[LE GÉNIE FRANÇAIS] Le canal de Suez : les pharaons en ont rêvé, il l’a fait !
Ferdinand de Lesseps a su relier l’Asie à l’Europe en créant ce raccourci qui fait gagner 11.000 kilomètres aux navires. Il aura fallu dix ans de travaux pour retirer 14 millions de mètres cubes de terre et de sable. C’est un des chantiers les plus gigantesques de la planète qui permet aux navires d’éviter de contourner l’Afrique.
L’héritage d’un rêve pharaonique
Relier la Méditerranée à la mer Rouge en traversant le désert : un rêve fou, né chez les pharaons. Une idée ancienne, presque aussi vieille que les pyramides, qui devient réalité au XIXe siècle grâce à l’audace, à la ténacité et encore au génie français.
Dès l’Antiquité, les Égyptiens, puis les Perses et les Romains, ont imaginé creuser un passage entre les deux mers. Les pharaons, notamment Ramsès II, douze siècles avant J.-C., avaient même entamé des travaux, mais le sable, les crues du Nil et l’absence de techniques adaptées les ont fait abandonner. Il faudra attendre la révolution industrielle.
Une famille de diplomates
Ferdinand de Lesseps est né à Versailles en novembre 1805, dans une famille de diplomates. Son père, Mathieu de Lesseps, est consul général de France à Saint-Pétersbourg, et le jeune homme grandit entre la Russie, l’Italie et la France, baignant dans un milieu où l’on parle politique, commerce international et grands projets. À 19 ans, il entre au service du duc d’Orléans, futur roi Louis-Philippe, comme attaché diplomatique. C’est le début d’une carrière qui le mènera aux quatre coins du monde.
Sa vie prend un tournant en Égypte, où il est nommé vice-consul en 1832. Deux grands esprits se rencontrent, le sien et celui du vice-roi, Méhémet Ali, un homme visionnaire qui modernise le pays. Lesseps, fasciné par la région, y passe dix ans, y apprend l’arabe et se lie d’amitié avec les élites locales.
Lesseps est convaincu. Percer le canal sera son combat
Un jour, alors qu’il traverse l’isthme de Suez, il prend soudain conscience d’une évidence : pourquoi ne pas relier les deux mers ? L’idée n’est pas nouvelle, mais Lesseps, lui, est le premier à y croire. En 1844, un ingénieur français, Louis de Bellefonds, explorateur et ingénieur connu en Égypte, lui remet un dossier complet, avec plans et devis. Lesseps, alors âgé de 39 ans, est définitivement convaincu : ce projet sera son combat.
En 1854, après des années d’influences et de pression, Lesseps obtient de Saïd Pacha, le nouveau vice-roi d’Égypte, une concession pour creuser le canal. Commence alors une aventure humaine et technique sans précédent. Imaginez : 160 kilomètres de désert à traverser, des dunes mouvantes, des températures extrêmes, des maladies comme le choléra qui déciment les ouvriers et des financements à trouver, car la réalisation coûte une fortune. Les premières années sont chaotiques. Lesseps, optimiste et acharné, sous-estime les difficultés. Les machines, encore rudimentaires, s’enlisent dans le sable. Les actionnaires, majoritairement français, commencent à douter. Mais Lesseps ne lâche rien. Il réorganise le chantier, fait venir des médecins, puis des machines à vapeur plus puissantes, et surtout, il croit en son projet comme un missionnaire en sa foi.
La diversité des talents
Ce qui est formidable, dans cette épopée, c’est la diversité des talents français mobilisés. Les ingénieurs, bien sûr, comme Louis de Bellefonds ou les polytechniciens qui conçoivent les écluses et les systèmes de drainage ; puis les financiers, qui trouvent les fonds malgré les risques ; ensuite, les ouvriers, les techniciens, les médecins qui luttent contre les épidémies. Et enfin Lesseps, l’homme-orchestre, qui sait convaincre, motiver et, parfois, forcer le destin.
Une anecdote illustre bien son caractère : un jour, alors que les travaux piétinent, Lesseps organise un banquet en plein désert, sous une tente somptueuse, pour impressionner les dignitaires égyptiens et les investisseurs. On y sert du champagne, des mets raffinés, et Lesseps, avec cette éloquence légendaire qui le fera élire à l’Académie française (1884), leur peint un tableau si enthousiasmant de l’avenir du canal que les sceptiques repartent conquis.
