc rester sur le sentier. Et garder absolument votre chien en laisse en présence de troupeaux.
        Expériences vécues en Queyras, massif de la Font Sancte et Pays de Loudenvielle.

  2. Les bobos-écolos ont également voulu des Parc « naturels » nationaux dans les quels tout est interdit au delà du raisonnable et du nécessaire (feux, pollutions, dégradations et dépôt de déchets, bruits et camping sauvage, circulation motorisée). Mais vous ne pouvez plus vous promener ou randonner avec votre chien (même tenu en laisse) ni dans les Pyrénées ni dans le Mercantour ni dans les Ecrins etc.. Le loup lui est libre et l’ours avec lui. Allez comprendre.

    • J’ai une proposition qui s’avérerait très efficace, pour préserver la nature, interdire la montagne aux bobos-écolos:l cela développe des allergies chez les patous.

    • Les loups et les ours sont sauvages et non domestiqué donc il est normal qu’ils soient dans la nature. J’ai eu des huskies très proche d’un loup et je peut vous dire que c’est des crèmes même avec mes chats .Tout animal peut s’apprivoiser, allez lire le Petit Prince de Saint-Exupéry c’est une réalité. Il y a aussi des vidéos sur le net qui vous feront ouvrir les yeux.

  3. « Vous avez voulu des loups, vous avez des patous. Si ça ne vous va pas, vous restez chez vous ! ». Excellent !

  4. Oh, madame, que vous êtes bonne à lire, votre prose est un vrai régal. SVP, remettez-leur un coup sur la tête chaque semaine de l’été, histoire que ces empêcheurs de tourner en rond et de vivre notre nature comme bon nous semble, retournent au plus vite dans leurs ghettos urbains où il fait si bon respirer les bonnes odeurs et ne nous em…dent plus chez nous.

    • Les « citadins » devraient rester entre eux, dans leurs villes irrespirables, s’ils ont peut de ce qui fait la splendeur de la campagne : coq , cloches de toutes sortes et voilà à présent les magnifiques chiens gardiens de troupeau !

  5. Votre article indique simplement que le « bobo » des villes, parfois un peu « vert », ne supporte pas la nature donc le vraie écologie, quand il la découvre, à la Montagne et à la campagne. Mais qu’il se rassure, ce que les « bobos » des campagnes et des montagnes » de la ville, de ses gens et animaux….est la même chose.Mais ils ne plaignent pas. Ils n’y vont pas ou plus !

  6. Chère Madame, votre fable est amusante.
    Néanmoins je me permets de vous répondre que je ne suis ni parisienne ni bobo, et j’ai une nombreuse tribu, très nombreuse même, avec laquelle nous faisons de petites marches ou de grandes randonnées partout où nous vivons. Ayant passé 7 ans au cœur du Pays Basque, je peux assurer que chaque sortie est anxiogène….Sans aller jusque dans les alpages, mais déjà dans les villages et alentours, c’est une région où patous, borders, et tout type de chiens vivent en liberté totale, troupeaux obligent…et pas seulement. C’est donc la seule rejoindre de France dans laquelle les chiens de ferme ne sont jamais attachés, et ayant l’habitude de gérer des moutons, se montrent excessivement agressifs envers randonneurs, marcheurs, cyclistes etc…. Les attaques de chiens en Pyrénées Atlantiques sont courantes envers tous ceux qui ne sont pas enfermés dans un véhicule, et même les voitures sont attaquées. C’est une région où TOUTE PERSONNE qui n’est pas sans un véhicule fermé se fait agresser par les chiens de ferme, patous bien entendu, mais aussi tous les autres du plus petit au plus grand. Si en revanche vous allez chez des amis et que les chiens vous connaissent, particulièrement les patous car les fermes de moyenne montagne en ont toutes, alors le chien se montrera amical, protecteur, et c’est du vécu, protégera la tribu lors de la marche en s’attaquant à tout canidé agressif ! C’est du vécu bien des fois!
    Aussi je me permets d’atténuer la charge contre le bobo en prévenant que les Pyrénées Atlantiques particulièrement en zone rurale et montagneuses sont dangereuses pour les marcheurs du fait de chien de garde en liberté. Alors….jamais sans son bâton ! Et un truc de paysan de là-bas, qui marche à tous les coups: les patous par atavisme redoutent l’ours, en cas d’attaque, dresser ses mains en l’air et émettre des grognements dingues…. Ça marche… Et croyez-moi ce n’est pas une histoire drôle…consultez les faits divers de morsure dans ce département et vous constaterez que les bobos en vacances ne sont pas les seule victimes !

    • Il faut savoir ce que l’on veut. Moi j’ai peur des chiens petits ou gros. Je n’irai jamais me balader où il y à des patous en liberté. Je suis un rural. Et l’animal le plus dangereux est pour moi l’écolo-bobo qui impose le loup et par conséquent le patou en liberté. Un patou n’est utile que s’il est en liberté prêt à dégainer contre les loups et ceux qui les vénèrent. on ne peut avoir le beurre, l’argent du beurre et la crémière en plus

    • Ah bon ? C’est nouveau ! J’ai passé 45 années (depuis 1962) mes vacances dans le pays basque intérieur, dont plus de 15 à faire de longues randonnées en moyenne montagne dans les fougères au milieu des pottocks, la plupart du temps seule. Le seul équipement requis, outre le kway et la gourde, était les bottes, plus « sécure » que les espadrilles, et le bâton pour taper les fougères et éloigner les vipères. Aucun problème en passant devant les fermes ou les troupeaux : c’est au feeling que les chiens communiquent, et ils vous déchiffrent plus vite qu’un toubib..

  7. Les citadins qui ne supportent pas la vie de la campagne n’ont qu’a rester en ville. Je me régale du chant du coq le matin, des cloches des églises qui me donnent l’heur, de l’ane qui fait Hi Han, des oiseaux qui gazouillent , et je déteste les gens qui font ronfler leur moteur ! ! ! !

    • Grominet serait d’accord avec TYTY, moi aussi!
      Sur le littoral, on entend même plus le coq chanter, mais les sorties nocturnes des campeurs, exubérantes et quotidiennes, vivement septembre!

  8. Depuis ma mise en liberté, notez ma retraite, je suis parti vivre a la campagne et c’est là où j’ai compris pourquoi que dés que possible les citadins se précipitaient en dehors des villes surtout celle gérés par la gauche. Avec des patous ou sans çà change pas grand chose.

  9. L’envahissement des rues et des magasins par les estivants, dans les villes balnéaires, est bien pire pour les autochtones que les patous dans les pâturages qui eux « aussi » ne demandent qu’à vivre tranquilles.

  10. Je suggère que ces Bobos aillent plutôt sur le port de Saint-Tropez jeter des cacahouètes aux animaux qui s’exposent sur le pont de leur yacht (qui ne quittent jamais l’amarrage), le but étant de montrer comme on est beau, bronzé et riche !

  11. Très bon article Madame Delarue ! comme toujours. C’est un peu vouloir le beurre et l’argent du beurre le souhait de notre écolo-bobo.

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