L’inauguration : un triomphe à la française
Le 17 novembre 1869, après dix ans de labeur, le canal est enfin inauguré. La cérémonie est à la mesure de l’exploit : somptueuse, théâtrale, internationale. L’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, représente la France. Des navires du monde entier défilent sur le canal, des feux d’artifice illuminent le ciel et Lesseps, auréolé de gloire, aurait prononcé, dans un discours vibrant : « Le canal de Suez est l’œuvre de la paix, du progrès et de la civilisation. » Le monde entier salue la performance.
Au carrefour du monde du XXIe siècle
Aujourd’hui, le canal de Suez reste l’une des voies maritimes les plus stratégiques du monde. Chaque année, 20.000 navires l’empruntent, transportant des marchandises qui font tourner l’économie mondiale ; des porte-conteneurs, qui mesurent jusqu’à 400 mètres de long, transportent des milliards de tonnes de marchandises, soit vingt fois plus qu’en 1950. Un passage coûte plus de 400.000 dollars, payés à l’Égypte qui en a pris le contrôle en 1956. Elle a ainsi récolté 8 milliards de dollars, en 2022.
Attention, quand même, aux bouchons !
Une panne peut coûter des milliers de dollars si le passage s’en trouve bloqué. Un énorme cargo de la hauteur d’un immeuble de vingt étages s’est mis de travers et s’est échoué, en mars 2021, immobilisant des centaines de navires pendant plusieurs jours. Ce seul incident a paralysé l’économie mondiale et mis au chômage technique des centaines d’usines européennes ! Depuis 2015, l’Égypte a lancé plusieurs projets d’élargissements, mais le trafic est toujours plus dense.
Quant à Ferdinand, il est mort en 1894, après avoir connu la gloire et plusieurs échecs (comme celui du canal de Panama, qui dû être achevé par les Américains).
Un précurseur de génie, Pierre-Paul Riquet
Nous avions déjà le canal du Midi et de la Garonne, qui relie la Méditerranée à l’Atlantique en passant par Toulouse et Bordeaux. Lancé et construit en grande partie par le génial Pierre-Paul Riquet un siècle et demi plus tôt, sous Louis XIV, il confirme que la France est une nation d’ingénieurs et de bâtisseurs. Que ce soit Riquet, Lesseps, Eiffel ou les ingénieurs du TGV, ils ont en commun d’associer l’imagination et l’audace de l’esprit à la rigueur de la technique. Le canal de Suez en est un exemple éclatant.
Des pharaons à Lesseps, l’humanité aura attendu trois millénaires pour relier deux mers. Il fallait pour cela un homme qui soit rêveur, bâtisseur… et français.
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20 commentaires
Le grandiose projet du canal de panama largement conçu et entamé par de Lesseps a échoué pour de multiples raisons (sanitaires notamment) pas seulement financières
J’ai vu un long reportage américain sur le canal de Panama :pas un mot sur lui ni les français qui l’ont financé à leurs dépens :pas très sportifs les yankees !
Votre article fait chaud au coeur, comme sont tous les précédents de la même série « Le Génie Français ». Pourquoi d’aucuns ont-ils du mal à se réjouir, si j’en crois quelques commentaires. Je pense que la France aura toujours quelques « génies »… encore faudrait-il qu’ils aient l’opportunité et la place de s’exprimer
Merci pour cet article qui rappelle le génie des constructeurs français des XIXè et XXè siècles !
Je crains, hélas, qu’il n’y en ait plus de nouveaux au XXIè pour plusieurs raisons:
– le défaut d’attraction de cette filière devenue « archaïque » dans les écoles d’ingénieurs au profit des filières « modernes » surtout pour les plus doués, entrainant une baisse du niveau moyen des ingénieurs de la filière.
– la quasi impossibilité de produire des projets grandioses maintenant en France avec les normes, les restrictions budgétaires, les écolos…
– la nouvelle suprématie affichée des Chinois dans ce domaine avec des réalisations spectaculaires car ils ont su former les ingénieurs nécessaires: barrages, viaducs, lignes TGV etc et des projets encore plus: le futur barrage de Motuo au Tibet sur le Brahmapoutre qui dépasse l’imagination. Ils ont déjà envahi uns bonne partie du monde par leurs réalisations accompagnant « les nouvelles routes de la soie ».
Gageons que leur pression va désormais s’accentuer en Europe pour rafler les quelques futurs projets d’envergure, au détriment des ingénieurs français !
Un ancien ingénieur du génie civil, dépité…
Que ce soit Riquet, Lesseps, Eiffel ou les ingénieurs du TGV,… Dassaut aussi. Fini ce temps là. Il reste quelques reliquats mais nous ne jouons plus dans la cour des grands. Autant dire que ça ne va pas durer longtemos.
Bonaparte en Égypte y avait pensé aussi. Pourquoi l’oubliez-vous?
Très juste ! Bonaparte, c’est toujours épineux comme de Gaulle. Dès qu’on en parle, hélas, il y a une levée de boucliers
C’était la FRANCE d’avant !!
l’erreur de sa vie
Encore une preuve de la grandeur de la France.
grandeur… déchue !
On oublie aussi le canal de Panama, commencé et inachevé par des actions frauduleuses qui ruineront les actionnaires, au profit des USA. Nous sommes bien les dindons de la farce comme toujours.
De nouveau une très belle chronique positive et enrichissante qui fait du bien à lire sur BV. Elles devraient être plus nombreuses dans ce monde de bruts et de violence.
Comparer Lesseps à Macron est non seulement bête mais fait preuve d’une véritable inculture qui appartient en général aux penseurs de gauche. Rien que pour commencer : La France fut actionnaire majoritaire de la Compagnie universelle du canal maritime de Suez, fondée par Ferdinand de Lesseps.
Elle détenait environ 44 % du capital après l’achat des actions par le Royaume-Uni en 1875.
Les dividendes versés aux actionnaires français furent importants et réguliers, car le canal devint rapidement l’une des voies maritimes les plus rentables au monde.
Pendant près d’un siècle, la France a donc touché une part considérable des bénéfices tirés des droits de passage des navires.
Jusqu’à sa nationalisation par Nasser. Sans qu’il soit question d’indemnités = vol.
Merveilleuse réalisation en effet, qui a couté une fortune aux français sans jamais leur rapporter un centime. La crise de 1956 a prouvé que les dividendes sont la chasse-gardée des grandes puissances, dont nous n’avons jamais fait partie.
Le canal était crucial pour :
le commerce européen vers l’Asie et l’Océan Indien,
les liaisons avec les colonies françaises (Indochine, Madagascar, Djibouti).
La France bénéficiait ainsi d’un soft power stratégique et d’une influence diplomatique renforcée au Proche-Orient.
Grandeur et décadence Française, de Ferdinand de Lesseps à Emmanuel Macron, faciliter la circulation de l’économie mondiale entre Orient et Occident, en construisant un fabuleux canal déplaçant des millions de de tonnes de sable pour le premier, étouffer la France par une immigration démesurée sans rien faire d’autre que du vent sur la plage du Prado, pour soulever une poignée de sable.
Le canal a donc permis de réduire fortement les temps de transport et d’abaisser les coûts pour les compagnies maritimes françaises,
de favoriser le commerce et la présence navale de la France.
Et une grande partie de la main-d’œuvre, des ingénieurs et des entreprises impliquées dans la construction et l’exploitation étaient français, ce qui a apporté des retombées économiques supplémentaires.
2 choses, sans guère de rapport: pour mener à bien un tel projet, il faut un temps « long ». Avec un pantin élu pour 5 ans, on es pas à la veille de préparer et mettre en oeuvre une « stratégie » comme celle qui a permis le canal de suez. Pointe d’humour, surement mal placée: le canal de suez, c’est combien de nos frères indigènes dont Ferdinand porte le poids des décès sur la conscience? Pour le plus grand bien du commerce mondialisé…
Il y en a qui,récemment,ont contribué à échafauder une guerre terrible et inextricable et dont un siège paisiblement à l’Assemblée Nationale.